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Christophe Zemmour

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Karmacoma à Brasilia

Ronaldo 1998, disparu un 12 juillet

Les héros malheureux de la Coupe du monde – Au zénith de son talent, Ronaldo traverse endolori le Mondial français de 1998, mais rayonne sur la compétition. Jusqu’à l'éclipse du 12 juillet.

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Il a beau lui avoir dit avant le match qu’il y avait des “choses plus importantes que le football dans la vie”, son coéquipier Leonardo pleure, sur le banc de touche, la défaite en finale contre la France (0-3), pays hôte de cette Coupe du monde 1998. Lui est un peu plus loin, sur la pelouse, ses chaussures bleues lacées autour du cou, les yeux rivés sur le sol. Il vient de rater le plus grand rendez-vous de son encore jeune et déjà brillante carrière. Certes, il avait déjà gagné cette Coupe du monde quatre ans plus tôt mais il n'avait pas joué une seule minute. À l'apogée de ce fameux phénomène qui fait de lui le meilleur joueur de la planète, il aurait dû écraser la compétition. Lui, c'est bien évidemment Ronaldo, Luis Nazário de Lima de son nom complet.
 

 


 


Une journée de merde

L'attaquant brésilien est meurtri depuis plusieurs semaines, gêné par une douleur rotulienne, et il ne s’entraîne même pas les deux jours précédant la finale. Surtout, il y a ce malaise de l'après-midi du 12 juillet qui n'a pas fini de faire parler et fantasmer, devenant une sorte de légende urbaine. Une douleur nationale qui ira jusqu'à provoquer des enquêtes parlementaires. Ronaldo devra apporter sa version des faits, expliquer aux membres d’un congrès à la recherche de coupables de la deuxième place de la Seleçao lors de ce tournoi. "Il y a plusieurs vérités; j'espère que la mienne vous satisfera": c'est ainsi que Il Fenomeno débute son discours. [1]
 

En début d'après-midi donc, Ronaldo est pris d'une crise de convulsions. "De causes ignorées", comme sera qualifiée ultérieurement et officiellement cette dystonie neurovégétative. Roberto Carlos craint le pire et Ronaldo doit être amené à la clinique des Lilas, dans la banlieue est de Paris. Son nom est retiré d'une première feuille de match. Un communiqué de la Confédération brésilienne incrimine une cheville et des genoux douloureux. Laurent Blanc, en survêtement dans les vestiaires, n'est pas mécontent de cette nouvelle qui dispenserait ses coéquipiers d'avoir à faire à ce joueur qui "ne fait pas le même métier", dixit le fils de Marcel Desailly.
 

On pense d'abord à une intox, mais le mal est réel. Finalement titulaire aux côtés de Bebeto en attaque après avoir rejoint le Stade de France directement depuis la clinique, Ronaldo fait parcourir un frisson lorsqu’il déborde Lilian Thuram et tente un centre stoppé en deux temps sur sa ligne par Fabien Barthez. Mais il semble hors du match, comme quand il ne parvient pas à crocheter Frank Lebœuf ou ne va pas franchement au contact avec Desailly. Sur une ouverture de Dunga, il est précédé par le gardien français qui le percute de plein fouet. Ronaldo reste de longues secondes au sol. Ce match est une souffrance à la fois continue et aiguë, comme quand Barthez annihile sa meilleure opportunité en seconde période en bloquant son tir pour empêcher le Brésil de revenir au score.


 

 

Il reviendra

Et pourtant, il y a ce titre de meilleur joueur du tournoi. Une distinction qu'il doit surtout à sa capacité à être décisif avec ses passes, à ces dribbles et moments de grâce qui n’appartiennent qu’à lui, et, déjà, à cette faculté à adapter son jeu en fonction de sa forme et des circonstances du match. Il se joue de sa douleur, mais celle-ci le rattrape en finale, au moment le plus important.


Auparavant, il y a ce but sublime face au Maroc lors du deuxième match, où il lit parfaitement le rebond du service de Rivaldo pour enchaîner sur une reprise du droit imparable. Il y a aussi ce doublé tranquille en huitièmes contre le Chili et ce match altruiste à Nantes, qui aide grandement à se débarrasser du Danemark. Il y a surtout cette prestation de très haut niveau en demi-finale, où il fait étalage de tout son talent avec des courses, des contrôles orientés et un jeu de corps remarquable. Il marque entre les jambes de Van der Sar après un enchaînement fatal contrôle-frappe plat du pied gauche, et pèse constamment sur De Boer, Davids et leurs coéquipiers. Il semblait donc bien de retour dans le money-time, prêt à aller chercher ce titre avec les moyens qu'on lui connaissait.
 

Ronaldo aura donc été, au cours de ce Mondial, de ces héros malheureux qui suscitent doute, espoir, inquiétude, déception et empathie. Mais au contraire de beaucoup d'autres, il aura sa revanche. En 2002, en Asie, il inscrit huit buts et fait évoluer son jeu alors qu'il n'a plus son explosivité d'antan, démontrant définitivement qu'il est de la race des plus grands. Il détourne l'attention des médias de ses pépins physiques avant la demi-finale contre la Turquie en signant une coiffure innommable, pour mieux inscrire son nom dans l'histoire en étant décisif jusqu'au bout. Il envoie au passage un adversaire dans cette catégorie d'acteurs cabossés de la Coupe du monde, un certain Oliver Kahn, et dans “une parfaite inversion des rôles” [2] avec Zinédine Zidane, homme clé du 12 juillet 1998 blessé avant le début de ce Mondial asiatique, monte à son tour au sommet. Après la souffrance et l’échec, la gloire et la renaissance. Probablement la plus belle manière de devenir une légende.


[1] Dans l'introduction de son ouvrage Futebol, Alex Bellos, présent à Brasilia le jour de l'audience, cite cet instant saisissant sur la nature plurielle de la vérité brésilienne, "ce commentaire le plus involontairement pertinent qu'un footballeur ait jamais fait."
[2] Céline Ruissel, La Grande Histoire de la Coupe du monde.

 

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