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Revue de stress #86

Schalke-Leverkusen : "Glück Auf, der Cahiers kommt"

Témoignage – Quand un Français se déplace pour la première fois à la Veltins Arena, il en prend plein les yeux. Et ce même si le spectacle sur le terrain n'est pas forcément à la hauteur de celui en tribunes.

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Joie des échanges scolaires et de l'amitié franco-allemande, je reviens de quelques jours dans la Ruhr. Depuis deux mois, je tanne deux lycées pour aller voir Schalke-Leverkusen, et ce n'est que le jour de l'arrivée que Winnie, le collègue local, nous apprend la bonne nouvelle: il a des places pour mon baptême en Bundesliga.

 

Le dimanche à 15 h, je rejoins un autre collègue, Bernd, grand supporter de Schalke depuis son enfance au pied des terrils. Il s'est offert pour m'emmener à la Veltins Arena, même si lui ne la fréquente plus, gardant la nostalgie du Parkstadion. Il me propose un détour pour traverser le quartier historique de Schalke, "le cœur de notre club", en me racontant les exploits de "Stan" Libuda. Nous longeons les anciennes maisons de mineurs, les bars décorés en bleu et blanc et surtout le Kampfbahn, premier stade du club. Au bout de la ligne droite se dresse l'Arena, nouvelle cathédrale de verre et d'acier, illuminée dans la grisaille environnante. Nous nous garons à quelques encablures du stade: à une heure et demie du coup d'envoi, la foule se presse déjà. Des cars déversent des flots de supporters, les soutes souvent remplies de caisses de bières, déjà largement entamées. Les chants commencent à retentir.

 

 

 

Wilmots, la légende

Tout près se dressent les deux derniers projecteurs et une partie des tribunes du Parkstadion. Selon Bernd, il suffit encore d'y allumer la lumière pour que 10.000 personnes arrivent. Je sens l'émotion de l'homme mûr qui retombe quelques instants dans sa jeunesse et suis également excité comme un gamin. Il évoque en vrac Olaf Thon, Raul, les bicyclettes de Klaus Fischer, la Coupe de 2011 et le titre presque gagné lors du "championnat des quatre minutes" dix ans plus tôt.

 

Nous attendons les collègues à la station de tram. Le business de récupération des bouteilles de bière bat son plein. Elles s'empilent dans des caisses de plastique et des sacs Aldi au fur et à mesure que les rames se vident. Quand ils arrivent, Bernd nous laisse. Nous nous rapprochons du stade, il commence à faire soif. Certains supporters alternent bière et fioles de schnaps et rentreront en tribune avec deux pleins patins. Sages, nous nous contentons de trois tournées de Veltins. La simple évocation de Marc Wilmots avec les fans aurait pourtant pu suffire à se faire payer des coups toute la soirée. À quelques minutes du coup d'envoi, nous franchissons les contrôles de sécurité, plutôt rapides et bon enfant. L'arène est déjà remplie lorsque nous y pénétrons, la foule s'époumone à la gloire de Schalke 04. Toit fermé, le bruit est impressionnant.

 

 

Nordkurve et carton rouge

Soudain, alors que nous sommes encore debout, les lumières s'éteignent et la sono lance la chanson "Glück Auf, der Steiger kommt", hymne des mineurs. L'obscurité évoque les galeries de mine, et de nombreux spectateurs allument la lampe de leur portable pour rappeler les frontales des anciens. Sur l'écran géant défilent des images en noir et blanc des mines. Dans la tradition locale, "Glück Auf" était la salutation traditionnelle des mineurs lors du changement d'équipe, se souhaitant à la fois de trouver un bon filon et de remonter sains et saufs.

 

 

Après que la foule eu scandé deux derniers "Glück Auf», la lumière se rallume, les drapeaux se déploient et l'hymne plus commercial du club est entonné, "Blau und Weiß wie lieb ich dich", alors que les joueurs entrent sur le terrain. La ferveur impressionne. Pendant ces deux chants, je n'ai pas parlé, scotché par le spectacle, le corps parcouru par des frissons. Je filme un peu mais je préfère en prendre plein les yeux et les oreilles.

 

Une fois assis (au premier rang, merci Winnie), je ne regarde pas le début du match puisque mes yeux ne quittent pas la Nordkurve qui chante à tue-tête. Mal m'en prend, puisque sur une passe en retrait mal assurée de Kolasinac, "Chicharito" part seul au but et se fait faucher par Naldo. Carton rouge. On joue la 3e minute et je n'ai rien vu. La réaction de la foule me permet de perfectionner mon vocabulaire allemand, notamment concernant la généalogie de la branche maternelle de l'arbitre. Les fans redoublent alors d'ardeur, les tribunes Sud et Nord se répondent avec un tonitruant "Schalke" / "Null-Vier". Les locaux, déjà privés de Nastasic, Howëdes et Huntelaar (et avec Bentaleb sur le banc), s'arc-boutent sur leur but et essaient de vite contrer avec Konoplyanka ou Choupo-Moting.

 

 

En face, le Bayer est lent et maladroit, tente en vain d'écarter le jeu, se procure peu d'occasions nettes, au grand désespoir de mon voisin, écharpe rouge et noire autour du cou. Juste avant la mi-temps, l'arbitre oublie un penalty pour Schalke et se rappelle au bon souvenir des tribunes. Après une nouvelle production des brasseries locales amenée par un pipe-line spécial, la deuxième période se déroule en suivant le même scenario, et Leverkusen finit par trouver la faille à la 88e minute, quand Kießling reprend de la tête un coup franc de Çalhanoglu. Les Königsblauen sont cuits et ne parviennent pas à trouver l'énergie de revenir, l'entrée de Stambouli n'y change rien – il est passé juste devant moi, je voulais lui crier un truc mais la clameur du stade m'en a empêché, j'aurais été inaudible.

 

 

Une écharpe et des souvenirs

Les débats se terminent. Le résumé? Un match très moyen mais une ambiance incroyable pendant quatre-vingt-dix minutes. La tribune nord, au placement exclusivement debout, chante, danse, crie, vit. Les supporters visiteurs ne sont pas en reste et se font entendre. Je suis dans un état de béatitude que trouble à peine l'omniprésence du sponsor Gazprom. Au coup de sifflet final, les tribunes se vident rapidement tandis que les buvettes et les toilettes se remplissent. La cinquième bière aide à effacer la déception. Je retrouve Bernd à la station de tram. Il me ramène et m'explique, résigné, que c'est un exemple typique de la "malédiction de supporter Schalke".

 

Winnie et moi passons le reste de la semaine à chanter les chansons des supporters tandis que je me trimbale encore avec une écharpe bleue et blanche. Merci Winnie et Bernd! Un jour Schalke sera de nouveau champion, en attendant ils ont gagné trois supporters. Glück Auf!

 

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