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Grégory Protche

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Tirer les leçons

Roger Milla, le Roi Lion

Invité : Le Gri-Gri International. Le quinzomadaire satirique panafricain nous fait profiter de sa rencontre avec Roger Milla, de passage à Paris…
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Cet article figure dans le numéro du Gri-Gri International qui sort aujourd'hui dans les kiosques.

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Roger Milla est plutôt distant. Mais il tient parole. Et nous accorde quelques minutes de son précieux temps. Sortant d’un train pour entrer dans un taxi - qui l’emmènera ensuite vers l’aéroport. Roger Milla n’est pas atteint de “Toukite” (maladie rare, rencontrée au Sénégal, qui donnerait des ailes…et donc envie de voyager). Roger Milla travaille, un peu, à la Présidence de la République Camerounaise, et, beaucoup, via la Fifa ou l’ONU, à travers le monde. Il est donc amené à voyager souvent.
Comment va Roger Milla ? Le Vieux Lion va bien. Le décès de son épouse, qui lui a inspiré de très pudiques et très touchantes lignes dans son autobiographie, a marqué plus que le visage, le regard de Roger “Makossa” Milla, le seul homme au monde pourtant capable d’émouvoir un poteau de corner avec un simple déhanchement! Costard bleu marine à fines rayures et chaussures noires éclatantes, Roger Milla marche comme un type connu. Tout le monde le suit. Du regard, pour les quidams environnants. Au doigt et à l’oeil pour la troupe un peu dépareillée, qui gravite, gravement, autour de lui. En tout cas, il signe les autographes.


« Le seul homme au monde capable d’émouvoir un poteau de corner avec un simple déhanchement… »

Son train arrivait de Monpellier. Étape importante dans la vie du globe-trotter camerounais. Après s’être rapidement imposé en sélection nationale, le ballon d’or africain 1976 s’est vu offrir ce qui devait ressembler ou au moins briller comme un pont d’or. Destination, Valenciennes. On a beau dire et répéter que les gens du Nord sont, en vrai, les plus chaleureux, quand on débarque de Douala, c’est dur à croire. D’autant que les dirigeants n’assurent pas le S.A.V. (Service après venue). Le futur plus vieux buteur de la Coupe du monde n’avait pas été informé qu’il se retrouvait là en qualité de stagiaire…pas de titulaire. Même pas de remplaçant. Une année dans un appartement sans chauffage plus tard, Roger Milla découvre la chaleur de la pelouse nordiste. Comme dans tous les clubs français où il passera (Bastia, Saint-Etienne…) il y laissera plus d’amis que de mauvais souvenirs.

Que pense Roger Milla des interventions présidentielles dans les choix du sélectionneur Arthur Jorge (il en a lui-même bénéficié, en 1990, se faisant sélectionner sur décret présidentiel)? "Rien de spécial. C’est comme ça que ça se passe". Ah… Dans son livre, Roger Milla évoque la figure de Jean Vincent, sélectionneur français du Cameroun en 1982, la première coupe du monde des Lions. L’occasion de lui demander pourquoi les équipes nationales africaines se dotent-elles d’entraîneurs français, européens… Silence. Roger Milla dévie d’une pichenette : "Il n’y a pas un ancien grand joueur africain à la direction de la Confédération africaine de football (CAF). Même pas Abedi Pelé".

À la veille d’un match entre une sélection africaine et une sélection européenne, à coups de "Voilà le match de votre vie!", ces sélectionneurs ne contribuent-ils pas à pérenniser un complexe d’infériorité insensé et contre-productif? "Si, un peu". Roger Milla sourit. L’arrivée massive de joueurs africains dans le championnat français témoigne-t-elle des progrès du continent ou de la baisse de niveau d’un championnat déserté par ses vedettes nationales pour des raisons fiscales? "Il y a toujours eu beaucoup de joueurs africains en France".
Roger Milla était plus disert, efficace et convaincant face aux buts. L’augmentation du racisme dans les stades? "Les partenaires et adversaires d’Eto’o ou de Chimbonda auraient dû quitter le terrain avec eux, et ne pas les empêcher de le faire, ne pas les calmer…" Est-il vrai qu’il a joué un rôle dans l’attribution de la coupe du monde 2010 à l’Afrique du Sud? "Modestement. À la mesure de ma voix. De toute façon, il fallait que l’Afrique organise une Coupe du monde et l’Afrique du Sud est le seul pays à même de le faire".

Enfin, Roger Milla aiderait-il le Gri-Gri dans la campagne qu’il s’apprête à lancer en faveur de ce joueur congolais, meilleur buteur de la CAN, ruiné, abandonné de tous quelque part en Afrique du Sud? "Mulamba Ndiaye? Oui. Appelez-moi". On verra bien. Merci Monsieur Roger Milla.


« Une vie de Lion », de Roger Milla (en collaboration avec Charles Onana). Préface de Pelé. Avant-propos de Louis Nicollin. Postface de Sepp Blatter. Éditions Duboiris. 15 euros.
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