auteur
Xavier Monnier

Du même auteur

> article suivant

Le cafouillage de l'année

> article précédent

C1 beau roman : épisode 5

> article précédent

Accusé Cubilier, relevez-vous!

Sau et la foire aux bestiaux

Invité : Bakchich – La foire aux joueurs de foot, un véritable marché aux bestiaux. Dans le rôle de l’éleveur, l’agent Gilbert Sau, auditionné par le juge Van Ruymbeke. Mettons le nez dans son enquête sur les transferts.
Partager
Depuis un an, bakchich.info existe, irradie la Toile de bonheur et d’informations, et ravit chaque jour des lecteurs de plus en plus nombreux. Les bakchich boys s’en donnent à cœur joie. Bienvenue dans un monde où tout n’est qu’enquête, infos et mauvais esprits.

gg_bakchich3.jpg

Cet article est extrait du n°56 de Bakchich (23 novembre 2007).


Le championnat de France de Ligue 1 Orange (sic) n’a plus guère d’intérêt. Lyon gagne les titres, l’Olympique de Marseille (plus grand club de foot du monde, n’en déplaise à certains) et le Paris Saint-Germain jouent à Guignol. Heureusement sur le terrain judiciaire, les deux grands du football français assurent le spectacle. L’OM, avec la condamnation en appel de son patron, Robert Louis-Dreyfus, à dix mois de prison avec sursis et 200.000 euros d’amende pour abus de bien sociaux, garde une longueur d’avance...
Mais le PSG fait des efforts. Depuis le 3 janvier 2005, le juge Van Ruymbeke, du célèbre Pôle financier de Paris, s’échine à mener une instruction sur les dessous des transferts au PSG. Rien que du très classique. "Abus de biens sociaux, complicité et recel de ce délit" et beaucoup plus avec affinités. Les réquisitoires supplétifs s’empilent: "faux et usage de faux, travail dissimulé par complicité de ces délits" et enfin "travail dissimulé d’agent sportif sans licence valable". Mis en cause, les dirigeants du club (Pierre Lescure, Laurent Perpère, Charles Biétry, Michel Denisot), des sociétés (Nike France, Nike European), un club bien sûr (le PSG) et des agents de joueurs bien connus (Richard Bettoni, Ranko Stojic, Gilbert Sau)...


bakchich_sau.jpgUn orfèvre dans l’import-export de footballeur

Autant de vilains mots qui font plus penser aux malversations financières qu’au rectangle vert des terrains de foot, bien loin de la machine à rêve vantée par les sponsors. Certains malandrins n’hésitent pas à décrire l’essence du football comme un vaste business, reposant sur des "détournements massifs de fonds sur les transferts de joueurs". Des mauvais coucheurs, prénommés Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch ont même commis un ouvrage, La Face cachée du foot-business. Et osent parler, quant au marché des transferts, d’une "foire aux joueurs qui, pour les dirigeants, pèse plus lourd que les trophées".

À lire les quelques pièces du dossier constitué par le juge Van Ruymbeke – que Bakchich a pu consulter – force est de constater que, plus qu’une "foire aux joueurs", la valse des footballeurs ressemble à un marché aux bestiaux. Et Van Ruymbeke a eu de la chance de ferrer un orfèvre dans l’import-export de footballeur, l’agent Gilbert Sau.
Auditionné le 4 octobre 2006 comme témoin assisté, pas tout à fait mis en examen mais un peu soupçonné quand même, Sau a depuis été condamné dans le procès en appel des transferts de l’OM (le même où a été condamné RLD) à dix-huit mois de prison ferme... Bref, Van Ruymbeke a affaire à un connaisseur en jolis montages de transferts. Agent de joueur agréé Fifa en Suisse, le bon Gilbert n'utilise pas moins de six comptes au Crédit Suisse de Genève, sous six noms différents – dont quatre entreprises. Tout simplement à des "fins fiscales pour payer moins d’impôts en France", décrit Sau. Classique. Autre pratique fort courante dans le milieu, les entrées et sorties en espèces. Plusieurs millions "d’entrées cash" dont "l’origine n’est pas déterminée", s’étonne le juge. L’agent le rassure bien vite, ces fonds "proviennent de mes activités d’affaires que j’ai vendues en France".


Petits joueurs, grosses commissions

Beaucoup de "fraîche" s’envole d’ailleurs vers un certain Bernard Alméras. Utilisant un langage châtié, l’agent marseillais décrit les liens qui l’unissaient au garçon. "Bernard Almeras et moi faisions des joueurs ensemble". Le joueur est donc une marchandise qui rapporte, quand bien même son niveau n’atteint pas des sommets.
Pour l’éphémère attaquant du PSG Laurent Leroy, "500.000 francs" de commissions de la part du club; pour le même Leroy que le PSG veut transférer, "200 000 Francs"; pour un"contrat de supervision" d’André Luis, fantomatique brésilien du PSG, "1,8 millions de francs". De "1998 à 2002, j’ai fait un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros", précise Sau et les sorties "cash à destination d’Almeras mentionnaient les noms des joueurs concernés".
Ô surprise, les plus obscurs des joueurs rapportent aussi pas mal. Plus de 500.000 francs, versés cash, pour le transfert du plus sympathique des chasseurs de gabians passés par l’OM, l’éternel Ibrahima Bakayoko. De jolies rémunérations de "courtage", à la limite de la légalité. Un club ne peut payer un agent de joueur pour un transfert, c’est au joueur de le faire, son mandant.

Étonnamment, les agents rendent aussi de menus services pécuniaires à leurs ouailles. Par exemple, "93.000 euros au total" à Cyril Rool, adepte du tour de France des clubs et des cartons rouges. Prudente, la justice note qu’"il ne ressort des opérations relevées, aucune corrélation certaine entre paiements reçus des différents clubs et les sommes versées aux personnes ci-dessous", tout en notant que certains paiements interviennent après des versements des clubs à Sau. De là à y voir des primes déguisées aux joueurs, ou des rétro-commissions, il y a un pas... Et puis, qui peut comprendre tous les liens qui unissent une bête et son maître?
Partager

> déconnerie

Lettre à (la) France

> Dossier

Le bizness

Le bizness


2018-12-08

Les bénéfices de la Coupe du monde ruissellent (sur les gros clubs)

Une Balle dans le pied – La FIFA va distribuer 209 millions de dollars aux clubs ayant mis leurs joueurs à disposition des sélections, suivant l'éternel principe de l'enrichissement des plus riches.


Jérôme Latta
2018-11-05

Super Ligue, la fin du super bluff ?

Le chantage des clubs riches auprès de l'UEFA repose depuis vingt ans sur la menace d'une ligue privée. Le projet d'une "European Super League", révélé par les Football Leaks, semble plus concret que jamais. 


Jérôme Latta
2018-10-10

Cartons et course en tête, le grand "spectacle" des grosses équipes

Une Balle dans le pied – Entre porno SM et corrida, le grand show des 5-0, est-ce encore du sport? Et quand les clubs riches survolent de plus en plus leur championnat, quel spectacle reste-t-il?


>> tous les épisodes du thème "Le bizness"

Sur le fil

RT @DialectikF: "Le contexte politique influence les noms des groupes des pionniers ultras, et plusieurs font référence à la lutte armée d…

RT @LucarneOpposee: Le #LOmag 5 est sorti 🇫🇷 ▶️ https://t.co/W4DJyFtzJH 🌍 ▶️ https://t.co/Y4chMwO8KQ Détail du sommaire ⤵️ https://t.…

Les Cahiers sur Twitter