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Pierre Martini

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« Les fans sont philosophes »

Ribéry, champion d'automne

Le Marseillais est le tube de la saison, et suscite autant de questions que d'éloges : durera-t-il, restera-t-il à l'OM, rejoindra-t-il les Bleus? En bonus, l'avis refroidissant de Jean-Patrick Sacdefiel...
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En dehors de Point de vue et images du monde, quel journal n'a pas encore célébré Franck Ribéry à ce jour? La Ligue 1, avec son manque de glamour congénital, a quand même le chic pour inventer des phénomènes qui, la plupart du temps, partent se mondialiser sous des cieux mieux éclairés. En attendant, Ribéry est à nous et autant en profiter, quitte à rejoindre le chœur des encenseurs hâtifs.

Morceau de bravoure
Le pari estival de l'OM est donc devenu un jackpot, et comme l'annonçait notre numéro 18, Ribéry était bien un joueur à suivre, au point qu'il fait à lui tout seul oublier le médiocre classement de l'OM et éclipse même ceux de ses partenaires qui s'en sortent le mieux (Oruma: une recrue marseillaise qui ne se plante pas d'emblée mériterait un peu plus d'attention). Mieux qu'une diversion, l'ex-Messin réunit à juste titre les suffrages d'un Vélodrome qui adore les héros, fussent-ils anti-héros. Parce que Ribéry, c'est une sorte de Drogba insponsorisable par Airness, un miroir dans lequel nous voyons le souvenir de nos cruautés enfantines: on se moque d'abord du vilain petit canard, mais on se range derrière lui une fois qu'il est devenu le caïd de la cour de récréation. Avec son parcours invraisemblable de Ch'ti rescapé de tout, il évoque un Jérôme Leroy qui n'aurait pas raté les tournants de sa carrière, ou un Djézon Boutoille touché par la grâce. Le récit de sa vie est en soi un tel morceau de bravoure que même un mauvais journaliste pourra écrire sur lui le meilleur papier de sa carrière…

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Du nerf
Le voilà donc qui ébranle les défenses à coups de crochets et de débordements. Et quels débordements, totalement jouissifs quand il parvient à griller son défenseur en deux ou trois coups de rein, même à la 83e minute. Si, en plus, il se met à placer des frappes aussi jolies que celle contre Nantes, ou aussi décisives que celle qui qualifie les Espoirs contre l'Angleterre, le mur des superlatifs va être allègrement franchi. On en oublie même de saluer une évolution tout aussi significative: suspecté de péter un câble au bout de deux ou trois provocations, le Boulonnais semble avoir acquis une certaine maîtrise de ses nerfs, à en croire le calme qu'il a su conserver face à des Britons particulièrement perfides. Autre paradoxe dont le football n'est pas avare: cet esprit simple qui peine à aligner deux mots sans malmener la syntaxe possède une rare intelligence de jeu.

Cette réussite attire donc les regards, au point de laisser craindre un scénario à la Drogba pour l'OM, qui n'est vraiment armé pour résister aux convoitise que suscite son international Espoir. Pape Diouf a beau affirmer, dans L'Équipe, que "Même en regard d'une offre faramineuse, Franck Ribéry est intransférable", ce genre de promesse n'engage que ceux qui les prononcent. Le président marseillais, à l'instar d'un ministre des sports ougoslave des années 80, prétend même que le bon âge pour partir à l'étranger, c'est vingt-six ou vingt-sept ans. L'agent du joueur aura du mal à faire sien ce vœu pieux.


Label bleu
Évidemment, l'éloge collectif s'accompagne de sa controverse clés en main : le prodige doit-il être appelé en équipe de France? Inutile de signaler à ceux qui posent cette question à longueur de sondages crétins que le prochain match des Bleus ayant lieu en mars, Domenech peut juste appeler Ribéry pour boire un coup, éventuellement. En attendant, les sceptiques arguent que trois mois réussis ne sont pas un viatique pour le niveau international, et les enthousiastes que sa force de percussion et son absence d'états d'âme sont d'ores et déjà indispensables à une équipe qui ne trouve pas la solution contre de pâles Allemands. Indépendamment de l'état dans lequel Ribéry se trouvera en juin s'il persiste à se dépenser sans la moindre retenue, on peut toujours se complaire à imaginer la stupeur qu'il ne manquerait pas de semer chez l'adversaire en déboulant comme un chien dans un jeu de quilles.

Reste donc à savoir si les promesses de Ribéry sont durables. On a connu beaucoup de joueurs qui se sont grillés à leur premier feu de paille. Sans préjuger de la suite, celui-ci fait de sympathiques étincelles.



L’avis de Jean-Patrick Sacdefiel
Il ne manquait plus que les Cahiers du football à la cohorte de plumitifs en mal d’idoles qui flagornent la nouvelle malaria, pardon, la nouvelle coqueluche du peuple gaulois. C’est chose faite, et me voilà donc contraint de sortir de ma retraite pour perturber cette séance de masturbation collective qui, puisqu’elle se fait dans le sens du vent, ne risque pas de se retourner contre ses auteurs, mais bel et bien de terminer en éjaculation précoce sur ce pauvre bougre qui n’a rien a demandé à personne. Au passage, je signale que pour ma part, j'avais salué Ribéry il y a plus d'un an, dans ma chronique d'un Chypre-France calamiteux – mais c'était juste pour tirer sur l'ambulance qui transportait Pires.

D’ailleurs, je suis certain que l'intéressé s’accorderait avec moi pour admettre qu’il n’y a rien d'ardu à dribbler ces quelques piquets de tente plus catatoniques qu’un premier secrétaire du parti socialiste qui servent de défenseurs à ce que la France ose appeler des équipes de football.
Je me délecte de ce sourire qu’il adresse à tous ces courtisans qui voudraient lui arracher un aveu d’ambition, ce délicieux rictus qui indique à tous les frotte-manche que les défenses dans lesquelles il musarde sont si apathiques que le tâcheron appliqué qu’il est n’a aucun mérite à s’y balader. Dans ce pays, les attaquants sont tellement persuadés que les blockhaus-équipes sont infranchissables que les portes s'ouvrent toutes seules à l'idiot du village qui n'a pas cette inhibition.
Le besogneux n’est pas dupe, et j’aspire ardemment à ce que ce délire frénétique à son égard ne lui fasse pas croire qu’il plane au-dessus de la mare dont il est le nouveau roitelet. J'ai vu tant d'autres météores, qui étaient partis pour traverser le football comme on traverse un pare-brise, en fracassant tout, mais qui se sont écrasés fort loin de ceux qui coassaient des exclamations sur leur bref passage.
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