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Brice Tollemer

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Un Blanc sur la comète

Séoul 2002, Shooting star

Snuff The Rooster (5/5) – Maraboutés ou plutôt victimes de leur excès d'assurance, les Bleus perdent contre le Sénégal et abandonnent déjà leur titre de champions du monde.

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Au cours de son histoire, l’équipe de France a certes connu des victoires mémorables et des périodes prestigieuses. Mais elle a également vécu des défaites cuisantes et des contre-performances honteuses. Des désillusions traumatisantes qui sont aussi révélatrices d’une époque. Dernier acte, direction la Corée du Sud.
 

* * *
 

En deux années, l’équipe de France s’est installée confortablement sur le toit du monde. Après la traumatisante élimination contre la Bulgarie un soir de novembre 1993, Aimé Jacquet a su amener les Bleus à la victoire finale en 1998. Deux ans plus tard, la France réalise le doublé en remportant l’Euro organisé conjointement par la Belgique et les Pays-Bas. Le triomphe est absolu. Le foot tricolore est rentré dans une nouvelle ère. Subitement, les penseurs de tout poil, les philosophes, les politiques, les sociologues, les experts, les habitués de la sphère médiatique ont profité de ces victoires pour s’emparer de cet état de grâce footballistique et donner constamment leurs avis. C’est la fumeuse époque de la France dite Black-Blanc-Beur, de la victoire de l’intégration à la française, des valeurs tricolores, de la France qui gagne, du pays des Droits de l’Homme, de tout ce que vous voulez. Glorieuse nation! Le football est devenu le miroir de la société française et les élites putassières se contemplent dans ce reflet évidemment déformé.

 


Les invincibles

Printemps 2002. Après le premier round de l’élection présidentielle, marqué par une abstention qui avoisine les 30% (et un nombre record de candidats), Jean-Marie Le Pen se retrouve au second tour face au président sortant, Jacques Chirac. L’illusion de la France ouverte sur le monde et multiculturelle en prend un sacré coup. D’autant que la présence du Front National n’est plus un épiphénomène, aujourd’hui encore bien installé dans le paysage politique hexagonal. Certes, Jacques Chirac est réélu avec 80% des voix, ce qui relativise le danger du FN. Il n’en reste pas moins que le pays ressent un sentiment de honte après ce choc moral et politique.
 

 



 

L’équipe de France, elle, marche toujours sur l’eau. Championne du monde, championne d’Europe, la sélection dirigée par Roger Lemerre est favorite du tournoi que se déroule cette année en Corée du Sud et au Japon. Symbole de cette domination, la victoire 5-0 contre l’Écosse, le 27 mars, confirme cette toute puissance. L’ampleur du score vient renforcer l’idée que rien ne peut empêcher les Bleus d’accomplir un fantastique triplé et fait oublier quelques signaux d'alarme. En fin de saison, elle possède en son sein les meilleurs buteurs des championnats anglais, italien et français avec respectivement Thierry Henry, David Trezeguet et Djibril Cissé. Zinédine Zidane remporte la Ligue des champions avec le Real Madrid grâce à une somptueuse reprise de volée. Non, décidément, rien ne peut se mettre en travers du chemin de cette équipe.
 


Cérémonie d'adieux

Rien, si ce n’est l’atmosphère débilitante qui va accompagner les Bleus dans les semaines qui précèdent la Coupe du monde en Asie. La surexploitation commerciale des joueurs tend au grand n’importe quoi. Lors du France-Belgique amical du 18 mai 2002, une cérémonie d’adieux est organisée par Coca-Cola pour souhaiter "bonne chance" aux Bleus avant leur départ vers le pays du matin calme. Une rencontre que les Tricolores ont par ailleurs perdue, mais personne ne semble y prêter véritablement attention. Surtout pas Adidas, dans ses campagnes de pub, qui coud déjà une deuxième étoile sur le maillot français.
 

L’Hexagone est submergé par une déferlante d’abrutissement général, qui voit le mauvais goût le disputer à l'arrogance. C’est tout d’abord Johnny Hallyday qui fait don de sa voix à la France avec un magnifique hymne sobrement intitulé Tous ensemble dont les paroles résonnent encore dans nos cœurs: "Oh, les champions, On est tous ensemble, C’est le grand jeu, la France est debout". Autre héraut de la cause nationale, l’impeccable Jean-Pierre Pernaut anime l’émission du même nom sur TF1, consacrée à la compétition. À côté de son indiscutable rigueur journalistique et de son sens de la réserve, il réussit à faire partager à un public ébahi son amour de la France éternelle, rurale et familiale.
 


Le coup de Diop

Cinq jours avant leur entrée dans le tournoi, la France ne trouve rien de mieux que de terminer sa préparation contre la Corée du Sud, pays co-organisateur. Si les hommes de Roger Lemerre remportent à l’arrachée ce match, ils perdent Zidane qui se blesse à la cuisse gauche. Egalement privés de Robert Pires, les Bleus se présentent diminués à ce mondial, bien que personne n’exprime une quelconque inquiétude.
 

Les Bleus ouvrent donc le tournoi face au Sénégal, composé pour la plupart de joueurs évoluant dans le championnat de France et dirigé par Bruno Metsu. Après vingt minutes de jeu, l’équipe de France domine et Trezeguet touche le poteau. Mais, dix minutes plus tard, Djorkaeff se fait chiper le ballon, Lebœuf passe au travers avec son tacle et, après un centre de Diouf et un peu de confusion devant la cage, Boupa Diop ouvre le score. Par la suite, la France essaie d’égaliser, Henry touche la barre mais est finalement battue dès le match d’ouverture. À Paris, le quartier de Château-rouge improvise un carnaval dans la rue.

 


 

Après un résultat nul contre l’Uruguay et une défaite face au Danemark, l'équipe de France est éliminée de la Coupe du monde en finissant dernière de sa poule, sans réussir à inscrire le moindre but. Quatre ans après le sacre de 1998, la chute est vertigineuse.
 


Snuff the Rooster (1/5) : Bâle 1960, dernière station avant le désert
Snuff the Rooster (2/5) : Londres 1969, The Fab Five
Snuff the Rooster (3/5) : Nicosie 1988, le point de non-retour
Snuff the Rooster (4/5) : Paris 1993, le pire pour le meilleur


 


France-Sénégal, 31 mai 2002, Séoul, World Cup Stadium, 64 400 spectateurs : 0-1
Arbitre : M. Bujsaim (Emirats Arabes Unis)
But : Sénégal : Diop (30e)
France : Barthez – Thuram, Leboeuf, Desailly, Lizarazu – Vieira, Petit, Wiltord, Djorkaeff – Henry, Trezeguet
Sénégal : Sylva – Daf, Diatta, M. Diop, Coly – B.Diop, Cissé, Fadiga, Diao, N’Diaye – Diouf

 

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