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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Séville : les clés d'une transformation réussie

Bonne surprise du début de saison espagnol, le FC Séville est pour l'instant beaucoup plus serein que son ancien entraîneur. Tout n'est pas parfait mais Jorge Sampaoli a déjà imposé sa patte sur un groupe au visage bien différent d'il y a quelques mois.

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Trois points. Après neuf journées, soit quasiment le quart de la saison, c'est ce qui sépare le Real Madrid, leader, de son voisin de l'Atlético, cinquième. Si Iñaki Williams n'avait pas autant raté à Bernabeu et Sergio Rico n'était pas dans un bon jour à Sanchez Pizjuan, les positions auraient pu être inversées. Comme dans la plupart des autres championnats, cette saison post-Euro commence bien pour les outsiders et plus difficilement pour les favoris en Liga, au niveau des résultats mais aussi du jeu. Parmi les demi-surprises du lot: le FC Séville, deuxième. Les clés sa réussite, en quatre points.

 

 

Le jeu : pressing et construction

Avec Unai Emery, les Sévillans pratiquaient un jeu ambigu, pas forcément moche à voir mais loin de l'image parfois idéalisée d'un triple champion d'Europe. Avec 49,6% de possession l'an dernier (8e), et 16,3 duels aériens gagnés par match (8e), on était plus proche d'Eibar, équipe de référence en Liga sur jeu rapide compte tenu de ses moyens, que de Las Palmas, le "petit" qui construit le mieux. N'hésitant pas à sauter les lignes pour profiter de la taille de Vitolo ou Vicente Iborra et construite autour d'un duo complémentaire dans l'entrejeu (Ever Banega pour créer, Grzegorz Krychowiak pour détruire), cette équipe brillait par sa capacité à faire la différence sur les côtés et une grande intelligence. Son manque d'identité de jeu forte, nécessaire pour transcender des joueurs inférieurs intrinsèquement à ceux du top 3, se payait en championnat. Sur des rencontres aller-retour en revanche, l'adaptation à l'adversaire et la culture européenne faisaient la différence. La patte Emery? Monter en puissance au printemps et (presque) toujours trouver le bon plan de jeu.

 

 

Jorge Sampaoli, qui a pris le relais cette saison, fait presque tout l'inverse. La possession est en hausse (59,4%, 2e), le jeu aérien en baisse (12,3 duels gagnés, 16e), et ce sont les joueurs qui doivent s'adapter au style exigé. Club très bien géré – comparativement à tous ceux où il y a beaucoup de décisionnaires sans qu'on sache qui fait quoi –, Séville a ajusté son recrutement aux ambitions joueuses de son entraîneur. Les profils techniques sont désormais très majoritaires et le travail énorme demandé au quotidien leur permet de progressivement mettre en place un jeu de position abouti, tout en ayant la caisse pour aller au pressing pendant quatre-vingt-dix minutes. La domination née de ce football, même imparfaite, permet d'aborder en "décideur" la grande majorité des rencontres. Reste ensuite à être efficace, ce que le Chili et les équipes de Marcelo Bielsa ont souvent eu du mal à associer avec une énorme débauche d'énergie. "Notre identité est de ne pas avoir peur, de ne pas attendre et de plus penser à leur but qu'au nôtre", expliqua Sampaoli après la victoire face à l'Atlético dimanche.

 

 

Le taulier : Steven Nzonzi

Dans les équipes de l'Argentin, l'idée est d'associer le plus de joueurs doués, quitte à en délocaliser certains et déplumer des zones. Le milieu est ainsi tenu par… un seul garçon, Steven Nzonzi. À la fois chargé d'arrêter les attaques adverses, ce qui doit en principe être raréfié par le bon pressing effectué en amont selon le vieux dicton cruyffien "les attaquants sont les premiers défenseurs", il a également des responsabilités dans l'orientation du jeu. Très grand (quelque part entre 1,90 m selon la police et 1,96 m selon les organisateurs) et plutôt physique, il est devenu en quelques semaines un joueur à la technique étonnamment sûre, quittant le profil de Stéphane Mbia pour ressembler à Sergio Busquets, les responsabilités à la relance en moins.

 

 

S'il n'est pas celui qu'on trouve sur la première passe, Nzonzi offre une solution constante au cœur du jeu, une nécessité tant les joueurs sont écartés en phase de possession. Devenu postulant naturel à l'équipe de France et apparemment courtisé par beaucoup de monde, Barcelone en tête, il réduit le prometteur Matias Kranevitter au banc de touche, équilibre tout le jeu et arrive même à faire des différences offensives, comme sur cette projection qui lui a permis de marquer face à l'Atlético. Une importance énorme, qui laisse deux questions en suspens: pourra-t-il tenir ce niveau sur la durée et quelqu'un est-il en mesure de le remplacer si jamais il se blessait? Pour l'instant, seuls Mariano, Nicolas Pareja et Vitolo ont joué plus de minutes que lui. Et ses deux absences, à Bilbao et Eibar, coïncident avec cinq des sept points perdus en championnat.

 

 

Le créateur : Samir Nasri

Si Steven Nzonzi ne se charge pas de la première relance, c'est parce que Samir Nasri est là pour ça. Libre de se déplacer sur le terrain, il est un meneur de jeu total, à l'ancienne. Total, comme dans football total tant son rôle ressemble par séquences à celui de Cruyff à l'Ajax. Pas de blasphème ici: il s'agit des responsabilités et déplacements sur tout le terrain devenus quasiment anachroniques dans le football actuel, pas du niveau intrinsèque. Mais il faut bien le reconnaître, les prestations du Français sont très bonnes. Arrivé alors que les Sévillans peinaient à créer quelque chose et faisaient souvent du "mauvais Guardiola", à savoir de la possession façon handball sans verticalité, il apporte autre chose: une qualité de passe au cœur du jeu. Désormais, c'est lui qui donne le tempo, tantôt dans la gestion, tantôt dans l'accélération. Et qui a droit aux chants "Nasri, Nasri" copiés sur les "Messi, Messi" du Camp Nou.

 

 

Remplie d'ailiers, la formation sévillane attendait probablement de Ganso qu'il remplisse ce rôle de meneur libre. Hormis quelques gestes de classe, le Brésilien n'est pour l'instant pas du tout à la hauteur, incapable d'assumer le volume de jeu demandé. Comme Kranevitter, arrivé en Europe six mois plus tôt mais qui n'avait presque pas joué à l'Atlético Madrid, il a des difficultés à s'adapter à un football différent de l'Amérique du Sud et, on peut l'imaginer, à ajouter une dimension physique à son jeu. Comme les Néerlandais des seventies, préparés pour courir des heures, les joueurs de Sampaoli doivent être au top de leur forme. Nasri, arrivé gros pour la reprise de la saison à City, a su faire les efforts pour se mettre à niveau. Avec des partenaires qui jouent très haut et obligent l'adversaire à se replier, il bénéficie d'énormes libertés et n'est jamais marqué individuellement. Face au Dinamo Zagreb, il a tenté 158 passes, record en C1 pour un non-Xavi. Dans le lot, il y en a forcément qui font la différence.

 

 

Le facteur X : la réussite

Qu'on ne s'y trompe pourtant pas: si Séville ne doit qu'à son talent et à la faiblesse des adversaires d'être en passe d'aller enfin en huitièmes de finale de Ligue des champions, sa place en championnat est un peu en trompe-l'œil. Jamais vainqueurs par plus d'un but d'écart depuis le 6-4 initial contre l'Espanyol, les partenaires de l'excellent Mariano sont parfois sur un fil. S'ils se montrent étonnamment bons pour conserver le score, quitte à proposer une interminable possession défensive comme face à Zagreb, ils ont beaucoup plus de mal à être réguliers sur la durée d'une rencontre. La prestation face à l'Atlético ce week-end, dans un match décrit par le mythique Ray Hudson comme "le plus beau joué cette saison, tous pays et toutes compétitions confondues", montre que l'équipe est en progression malgré une recherche permanente de la bonne formule et une arrière-garde moyenne à la relance. Mais cela ne tient pas toujours à grand-chose.

 

 

But vainqueur inscrit à la 86e contre Leganés, à la 91e contre Alavés, à la 95e contre Las Palmas (après une égalisation à la 90e): il faut parfois attendre longtemps pour que les événements tournent bien. Et pas toujours de la manière la plus esthétique du monde, d'ailleurs. On imagine que Sampaoli s'en fiche un peu mais, avec sept points de moins, sa formation serait dans la deuxième partie de tableau, juste devant Valence, qui semble pourtant en crise permanente. On parlerait alors beaucoup plus des problèmes en attaque, où Luciano Vietto fait beaucoup mais ne cadre presque rien et Wissam Ben Yedder ne fait presque rien mais cadre beaucoup. Mais c'est peut-être aussi ça les forces de cet effectif dense et de cet entraîneur qui aime contracter ses biceps moulés par des polos trop petits: toujours y croire, ne dépendre de personne et vouloir vaincre à tout prix. Après tout, c'est en faisant une phase finale de Copa América parfois à l'arrache que le Chili a ouvert son palmarès en 2015…

 

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