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Thom Gibbs

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Le point Edwin

Dans la peau de moi-même

Invité : When Saturday Comes – Pour se détendre, les footballeurs jouent aux jeux vidéo de football dont ils sont les héros... Est-ce un loisir, ou encore du travail?

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Nouvel épisode de notre partenariat avec When Saturday Comes avec un article extrait du numéro de novembre. Titre original : Just Be Yourself.


* * *

Lors de la tournée estivale de Manchester United aux États-Unis, impeccablement marketée, fastueuse jusqu'à l'écœurement et incroyablement profitable, le groupe n'a pas manqué d'occupations. Rafael da Silva a attrapé un saumon au marché aux poissons de Seattle, Patrice Evra et Park Ji-sung ont appris à préparer la pizza "deep dish" à Chicago et l'équipe a visité une usine de verre soufflé – seul Alex Ferguson donnant l'impression d'être vaguement intéressé par le sujet.

 


Les usages du milieu
Les activités du soir ont pris un tour moins ésotérique, comme l'établirent bon nombre de vidéos filmées en coulisses montrant les joueurs en pleine relaxation. La "relaxation" en question consista essentiellement en séances durant lesquelles les footballeurs jouaient à une version virtuelle du sport dont ils ont fait leur profession, dirigeant le plus souvent leurs propres doubles numériques. Il ne m'appartient pas de dire à quiconque comment il doit occuper ses loisirs, encore moins à une personnalité comptant autant d'abonnés sur Twitter que Rio Ferdinand, mais la passion amoureuse des footballeurs modernes pour la série "FIFA" semble tout de même curieuse.

 

 

Ces vidéos candides font en quelque sorte office de manuel d'instructions, niveau débutant, pour comprendre les usages du milieu. Dans l'une d'elles, Wayne Rooney fanfaronne sur sa supériorité à FIFA 11 lorsqu'il fait équipe avec Rio, Patrice Évra émet des bruits incongrus alors que Dimitar Berbatov entre dans la pièce et y promène un regard inexpressif avant d'être invité à réveiller Nemanja Vidic, le tour de ce dernier étant venu. L'ambiance de voyage scolaire est encore illustrée par cette scène montrant les frères da Silva assis sagement côte-à-côte dans le bus, absorbés dans une partie de Mario Kart sur Nintendo DS.

 


Le glamour de FIFA
D'autres équipes ont leurs propres accros au jeu. John Terry organise chez lui un tournoi annuel de Pro Evolution Soccer pour l'équipe de Chelsea, Darren Bent a rendu public son identifiant de joueur Xbox afin que les fans puissent le défier et il y a sans doute des amateurs de Football Manager ici ou là, même si je subodore qu'ils sont plus nombreux dans les ligues inférieures que parmi les joueurs de l'élite séduits par le glamour de la licence FIFA.
Il n'y a rien de surprenant à ce que cette génération de joueurs semble à ce point maintenus en enfance de cette façon: ils ont grandi avec les jeux vidéos et cette industrie s'est justement développée en se servant d'eux pour conquérir aussi bien les enfants que les adultes. Dans notre pays, depuis 2009, les consommateurs dépensent plus d'argent dans les jeux vidéo que dans le cinéma (en salles et en DVD).

 

La puissante attractivité des meilleurs jeux s'avère terriblement tentante pour certains footballeurs. Le psychothérapeute du sport Steve Pope raconte: "Un jour, nous avons effectué un déplacement avec un joueur qui est resté sept heures d'affilée sur son jeu dans le bus, sans penser à boire ni à s'alimenter. Il est allé directement dans sa chambre et a raté le repas et la causerie du vendredi soir..." On peut imaginer la fureur du coach. David James, pour expliquer en partie une performance médiocre à Liverpool, avait évoqué une nuit blanche passée sur Tomb Raider.

 


Vendeurs et consommateurs
Wayne Rooney et Jack Wilshere font la couverture de l'édition britannique de FIFA 2011, mais cette position n'est pas sans ambigüité lorsque l'on sait qu'ils sont tous deux sont des joueurs compulsifs. Les stars payées pour faire vendre le jeu en sont les premiers consommateurs... Cela n'a pas toujours été le cas. Par le passé, les footballeurs prêtaient leur nom à des jeux auxquels ils n'avaient probablement pas la moindre envie de jouer.

 

O'Leary Manager pour Game Boy nous invitait ainsi nous glisser dans la peau du manager de Leeds, probablement avec une option "Living the dream" [1] permettant de s'offrir les services de Seth Johnson pour un salaire hebdomadaire de 35.000 livres. Dans le mémorable Peter Shilton's Handball Maradona sur Commodore, vous preniez le poste de gardien, avec pour principale excitation l'espoir d'effectuer une parade en appuyant sur le bouton gauche du joystick... Le plus douteux des parrainages concerne Chris Kamara's Street Soccer, un jeu qui permettait de disputer des cinq contre cinq. Sur le toit d'un gratte-ciel.

 

Pourtant, Chris ne devait pas passer beaucoup de son temps libre sur son mauvais jeu. Et l'on était loin de l'horreur existentielle consistant à jouer à un jeu qui imite votre travail. Combien d'éboueurs s'exercent, le soir venu, sur un simulateur de camion-poubelle? (un tel jeu existe, sa présentation commence ainsi: "Ce n'est peut-être pas le métier le plus séduisant du monde...") D'évidence, le football est un des métiers les plus séduisants du monde, mais il est toutefois surprenant que des athlètes de haut niveau se détendent de la même façon que des étudiants un peu défoncés.

 

 

[1] Du nom de la période 1996-2001 durant laquelle Leeds devint une place forte européenne avant de s'effondrer dans une grave crise financière.

 

 

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