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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Sports, le mini-ministère

Redevenus accessoires, les ministres ou secrétaires d'État chargés des Sports durent encore moins longtemps que les entraîneurs de football. Au lendemain du remaniement: histoire de ce portefeuille et longévité de ses propriétaires. 

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Une brève histoire des "Sports" au gouvernement

L'histoire ministérielle des "sports" les rattache d'abord, dès 1921, au portefeuille de la Guerre, auprès de chargés de mission et de commissaires généraux "concernant l’Éducation physique et la préparation militaire". À partir de 1924, une longue série de sous-secrétaires d'État "chargés de l’Éducation physique", sont cette fois rattachés à l'Instruction publique (puis à l'Éducation nationale).


De 1934 à 1936, le gouvernement se dote d'un ministre de la Santé publique et de l’Éducation physique, mais c'est le Front populaire et Léon Blum qui donnent au sport une quasi autonomie en consacrant le grand Léo Lagrange en tant que sous-secrétaire d’État aux Sports, Loisirs et Éducation physique. Un premier tournant qui accompagne la création des congés payés et le développement du "temps libre". Lagrange exprime la volonté de donner du sens au sport et d'en faire un outil d'émancipation – plus que d'éducation ou d'hygiène [1].


Le programme change évidemment sous Pétain, même si le tennisman et "mousquetaire" Jean Borotra, qui hérite du titre de sous-secrétaire d’État aux Sports, Loisirs et Éducation physique, est comme Lagrange un opposant au sport professionnel.
 

Après guerre, la socialiste Andrée Viénot est la première femme à accéder à la fonction (encore celle de sous-secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports), mais il faut attendre la Ve république pour que le sport – toujours associé à la jeunesse – retrouve une spécificité avec la nomination de l'alpiniste controversé Maurice Herzog au poste de Haut commissaire, qu'il occupera de 1958 à 1966, un record de longévité. Ensuite, le gouvernement Pompidou est le premier à promulguer un ministère de plein exercice pour la Jeunesse et les Sports, mais le portefeuille rétrogradera de nouveau au rang de secrétariat d'État de 1968 à 1978.


En Mai 1981, Edwige Avice prend la fonction de ministre déléguée à la Jeunesse et aux Sports pour un mandat marqué par la loi qui porte son nom et qui définit notamment les missions de service public des fédérations sportives. Sa succession est assurée par le premier d'une longue série d'anciens sportifs de haut niveau, le patineur Alain Calmat (viendront ensuite le sprinter Roger Bambuck, le hurdler Guy Drut, l'escrimeur Jean-François Lamour, le rugbyman Bernard Laporte et le judoka David Douillet).

 


L'histoire de plus en plus brève des "Sports" au gouvernement

Au cours des quarante dernières années, on constate l'alternance des statuts (secrétariat d'État, ministère, ministère délégué) et des missions associées (Jeunesse presque systématiquement, mais aussi Qualité de la vie, Loisirs, Éducation populaire, Vie associative, Santé, Droits des femmes, Ville). Les sports ont bénéficié d'une autonomie très variable au fil du temps [2]. En revanche, l'exposition médiatique a semblé aller croissant pour les titulaires du maroquin, en particulier sous la présidence de Nicolas Sarkozy qui commença par la désignation (différée pour cause de Coupe du monde de rugby) d'un Bernard Laporte dont la compétence et l'implication furent particulièrement mises en doute.


Depuis 2007, les Sports ont alternativement rempli des fonctions d'affichage (Laporte, donc), de strapontin ou de trampoline pour les ambitieux (Jouanno, Douillet) voire de placard (Yade, qui a quand même tenté d'en sortir, à ses dépens, durant la mémorable Coupe du monde de football 2010). Surtout, après les longévités exceptionnelles de Marie-George Buffet et Jean-François Lamour – aux alentours de cinq ans pour chacun –, les mandats sont allés en se raccourcissant sous les gouvernements Fillon, avec quatre titulaires durant le quinquennat. Si Valérie Fourneyron a rehaussé la moyenne après l'alternance de 2012, sans toutefois dépasser les deux années, l'actuel secréatire d'État Thierry Braillard voit sa ministre Najat Vallaud-Belkacem abandonner sa tutelle après 139 jours, au profit de Patrick Kanner, nommé hier ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.
 

Conséquence assez logique, les politiques du sport semblent laissées à l'abandon depuis le mandat de Marie-George Buffet, marqué par l'engagement de l'élue communiste et son travail législatif (reconnaissance de la spécificité des activités sportives, dopage, financement du sport amateur). Le pantouflage très chiraquien de Jean-François Lamour a ouvert une ère de passivité que l'instrumentalisation sarkozyenne du sport à des fins de communication a aggravée. Une attitude d'autant plus déplorable que le sport amateur entrait dans une crise profonde et que le sport professionnel était livré à une libéralisation plus alarmante année après années.


D'aucuns ont pu croire que le retour de la "gauche" au pouvoir allait s'accompagner d'une reprise en main des dossiers, mais le néant hollandien les a détrompés. Valérie Fourneyron et Thierry Braillard sont restés essentiellement spectateurs, ne s'attaquant pas, par exemple, à des dérives aussi prononcées que la financiarisation du sport pro, le coût collectif des nouveaux stades, la répression juridique et policière contre les ultras, la non-représentation des supporters dans les instances et les clubs ou l'accès de plus en plus onéreux au spectacle sportif. Le sport a pourtant plus que jamais besoin d'une vraie vision politique, mise à son service plutôt qu'à celui des opportunismes personnels et partisans.

 

[1] Pour lui, "il ne peut s'agir dans un pays démocratique de caporaliser les distractions et les plaisirs des masses populaires et de transformer la joie habilement distribuée en moyen de ne pas penser".
[2] On note que Jean-François Lamour aura été le premier ministre des Sports "tout court", sans la Jeunesse. Dans la période récente, les secrétariats d'État de Bernard Laporte et Rama Yade ont été placés sous la tutelle du ministère de la Santé et des Sports (de Roselyne Bachelot 2007-2010), celui de Thierry Braillard sous celle du ministère-puzzle des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports (de Najat Vallaud-Belkacem).

 

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