auteur
Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


@JulienMomont


Du même auteur

> article suivant

Anelka, trop bien compris

> article suivant

Revoir Guadalajara

> article précédent

Le FC United vaut bien un film

Sabella-Van Gaal, une bataille de pragmatiques

Opposés ce mercredi en demi-finale de la Coupe du monde, Alejandro Sabella et Louis van Gaal ont jusqu'ici tous deux su s'adapter aux circonstances, quitte à tourner le dos à leurs philosophies respectives. 

Partager

 

"Je joue toujours en 4-3-3." En décembre 2013, dans une interview accordée à FIFA TV, Louis van Gaal expose sa philosophie. Toujours le même système, une approche active, basée sur la possession, et un "profil" précis de joueur pour chaque poste. Pour le rigide technicien néerlandais, jouer un football offensif et attractif est un devoir moral envers les supporters, surtout au pays du totaalvoetbal.

 


 

Alejandro Sabella pour sa part été élevé à l'école Daniel Passarella. Adjoint de l'ancien défenseur emblématique de l'Albiceleste entre 1994 et 1998, il en a gardé une inclination pour la chose défensive. En 2010, pour sa première expérience en tant qu'entraîneur principal après dix-neuf ans dans l'ombre, il mène l'Estudiantes La Plata au sacre en tournoi d'ouverture, grâce à son imperméabilité défensive: à peine huit buts encaissés en dix-neuf matches, alors le troisième meilleur bilan depuis la création des tournois raccourcis dans le championnat argentin, en 1991. Autres faits d'armes: un titre en Copa Libertadores et une finale de la Coupe du monde des clubs accrochée face au Barça de Guardiola, en 2009, perdue en prolongation (2-1). Sous ses ordres, déjà, trois potentiels titulaires de la demi-finale de ce mercredi: Marcos Rojo, Federico Fernandez et Enzo Pérez, aux côtés du vétéran Juan Sebastian Verón.


La blessure de Strootman, le déclencheur

Les deux sélectionneurs sont chacun allés à rebours de leurs principes, pour s'adapter aux circonstances. Côté Louis van Gaal, la blessure de son milieu et capitaine Kevin Strootman a été l'élément déclencheur. "Je n'ai jamais été confronté à ce genre de problème, parce que j'ai toujours eu un numéro deux en place, glissa-t-il avant le Mondial. Mais nous n'avons pas de deuxième Strootman. Il avait une dynamique capable d'instaurer un équilibre dans le milieu de terrain. J'avais envie de jouer avec un milieu de terrain créatif, un qui soit dynamique et un qui joue un rôle défensif. Je dois maintenant y renoncer. Nous ne pouvons plus jouer comme j'en avais l'intention. Je dois trouver une autre approche."

Le match amical perdu face à l'équipe de France (2-0), en mars dernier, a renforcé cette conviction. En accord avec ses deux leaders, Arjen Robben et Robin van Persie, Van Gaal adopte une défense à cinq et une approche réactive, basée sur la contre-attaque. Les lacunes individuelles des défenseurs, tous inexpérimentés, sont compensées par leur supériorité numérique et une organisation collective sans faille. Une petite révolution, même si le sélectionneur oranje avait mené l'AZ Alkmaar au titre de champion d'Eredivisie, en 2009, grâce à un jeu de contres. Les médias néerlandais ont d'abord crié au blasphème, mais les résultats positifs et la flexibilité tactique de Louis van Gaal ont fini par convaincre, même s'il suffirait d'une contre-performance contre l'Argentine pour que ressurgissent les débats philosophico-tactiques.
 


Sabella : maximiser le potentiel offensif argentin

Alejandro Sabella a de son côté maximisé le potentiel offensif dévastateur de l'Albiceleste, alignant trois avant-centres ensemble avec le percutant Di Maria (absent pour la demi-finale) derrière eux, et mettant Lionel Messi dans les meilleures conditions possibles. Première décision forte: écarter Carlos Tevez, presque plus populaire au pays que l'attaquant du Barça, exilé à douze ans. Messi évolue dans un rôle familier, celui de "faux numéro 9", dans un jeu de possession qui rappelle celui du FC Barcelone, avec ses qualités et ses défauts. Le tout sans nuire outre mesure à la solidité défensive de son équipe, qui n'a concédé que trois buts dans la compétition.

Le sélectionneur argentin a aussi prouvé sa flexibilité tactique, même si cela s'est retourné contre lui. Face à la Bosnie, craignant un éventuel duo d'attaque Dzeko-Ibisevic, il a opté en première période pour un 5-3-2, abandonnant son 4-3-3 pourtant presque systématique depuis sa prise de fonction, en 2011. "Notre système est le 4-3-3, mais si on doit le changer, on le changera", déclarait-il avant le deuxième match, face à l'Iran. Il ne l'a plus refait, Lionel Messi ayant clairement pris position pour le 4-3-3.
 

Ce mercredi soir, face aux Pays-Bas, il devra toutefois composer avec l'absence d'Angel Di Maria, l'élément le plus important de son entrejeu. C'est lui qui créait le lien dans une équipe relativement compartimentée. Lui, aussi, qui assurait l'équilibre offensif en occupant à la fois un rôle de milieu axial et d'ailier gauche, en fonction de la situation. Une nouvelle occasion est donc offerte à Alejandro Sabella pour prouver sa capacité d'adaptation, face à un Louis van Gaal qui a peu d'équivalents dans la lecture du jeu d'un adversaire. “Il est tellement bien préparé qu'il nous faisait répéter des gammes à l'entraînement en sachant ce que l'adversaire ferait avant même qu'il ne le fasse, a déclaré son ancien joueur, Ronald de Boer. On savait exactement ce qui nous attendait.” Charge à Alejandro Sabella de prendre de court celui qui est probablement le principal atout des Oranje. La clé du match réside peut-être dans ce duel tactique, plus que dans le duel Robben-Messi.
 

Partager
>> aucune réaction

> sur le même thème

Et la Seleçao implosa...

La Coupe du monde 2014


L'Atelier
2014-07-24

Coupe du monde 2014, le bilan définitif

On ne pouvait pas la quitter comme ça : notre sélection amoureuse des bons moments passés avec elle, des mauvais aussi. Et même des autres. 


Nicolas Che
2014-07-21

Narcisse zéro

Les images de supporters jubilant au moment de s'apercevoir sur les écrans géants des stades ont criblé les retransmissions de matches. Une mécanique narcissique, mais pas dépourvue de sens. 


Jérôme Latta
2014-07-18

La Coupe du monde est belle, mais elle a besoin d'être sauvée

Une Balle dans le pied - Ces dernières semaines ont rappelé tout ce que l'on peut aimer dans une Coupe du monde, mais aussi tout ce qui la menace. 


>> tous les épisodes du thème "La Coupe du monde 2014"