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Piotr Jujubier

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Les Cahiers, numéro 8

Réclamation

Tribune des lecteurs - En raison de l'isolement de la Lozère, cette lettre d'un candidat malheureux au concours "60 millions de sélectionneurs" de juillet dernier ne nous parvient qu'aujourd'hui.
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Messieurs, Dans la belle contrée qu’est ma Lozère natale, les joies du Internet haut débit ne sont encore que fantasmes (au même titre que la sculpturale Sophie Favier), et c’est tout juste si nous parvenons à recevoir un débit "correct", comme dirait la tahitienne Laurence Boccolini, via nos bons vieux modems 56K. Vive la privatisation. Je vous avoue que cette situation ne va pas sans désagréments. Le dernier en date n’est pas le moindre qu’il m’ait été donné de vivre. Je viens, en effet, après trois mois de connexion ininterrompue, de réussir à charger la page des résultats de votre grand concours de l’été. Quelle ne fut pas ma déception quand je vis que je n’étais que dauphin! Je suis même sûr que c’est votre soutien réservé qui fut la cause de ma défaite face à Raymond Domenech pour le poste de sélectionneur. Car ne nous voilons pas la face, comme on dit du côté de Kaboul, L'Équipe n’est plus le média de référence et d’influence du milieu du foot. Vous à mes côtés, le fils caché de Tom Selleck et d’Emmanuel Chain ne serait pas tranquillement installé dans la maison bleue adossée à la colline. Une carrière vient peut-être de se briser. Une vie sûrement. Depuis ma défaite, ma vie est un enfer. Cette place de dauphin me vaut en effet railleries et brimades dans toute la Lozère. Sûr de mon projet, conscient que les CdF serait l’atout décisif de ma candidature, je clamais sur tous les toits que le successeur du Jacquot ça serait moi! Fallait me voir au PMU de Germaine Van Kerschaver faire le beau, me gaussant des spéculations de Vincent Duluc, d’Olivier Rey, et surtout de Dominique Grimault qui nous sortait des stats improbables, montrant que tous les huit ans, la France se dotait d’un sélectionneur brun dont la taille n’excédait pas 1m79. Las! Je peux vous dire que ce que je vis depuis la nomination de Raymond Domenech est un véritable calvaire. Apprenant ma place de Dauphin, les "collègues" n’ont pas hésité à m’offrir une écharpe comme celle des Miss France. Je ne compte plus le nombre de mes concitoyens me demandant si Madame de Fontenay est, au choix, sympa ou gironde (j’ai même eu droit à une grand-mère me demandant si elle urinait réellement dans un seau à champagne!). Je ne compte plus les demandes d’inauguration de foire aux saucissons, jambons et tout ce qui peut se manger dans le cochon (et comme "tout est bon dans le cochon", je ne vous dis pas le nombre de sollicitation, mon Bi-bop est sur le point de rendre l’âme). Les brimades sont certainement ce qui me touche le plus. Vous le savez, le footeux est chambreur comme le basque est fort, et j’en prends pour mon grade (…) Ainsi, pour gagner, votre concours il fallait être un vil flatteur et un habile manipulateur. Cinq lettres destinées à chaque membre influent sur la décision finale, j’avoue que c’était plutôt bien vu d’un point de vue purement stratégique. Toutefois, dans l’énoncé de l’article, il est bien précisé d’écrire une lettre de candidature. Pas deux, ni trois, encore moins cinq. Préférant être respectueux des règles, mon panache m’a donc perdu. Je m’inscris ainsi dans la tradition des grandes défaites françaises de Séville à Manchester. Mais gagner votre concours n’était qu’une étape. Ma véritable ambition, comme je l’ai déjà dit, était de battre Raymond, Laurent ou Jeannot. Pour être sélectionneur, il fallait donc incarner une certaine rupture dans la continuité. Aucun des sélectionneurs précédents n’ayant eu mon parcours, j’incarnais une certaine rupture. Dans le même temps, sortant du giron départemental (souvenez-vous Sombrefontaine), j’étais aussi un pur produit fédéral. Je ne doute aucunement du fait que Saint-Aimé aurait soutenu ma candidature si elle avait eu l’éclairage suffisant. Pour être sélectionneur, il fallait faire le ménage. Soit. J’étais même prêt à virer les femmes de ménage (elles utilisent du savon au pin auquel Thuram est allergique), le chien de garde (c’est lui qui laissait entrer Vincent Duluc sans broncher) et le responsable de la tonte des pelouses (l’herbe trop haute empêchait les passes de Zizou pour Henry d’arriver). Pour être sélectionneur, il fallait avoir des hobbies qui sortent de l’ordinaire. Soit. J’étais prêt à monter une pièce de théâtre durant les rassemblements. "Blanche Neige et les Sept Nains" par exemple. So Foot et France Foot Vendredi auraient été ravis de remplir leurs colonnes avec un sujet décalé. Je vois déjà le casting: Grincheux Barthez, Atchoum Mendy (Papa Vahid t’avait dit de mettre ton écharpe quand tu prends des courants d’air), Timide Pedretti, Prof Henry (Pierre Ménès se serait fait un plaisir de le prouver une énième fois), Simplet Givet, Joyeux Evra et Dormeur Marlet. J’étais même prêt à prendre des cours d’astrologie avec Madame Soleil et/ou Elizabeth Tessier. Mais il paraît que ce n’est plus possible et/ou que ça abîme la prostate. Pour être sélectionneur, il fallait être marié avec une journaliste. Malheureusement Françoise Giroux n’est plus et de toute façon dévolue à JJSS et les Teutons de Natalie Ianetta sont pris par JCS. Dure époque. Pour être sélectionneur, il fallait amener de nouveaux joueurs. J’aurais sans doute essayé. Zizou et Thuram auraient peut être mérité qu’on essaye de les retenir avant. Liza et Marcel étaient en fin de parcours. En revanche je n’aurais peut-être pas verrouillé les nationalités de deux espoirs d’origine africaine à l’avenir bleu incertain pour ma première sélection. Toujours est-il qu’une nouvelle saison commence, que finalement je m’évertuerai à remporter enfin ce championnat de DHR qui me fuit depuis tant d’années avant de succéder, qui sait, à Raymond dans deux ou quatre ans après un nouveau succès des bleus. D’ici là je continuerais à vous lire, une fois que la page aura fini de charger. > La candidature de Piotr
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