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Stéphane Pinguet et Pierre Martini

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La place de San Marco

Roger Courtois, buteur d'époques

Plus présent dans les palmarès que dans les mémoires, l'avant-centre Franco-Suisse Roger Courtois a marqué le FC Sochaux et traversé des époques agitées. 

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Le nom de Roger Courtois ne sonne pas comme celui d’une star, bien qu'il figure dans les records du championnat de France. Sans qu’on s’y attarde: seules les grandes performances contemporaines comptent.

 

Oui, mais celles qui durent, on en fait quoi? Ils en sont où les grands buteurs actuels face à leurs aînés? Du championnat de France, Cavani est le 28e meilleur buteur, Gignac le 79e, Lacazette le 85e. Roger Courtois est le 4e.

 

Oublions les Onnis, Lacombe, Revelli et consorts. Célébrons la fidélité, célébrons le talent, avant de fêter l’oubli. Avec 209 buts sur ses 364 (autres divisions et coupes comprises), il est le meilleur buteur en première division pour un seul et même club, le FC Sochaux-Montbéliard [1].

 

 


Le Miroir des sports, 12 octobre 1937.

 

Galactiques de Sochaux

Né à Genève de parents français, Courtois bénéficie de la double nationalité. Il effectue sa scolarité de 1921 à 1927 à Thonon où, atteint d’une pleurésie, il arrête toute activité sportive pendant de longs mois. Apprenti dans le commerce genevois, il renoue en 1932 avec le football et signe, à vingt ans, sa première licence pro à l’Urania (Genève).

 

En 1933, il rejoint le FC Sochaux-Montbéliard et le tout récent football professionnel français. Le club franc-comtois en est un fer de lance, avec son effectif composé d'internationaux français et étrangers. Courtois y devient double champion de France en 1935 et 1938, meilleur buteur en 1936 (34 buts) et 1939 (27).

 

Ce petit gabarit (selon les sources, sa taille varie de 1,60 à 1,66 m) ne craint pas d'affronter des défenseurs plus athlétiques. Surtout, il marque énormément et hérite du surnom "Dum Dum", en référence aux balles qui font beaucoup de dégâts au contact de la cible.

 

En 1937, le Miroir des sports liste ses qualités: "la recherche du démarcage (sic), la soudaineté de démarrage, l'excellence du dribble, la vitesse de pénétration, la puissance de tir sous tous les angles et à toutes les allures". En plus, "sa correction est absolue".

 

 

« Redoutable shooteur »

Appelé en équipe de France quelques mois après son arrivée dans le Doubs, il est aligné contre l'Angleterre à White Hart Lane (défaite 4-1). Il doit attendre un an sa deuxième sélection, en décembre 1934 face à la Yougoslavie, mais en profite pour ouvrir son compteur et s'installer chez les Tricolores.

 

En octobre 1936, Paris Soir estime qu'il "remporte une unanimité quasi complète au poste si délicat d'avant-centre". Le Petit Journal le qualifie de "meilleur centre-avant français". Un an plus tard, la veille d'un France-Suisse très symbolique pour lui, le Miroir des sports voit en lui "le plus indiscutable et le plus indiscuté de tous les joueurs choisis" – il vient d'inscrire un quadruplé contre Strasbourg.

 

 


Le Miroir des Sports, 12 mars 1936.

 

Le chroniqueur Mario Brun, dans Le Petit Parisien, rembarre un lecteur qui contestait l'appellation de "meilleur avant-centre français", devant Zatelli et Nicolas. "Courtois est un leader d'attaque complet. Il est puissant, rapide, habile dans la feinte, redoutable shooteur sous les angles les plus aigus et, surtout, la qualité de son football reste toujours de très grande classe".

 

En mai 1938, le magazine Regards le qualifie encore de "meilleur avant-centre français". Malgré ce crédit et sa polyvalence – il peut jouer en pointe, à l'aile ou comme second avant-centre –, il reste remplaçant durant la Coupe du monde en France. Il comptera tout de même 22 sélections et 10 buts entre 1933 et 1947.

 

 

La guerre en terrain neutre

Mobilisé en 1939, il continue de jouer pour Sochaux en Coupe de France, lors des permissions. Capturé en 1940, prisonnier durant six mois, il invoque sa nationalité suisse pour être libéré et rejoindre son pays natal. Il dispute alors quatre saisons pour Lausanne-Sports, marque 50 buts et réalise le doublé coupe-championnat en 1944.

 

Le Miroir des Sports du 25 janvier 1943 croit noter qu'il s'y est reconverti en intérieur droit: "Le réalisateur est devenu préparateur, constructeur, et il montre un nouvel aspect de son talent d'incontestable de joueur de balle. Mais il fait bien défaut, Courtois, au football français!"

 

 


Le Miroir, 29 octobre 1939.

 

L'Aurore est moins aimable. Après un cuisant France-Grande-Bretagne (0-5) en octobre 1944, le quotidien fait le procès du football français, qui aurait trop fait appel aux vedettes étrangères avant-guerre. "Roger Courtois, attiré de Suisse par le froissement des gros billets agités par Sochaux, s'en est retourné d'où il était venu".

 

Cette critique détonne dans le concert de louanges qui émane des archives, tant sur sa personnalité que sur ses qualités dans le jeu. Même son physique légèrement rondouillard semble inspirer de la sympathie.

 

 

« L'homme qui n'a pas d'âge »

Courtois revient à Sochaux en même temps que la paix et, les années passant, on salue sa longévité. "Le vénérable ailier du FC Sochaux, affirme, à 37 ans, qu'il n'a jamais couru aussi vite", lit-on dans Les Jeunes en novembre 1949.

 

Dans La Bourgogne républicaine, en février 1952, l'attaquant est tenu pour "«l'homme qui n'a pas d'âge», ou «le pape» pour ses supporters qui, avec ses quarante ans, est le doyen des joueurs français et sans nul doute le plus intelligent".

 


Match, 22 Octobre 1935.

 

Cette année-là, il rejoint l’AS Troyes-Savinien en tant qu'entraîneur-joueur. En juin 1956, il y inscrit son dernier but en D1 à plus de 44 ans, ultime record d’une carrière professionnelle de plus de vingt ans. Sa longévité sur le terrain ne se traduira pas dans la vie, qui s'achève le 5 mai 1972.

 

Meilleur buteur d’avant-guerre avec 151 réalisations [2], premier buteur français à plus de 30 buts en une saison en D1, Roger Courtois reste, depuis, confortablement installé au panthéon du football français, sans bruit ni débat, sans doute le meilleur indice de l’indiscutable.

 

Toutes images via gallica.bnf.fr.

 

[1] Une carrière exceptionnelle par les chiffres que ni le site de la FFF, ni le site de la LFP, ni même celui du club de Sochaux ne savent honorer d’un petit article.
[2] Comme Roger Courtois, le quatrième meilleur buteur du Calcio a connu l’entre-deux-guerres – mais c'est l'illustre Giuseppe Meazza. En Angleterre, seuls deux buteurs dans les dix premiers ont commencé leur carrière après-guerre, dont Alan Shearer.

 

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