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José-Karl Bové-Marx

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IPSWICH 81, LE PUNCH DU SUFFOLK

Sakhommence aujourd'hui

2008-2010, les joueurs à suivre – Parfait Parisien comme le PSG devrait en former plus souvent, Mamadou Sakho fait déjà briller son étoile au-dessus du Parc.
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S'il est au moins un joueur, au sein de l'effectif parisien, à n'avoir que des mots doux pour Paul Le Guen, c'est bien Mamadou Sakho. Lors du dernier match de la saison passée (PSG-Monaco, 0-0), le jeune stoppeur avait revêtu sous son maillot un t-shirt proclamant "Merci Le Guen". S'il n'a pas pu l'exhiber, la faute à un résultat décevant pour ses couleurs, il l'a cependant remis au coach en partance après le match, dans le vestiaire. Car Sakho sait qu'il doit énormément au Breton… qui a pourtant bien failli le griller, et plutôt deux fois qu'une.

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Double baptême du feu

Acte I : 14 février 2007, seizièmes de finale aller de la Coupe de l'UEFA, à Athènes face à l'AEK. Le PSG est englué dans les tréfonds du championnat et Le Guen, qui vient de reprendre le club, ne fait pas de l'Europe sa priorité, c'est une litote. En découvrant la défense qui démarre le match, les supporters parisiens sont rares à croire en une issue heureuse. La ligne de quatre devant Landreau est composée de Yusuf Mulumbu, Bernard Mendy, Sammy Traoré et du jeune Mamadou Sakho, qui n'était jamais entré en jeu avec les pros, qui porte un numéro 39 sans nom floqué, et qui a fêté la veille ses… dix-sept ans. On craint le pire pour le môme.

Pourtant, Le Guen sait ce qu'il fait. Le néophyte, surclassé dans toutes les tranches d'âge depuis ses 14 ans, capitaine l'année précédente de l'équipe des moins de 18 ans du PSG champions de France (alors qu'il a entre deux et trois ans de moins que ses coéquipiers), a le talent et la force mentale nécessaires pour tenir le coup dans la chaude ambiance grecque. La défense improvisée se montre impériale. Pour la petite histoire, ce sont même Traoré (de la tête sur corner, bien sûr) et Mendy (sur un slalom suivi d'un missile du gauche en lucarne opposée, évidemment) qui marquent les deux buts de la victoire parisienne.

Acte II. 20 octobre 2007. Le PSG s'est sauvé en championnat la saison précédente, mais une nouvelle fois, il ne va pas fort. Ses cadres déçoivent et Le Guen décide de frapper un grand coup. Pour ce déplacement à Valenciennes, il titularise cinq jeunes d'un coup: N'Gog, Arnaud, Ngoyi, Sankharé… et bien entendu Sakho, bombardé capitaine d'un soir, alors que Landreau, Yepes et autres Camara sont présents sur la pelouse! Le porteur du brassard, passé pro en juin, n'avait jamais été titulaire en championnat, et le voilà qui participe au tirage au sort dans le rond central avec Abdeslam Ouaddou, le capitaine nordiste, comme un vétéran.
La presse sportive braque ses projecteurs aveuglants sur les jeunes pousses de Le Guen, et spécialement sur son punk de capitaine. Sakho et ses potes répondent présents et ramènent un 0-0 correct de Nungesser. À dix-sept ans et huit mois, "Mams" est sans doute le plus jeune capitaine de toute l'histoire du championnat de France, et ne donne aucune raison au technicien breton de regretter son choix, qui restera cependant un one-shot.


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Ne reculant devant aucune cruauté, Karaba la sorcière a transformé ce pauvre Kirikou en joueur du PSG.

Ascension naturelle

Sakho apparaît de plus en plus régulièrement dans le groupe, et quand en fin de saison Mario Yepes se blesse, il prend tout naturellement sa place aux côtés de Zoumana Camara en défense centrale. À côté d'un Camara incommensurablement plus expérimenté mais au caractère plus renfermé, Sakho prend de plus en plus des attitudes de patron de la charnière, interpellant et replaçant ses camarades avec le plus grand naturel. Il gagne son premier titre avec les pros le 29 mars, quand le PSG bat Lens dans une finale de Coupe de la Ligue de sinistre mémoire (le scandale intersidéral de la banderole de la mort). Le gamin est titulaire et joue tout le match… malgré un nez cassé.

Séduit par l'expérience, Le Guen en fait un titulaire à part entière à l'orée de la saison suivante. Yepes parti au Chievo Vérone, Sakho n'a plus de concurrent au poste de stoppeur gauche dans l'effectif. L'ascension est stratosphérique: le 12 août 2008, quatre jours après le premier match de championnat de la saison, Sakho (dix-huit ans et demi) est convoqué par Erik Mombaerts en Equipe de France Espoirs.
Mais un nouvel obstacle à sa progression se fait soudain jour: la blessure. Une pubalgie se déclare, qui le met sur le flanc pendant une dizaine de matches. Un souci qu'il surmontera sans problème: l'intérim de Sammy Traoré, bien qu'honnête, ne suffit pas à remettre en cause son statut de titulaire, et il reprend son poste dès son retour. En janvier 2009, alors que les tentacules adolescentophiles d'Arsène Wenger se profilent à l'horizon, le Parigot de naissance prolonge jusqu'en 2012 son contrat avec le club de capitale. Il célèbre ça le 14 février avec son premier but en L1, contre Sainté.

Si la fin de saison est moins riante pour le PSG et pour Sakho personnellement (dans le sprint final, le 3 mai, il marque contre son camp l'unique but de la défaite parisienne au Parc), le stoppeur donne des gages match après match. Interventions aériennes décidées, tacles à bon escient, solidité dans les duels, il possède déjà l'arsenal du parfait garde-chiourme de Ligue 1, à quoi il faut ajouter une technique très respectable. Milieu gauche à ses débuts chez les jeunes, le fougueux défenseur (qui dépanne en latéral à l'occasion) met de temps en temps à profit sa conduite de balle pour quelques percées qui font la joie du Parc, même si elles sont moins rigolotes que celles de l'incomparable Sammy Traoré. Fort logiquement, quand le nom de Heinze est murmuré du côté du Camp des Loges, les responsables parisiens font la sourde oreille: ils ont le même, mais de douze ans plus jeune.


sakho_portable.jpg"Bizarre. J'ai un mail de Charles Villeneuve qui me félicite pour mon but. Il dit aussi qu'il ne s'attendait pas à ce que je rebondisse aussi vite à Paris après mes échecs à Marseille, Leeds, Saint-Etienne et Montpellier".

Icône parisienne

Les supporters parisiens se lamentent depuis des années sur l'incapacité de leur club à profiter de cet incomparable vivier de talents qu'est la région parisienne, qui alimente régulièrement les clubs concurrents et l'équipe de France en joueurs qui ont grandi à l'ombre du Parc, ont peut-être admiré Weah et Ginola, mais n'ont jamais porté l'écusson à la Tour Eiffel – de Sylvain Wiltord à Thierry Henry en passant par William Gallas et autres Lassana et Alou Diarra. Sauf erreur, Anelka est le seul joueur formé au PSG à avoir été international français depuis Luis Fernandez et Jean-Marc Lemoult, dans les années 1980. Pour le reste, le PSG a formé quelques joueurs corrects de Ligue 1 et un paquet de pensionnaires des divisions inférieures ou de championnats moyennement prestigieux (J. Leroy, Nouma, Cana, Benachour, Ogbeche, sans oublier Llacer). Un gâchis que la génération actuelle est peut-être enfin en train de compenser quelque peu.

Si Mamadou Sakho est incontestablement la tête de gondole du lot (en attendant un éventuel envol de N'Gog du côté de Liverpool), Chantôme, Sankharé, Ngoyi ou encore Arnaud sont désormais régulièrement appelés dans le groupe pro parisien. Sakho, qui a grandi à la Goutte-d'Or dans une famille d'origine sénégalaise, entouré de six frères et sœurs, incarne parfaitement le genre de jeunes gars talentueux et volontaire que les formateurs parisiens doivent apprendre à dénicher systématiquement. Au-delà de son talent individuel, il possède un mental coulé dans le béton, fruit d'une enfance difficile (orphelin de père à quatorze ans, enfant turbulent et rebelle à l'autorité, il admet lui-même que sans le foot il aurait probablement "fait les conneries" – cela dit, l'un n'empêche pas l'autre).

Résolu dès le début de l'adolescence à réussir à tout prix, il est décrit par tous ses éducateurs et ses coéquipiers comme un monstre de volonté, capitaine naturel, mais aussi coéquipier idéal, respectueux des grands anciens (au début de la saison dernière, Makelele avait exactement deux fois son âge). Le Parc, qui se languit depuis longtemps d'avoir des gamins locaux à supporter, a déjà fait son chouchou de ce colosse en herbe (1m87, 82 kilos, plus 5 centimètres et un kilo de crête), qui semble programmé pour la sélection nationale et les très gros clubs à moyenne échéance. Bref, Sakho n'est pas seulement un joueur à suivre, c'est aussi un exemple à suivre. Pour ses camarades de promotion comme pour les recruteurs parisiens…

NDLR : nous vous invitons à aller voir les fonds d'écran du site officiel de Mamadou Sakho.

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