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Michaël Bastien

 

Pronétaire du Moustache FC. Plus intéressé par les phénomènes sociaux (supportérisme et politique) qui agitent le football que par ce qui se passe sur le terrain.


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Un "second club" à Paris est-il possible?

Il y a des raisons qui expliquent pourquoi aucun autre club d'élite n'a émergé au côté du Paris Saint-Germain. Y en a-t-il pour que cela arrive? Enquête et infographies sur le Paris du football.

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En 1947, le géographe Jean-François Gravier publie Paris et le désert français pour qualifier la macrocéphalie parisienne. Plus d’un demi-siècle plus tard, Paris et son agglomération continue d’occuper une place prépondérante dans notre pays, que ce soit au niveau du logement, du pouvoir, des emplois ou de la population: près d’un Français sur cinq vit à moins de cinquante kilomètres de Notre-Dame de Paris. Comment peut-on alors expliquer que Paris ne compte qu’un seul club de football compétitif, et cela, uniquement à l’échelle nationale? Paris est-il une exception au regard des autres capitales européennes? Le nouveau statut du Paris Saint-Germain peut-il favoriser l'émergence d'un second club? Entre fantasmes et réalité, revenons sur une question loin d'être... capitale.

 


Paris n'est pas une exception

En prenant les cas des grandes aires urbaines européennes, on constate que Paris n’est pas la seule métropole à ne disposer que d’un club au plus haut niveau: Amsterdam est dans le même cas de figure, pire, Berlin ne dispose d’aucun club au sein de la 1.Bundesliga. Cependant, Paris et son aire urbaine comptent près de douze millions d’habitants, ce qui représente la seconde métropole européenne après Moscou.

 


Localisation des clubs professionnels de quatre des principales capitales européennes

 

 
Source démographique : http://e-geopolis.eu

 


Compte tenu du fait que Paris est l’une des principales agglomérations européennes, dire qu’elle dispose de moins de clubs que les autres capitales est un fait avéré. Cependant, chacune des villes présentes dans le graphique ci-dessus et la place qu’y occupe le football résultent d'évolutions bien spécifiques.

 

Les clubs moscovites ont bénéficié de la puissance des grandes organisations soviétiques auxquels ils appartenaient, chacun des fondateurs voyant en leur club une manière d’afficher la supériorité sur les apparatchiks des autres corps de l’État: le CSKA est le club de l’armée, le Dynamo, celui de la police, le Lokomotiv des cheminots alors que le Spartak appartenait aux coopératives agricoles et aux syndicats.

 

Le championnat allemand s’est quant à lui déroulé durant soixante ans d’une manière particulière: chaque länder bénéficiait de son championnat, puis une phase finale regroupait les vainqueurs de chacun. Cette particularité a certainement encouragé une répartition homogène des clubs. La partition qu’a connu l’Allemagne durant cinquante ans peut également expliquer l’absence de clubs berlinois au plus haut niveau.

 

Enfin, Londres: plus que Paris, cette capitale est la véritable exception en termes de concentration de clubs. Sa classe dirigeante est à l’origine de l’extraction du football des Public schools. Aujourd’hui, on compte près de 48 clubs au sein du Greater London dont 13 au sein des quatre premières divisions anglaises.

 

Il n’existe donc pas un modèle unique permettant d’expliquer la concentration importante ou non du nombre de clubs au sein d’une capitale. Paris n’a pas manqué de susciter des ambitions, mais le manque de soutien des pouvoirs publics et le peu d’engouement populaire ont eu raison des différents projets...

 

 


Trente ans de malédiction

Cette impression que Paris et sa banlieue ne tirent pas pleinement profit de leur puissance démographique et économique est relativement récente. La réflexion d'un second club parisien est liée à la pérennisation du Paris Saint-Germain en tant que place forte du foot hexagonal. S'il n'y a pas eu d’autres clubs franciliens au sein de l'élite, on le doit principalement aux volontés des communes, principal investisseur des clubs avant les années 90, de se concentrer sur le développement d'un seul club au niveau local afin de le rendre compétitif au niveau national. Cette carte ci-dessous résume plus de trente ans de tentatives, de la part des clubs franciliens, de s’installer durablement au sein de l’élite. Toutes se sont avérées infructueuses.

 

[cliquez sur l'image pour l'agrandir]

 

 

 

 


Plusieurs constats s’imposent. Tout d’abord, aucun des clubs franciliens ne joue aujourd’hui en Ligue 2, antichambre de l’élite. Il faut remonter cinq ans en arrière pour y trouver l’un d’entre eux (Créteil). Le Red Star n’y est pas retourné depuis 1999, le Paris FC depuis 1983. Les autres clubs (hormis le Matra Racing) n’ont jamais dépassé le stade du National.

 

Ensuite, ces projets émanent de l’ambition d’entrepreneurs renommés: Jean-Luc Lagardère, Michel Moulin ou Alain Afflelou. Ces hommes de pouvoir ont certainement vu dans ces clubs franciliens un moyen de bénéficier d’une attention médiatique qu’ils n’auraient pas obtenue avec un club de province. Ces “parachutages” ont également en commun le faible engouement de la population locale aux projets proposés. Las de voir le club ne pas jouer devant un public fidèle (et du coup, de ne pas bénéficier de ressources suffisantes pour le développement économique du club), ces investisseurs jettent l’éponge après seulement quelques saisons.

 

Ce manque d’adhésion populaire peut s’expliquer par le fait que les clubs d’Île-de-France se caractérisent également par leur peu d’attaches territoriales. Le manque d’infrastructures adaptées au sein même des communes d’accueil et leurs tendances à changer souvent de division les ont conduit aux quatre coins de l’agglomération parisienne. L’UJ Alfortville a ainsi joué successivement au Parc départemental des sports du Val-de-Marne (Choisy-le-Roi), à la Courneuve (Seine-Saint-Denis), à Yves-du-Manoir (Colombes, dans les Hauts-de-Seine) avant de revenir finalement à Choisy-le-Roi. Avec la diversité sociale qui compose la région Île-de-France, on se doute qu’il est bien difficile pour un supporter de s’identifier à une équipe qui n’a pas d’accroche précise à son territoire.

 

Enfin, la fusion ou l'entente semblent des pratiques courantes pour les clubs souhaitant accélérer leur développement. Tous ceux présents sur cette carte ont fait l'objet d'une fusion (dissolution définitive des deux clubs et création d'une nouvelle personne morale) ou d'une entente (annuelle et renouvelable, elle ne concerne que l'équipe senior de Sannois-Saint Gratien). Parfois surréaliste (la fusion du Red Star et du Toulouse FC en 1967) ou dramatique (celle du Paris FC et du Racing Club de France en 1983 fut un crève-cœur pour les supporters du premier cité), les mariages de raison qu'ils représentent sont difficilement appréciés par les habitants des villes concernées, géographiquement proches mais qui peuvent être très différentes au niveau socio-économique – comme ce fut le cas pour Saint-Denis et Saint-Leu-la-Forêt.

 

Absence d’engagement politique, manque d’engouement populaire, contexte géographique difficile ne permettant pas un ancrage et un développement des clubs, voici grossièrement à quelles raisons on peut imputer l’absence d’un autre club que le PSG au sein de l’élite. La capitale suscite bien entendu des vocations qu’il semble compliqué de concrétiser. Le changement de statut du club de la Porte d’Auteuil va certainement conduire à une redistribution des cartes, les collectivités locales accepteront plus facilement l’accompagnement d’un autre club maintenant que les Bleu et Rouge ont pris leur indépendance financière...

 

LIRE AUSSI : "PARIS EST UNE ÉNIGME GÉOÉCONOMIQUE" – interview de Boris Helleu.

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