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Retourné de 25 mètres

Red Star, soir de montée

Vu des tribunes – Deux Cédéfistes racontent comment ils ont vécu le match de la montée en Ligue 2 du Red Star, vendredi soir au Stade Bauer.

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Affluence des grands jours dans le sud de Saint-Ouen pour le match qui promet la montée aux Vert et Blanc. Pour la première fois de la saison en championnat, le match est à guichets fermés et on sent une ambiance particulière: pas de tension mais l'impression qu'on arrive à l'aboutissement d'un long travail. Ce soir, l'histoire s'écrit à Bauer et tous ont tenu à être là.

 

Cela a manifestement échappé à la Préfecture de police qui a cru nécessaire de déployer plusieurs pelotons de gardes mobiles en tenue de Robocop. La direction du club joue aussi la carte de la répression en avertissant par un prospectus que le terrain ne sera ouvert en fin de match que si aucun engin pyrotechnique n'est utilisé pendant la rencontre.

 

 

 

 

Le kop est archi-plein. Pendant une heure trente, les chants vont rythmer le match. Il est question de Bauer (beaucoup) et de policiers (un peu). Le sympathique Bruno Le Roux, chef des socialistes à l'Assemblée nationale et accessoirement député du coin, en a pris pour son grade quand il est passé devant la tribune Est. Ici, on est chez les rouges, les vrais (doit bien y avoir des roses, mais ils ne la ramènent pas).

 

 

Hipsters, bobos et prolos

La partie démarre sur les chapeaux de roue avec un première incursion audonienne dans la surface adverse. En face, les Istréens, déjà relegués n'ont pas envie de servir le feu d'artifice et montrent plus d'agressivité et de justesse technique que les Camblisiens atomisés (8-0) voilà une quinzaine de jours. Toutefois, ils peinent à dépasser le milieu de terrain et abandonnent le ballon au Red Star, qui se procure très vite plusieurs occasions.

 

Sur le deuxième corner en sa faveur, à la 12e minute, l'incontournable Kévin Lefaix réalise un très propre enchaînement contrôle poitrine-frappe à bout portant dans les six mètres et ouvre la marque. À la conclusion d'une belle action collective, Naïm Sliti envoie à son tour la gonfle au fond. Il sert ensuite David Bellion en profondeur qui se joue du gardien pour tripler la mise dès la 36e minute. La messe est dite et la fête peut commencer.

 

Dans ce paradis où cohabitent harmonieusement hipsters, bobos et prolos (si si, il y en a), on n'oublie pas de pratiquer un football léché qui part de derrière. Pas de grands ballons devant, on préfère reculer plutôt que de balancer et l'addition aurait pu être plus salée si les attaquants blancs avaient été un peu moins maladroits. Il faut que le stoppeur istréen se troue sur un centre de Sliti pour offrir un doublé à Lefaix. La suite du match sera tranquille pour le Red Star, Vincent Planté n'étant jamais mis en danger. L'occasion de faire entrer l'enfant du club, Ludovic Fardin, et l'emblématique et inoxydable capitaine Samuel Allegro pour participer à la fête. Pas d'arrêts de jeu, l'arbitre siffle, et la Ligue 2 est bel et bien là!

 

 

 

 

Serrer la main de Vincent Planté

Au coup de sifflet final, quelques intrépides sautent sur la pelouse et se font poursuivre par des stadiers dans ce qui est un mauvais remake de Benny Hill. Les supporters en guerre avec les dirigeants n'ont pas suivi les consignes sur les fumigènes, mais en fin de compte, les stadiers débordés ont ouvert les vannes à la plus grande satisfaction d'un public bon enfant. Les joueurs du Red, hommes ordinaires ailleurs et héros ici, se prêtent de bonne grâce aux accolades et aux photos. Serrer la pogne de Vincent Planté ça n'a pas de prix!

 

C'est assez magique de fouler le terrain, sous l'intense lumière des projecteurs. Entouré par les trois tribunes de Bauer, cela semble irréel de se dire que des instances jugent ce lieu inapte au football, alors qu'il le respire par tous les pores (d'accord, sauf par le gazon qui est synthétique). Les travaux envisagés semblent dérisoires par rapport à l'histoire qui charge ces gradins surannés. Deux ans et demi que je traîne mes guêtres ici certains vendredis soirs, avec les rituels qui vont avec: le demi à l'Olympic, ma place au niveau du point de pénalty, la barquette de frites servie par les mamans des jeunes licenciés... Il va falloir y renoncer, et ça n'a jamais semblé aussi absurde que lors de cette victoire.

 

En quittant les lieux, il suffit pourtant de lever les yeux pour tout comprendre: surmontant malicieusement Bauer du haut de Montmartre, l'hideuse meringue illuminée du Sacré Coeur, bâti sur souscription pour "expier" les "pêchés" de la Commune de Paris, assène sa cruelle leçon. L'histoire, quels que soient ceux qui la vivent, est toujours écrite par les mêmes.

 

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