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Christophe Zemmour

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Revue de stress #24

Sauzée 1989, un tir capital

Un jour, un but - Le 5 mai 1989, le sort du championnat de France bascule dans les arrêts de jeu du match OM-PSG sur une mine de Franck Sauzée, punissant l’occasion ratée d’Amara Simba quelques instants plus tôt et offrant la tête du classement aux Phocéens.

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Depuis le début, le match est fermé voire insipide. En cette trente-cinquième journée du championnat de France de D1 1988/89, le Paris Saint-Germain de Tomislav Ivic rend visite à l’Olympique de Marseille de Gérard Gili. Le club de la capitale vient de reprendre les commandes du classement, à la faveur d’une victoire (2-1) face au Matra Racing et d’un nul (0-0) des Phocéens à Caen. Un seul point d’avance avant ce qui constitue une quasi finale du championnat. Une rencontre qui va s’animer et se décider dans ses ultimes instants.

 

 

L’heure Sauzée

Il reste environ trois minutes dans le temps réglementaire et Amara Simba joue un une-deux avec Safet Susic depuis l’aile droite. Servi par une subtile passe aérienne dans la surface de réparation, l’attaquant parisien, plus rapide, échappe au tacle d’Éric Di Meco et frappe en force du gauche. Gaëtan Huard, sorti promptement, se couche sur sa gauche et repousse le ballon de la poitrine, se retrouvant le souffle coupé durant une poignée de secondes. Le PSG, qui avait tiré au but pour la première fois par Gabriel Calderón à la 71e, vient de se procurer une magnifique occasion de remporter la victoire à l’orée du temps additionnel. Et, probablement, le championnat.

 

 

 

 

Les joueurs marseillais ont été incapables de trouver l’ouverture, butant sur Joël Bats ou ratant le cadre, à l’instar de Klaus Allofs à la 90e. Mais ils continuent et mènent “la dernière action de ce match”, comme l’annonce Michel Denisot au micro de Canal +. Sur une passe ratée de Calderón, Huard se précipite pour éviter le renvoi aux cinq mètres cinquante. Il relance à la main côté gauche vers Franck Sauzée. Celui-ci remonte jusqu’au milieu de terrain avant de passer le ballon plein axe à Patrice Eyraud, lequel transmet vers l’avant pour Frédéric Meyrieu après un crochet. En une touche, le natif de La Seyne-sur-Mer redonne en retrait à Sauzée, venu se placer à une trentaine de mètres du but parisien, légèrement excentré. Le champion d’Europe Espoirs 1988 s’avance légèrement le ballon et d’un pas, arme du droit.

 

Parisien le plus proche de l'action, Oumar Sène tente de mettre son pied en opposition, mais en vain. Sauzée se souvient: "Sur le contre, je me décale au milieu et après un relais avec Meyrieu et Eyraud, je place une frappe du cou de pied à trente mètres qui passe à droite (sic) de Joël Bats.” Le tir est à la fois puissant, fuyant et flottant, passe entre plusieurs joueurs et se dirige vers le coin inférieur gauche du but du PSG. Le gardien international part d’abord sur sa droite et “c’est ça qui le tue”, dixit le chantre Charles Biétry. Le tir semble changer imperceptiblement de trajectoire et échappe irrémédiablement à Bats, se logeant dans les filets. Le ballon a-t-il été détourné? Difficile de l’affirmer avec les ralentis, mais le retard du portier s’avère fatal.

 

 

Des ères débutent

C'était à la dernière minute, ç’a été une libération et le stade a chaviré dans le bonheur", reprend Sauzée. L’auteur de l’une des plus belles frappes que le football français ait connues exulte, saute et offre une image de joie parmi les plus célèbres de l’histoire de l’OM. Il affiche un grand sourire et se dirige vers le virage sud, derrière le but. Anne-Marie Navarro, supportrice marseillaise de vingt-deux ans, trouve malheureusement la mort dans les tribunes, succombant à un infarctus [1]. La fin de match est sifflée tout de suite après et déjà, on veut parler de titre pour l’OM. Habitude des années Tapie, un feu d’artifice est tiré. Mais les Marseillais se gardent bien de se réjouir trop vite. "Il reste encore des matches”, prévient un Sauzée essoufflé par sa course mais hilare au micro de Pierre Sled. De son côté, Bruno Germain félicite les adversaires et reste mesuré sur les échéances à venir.

 

Les membres du PSG attendent patiemment qu’on vienne leur ouvrir les vestiaires. Il n’y a aucun heurt malgré l’enjeu et le dénouement. Certainement les signes d’une rivalité qui n’existe alors pas sous le visage qu’on lui connaîtra plus tard avec regret. Pendant ce temps, Francis Borelli juge que "le bon Dieu nous a punis parce que nous n'avons pas joué". Cependant, selon certains observateurs, et même si les vraies origines du mal remontent probablement au PSG-OM du 18 décembre 1992 et aux connivences entre Tapie et Canal + dans le but de créer une affiche susceptible de servir à la fois les intérêts des clubs et du diffuseur, des prémices se dessinent. Dans la continuité du OM-PSG de la saison précédente, qui aura vu le boss phocéen prendre à partie l’arbitre après la rencontre.

 

 

 

 

Bernard Tapie accuse Francis Borelli d’avoir influé sur l’invalidation par la Ligue, en mars 1989, du transfert de Jean Tigana depuis Bordeaux [2]. Par presse interposée, les présidents se cherchent et, le soir du 5 mai, le patron parisien, qui dit avoir reçu des menaces de mort, est accompagné de deux gardes du corps lorsqu’il s’installe en tribunes, dont il a interdit l’occupation à ses supporters. On apprendra un peu plus tard que Tapie aurait contacté Ivic et Susic, respectivement quelques jours avant et après le match, dans le but de les recruter [3]. Les trois saisons suivantes, c’est plutôt avec les Girondins de Bordeaux d’abord, et l’AS Monaco ensuite, que l’OM luttera pour le titre, pris notamment dans une lutte médiatique sulfureuse de longue date avec le club dirigé par Claude Bez [4]. La rivalité virulente avec Paris attendra.

 

Marseille aura donc en grande partie gagné le championnat 1988/89 dans les arrêts de jeu, pas seulement pendant ce match, mais à plusieurs reprises durant la saison. Le sacre est définitivement validé le 20 mai lors de la réception de l’AJ Auxerre, avec notamment le fameux but de Papin à la 55e minute, malmenant le rugueux Basile Boli, alors adversaire honni avant de devenir le héros que l’on sait. Mieux encore, la formation de Gérard Gili décroche le doublé le 10 juin en disposant de l’AS Monaco (4-3) en finale de la coupe de France. Le triplé et la bise de JPP, autant d’images phares de la saison pionnière des succès de l’ère Tapie. Tout comme ce but et cette célébration de Sauzée, qui restera à jamais l’unique buteur de la première rencontre de championnat décisive entre l’OM et le PSG.

 

Merci à Richard N, plumitif et JL13 pour leur aide.

 

[1] Jean-Pierre Bernès a également été victime d’un malaise cardiaque sous le coup de l’émotion ce soir-là, heureusement sans conséquences aussi graves.
[2] Le joueur girondin rejoindra finalement l’OM à l’été 1989.
[3] De nombreuses critiques se sont élevées contre l’approche défensive de ce match par le PSG. Gérard Gili affirmera qu’une telle manière de jouer “ne serait pas acceptée chez nous”. Le technicien croate sera pourtant recruté une première fois par l’OM deux ans plus tard et congédié après quelques mois, justement à cause de son style défensif. Ce qui n’empêchera pas Tapie de le refaire signer en 2001, avant que Ivic ne prenne sa retraite à cause de problèmes de santé.
[4] Avec notamment les épisodes connus de l’arrivée du dirigeant bordelais en Cadillac au Stade Vélodrome et des lancers de bananes vers Joseph-Antoine Bell lors du choc du 14 avril 1990, qui s’est tenu dans une configuration au classement et avec des conséquences assez similaires à celles du OM-PSG de 1989.

 

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