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Antoine Faye

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Real Madrid Circus / Le bilan des galactiques

Que restera-t-il de l'ère Pérez, dans les caisses du club et surtout dans son vestiaire? Dernier épisode de notre série madrilène…
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Le Real, sous le mandat de Florentino Pérez, a connu des hauts et des bas. Le haut, tout d’abord, avec l’arrivée de Figo, chipé au Barça pour 71 millions d’euros, qui plonge le Barça dans la crise. À ce moment, le club enregistre aussi les signatures de Makelele et Flavio Conceição et au terme de la saison 2000-2001, il remporte la Liga. Pour la suivante, c’est Zidane qui rejoint le Real, pour une somme plus importante encore (79 millions d’euros, record absolu à ce jour). L'équipe pratique un excellent football qui lui permet de remporter la neuvième Ligue des champions de son histoire. Puis arrive Ronaldo, vainqueur du mondial 2002 avec le Brésil et les merengues connaissent leur meilleure année avec le triplé Supercoupe d’Europe, Coupe intercontinentale et Liga.

Beckham plutôt que Hierro
Mais au soir de la victoire en championnat, Florentino commet la première grosse erreur de son mandat en remerciant Del Bosque et Hierro. Cette décision marque un tournant : d’une part, Florentino fait preuve d’un irrespect évident envers Hierro, qui a fait sien le Real de Madrid. En Espagne, les contrats en guise de remerciement pour services rendus sont courants, mais Florentino a privé Hierro de cette reconnaissance, et de l’hommage du Bernabeu, jusqu'à 2005. Del Bosque, entraîneur à succès, est débarqué pour des raisons curieuses : pas assez glamour. À la vérité, Del Bosque supporte mal les tentatives d’intrusion de Florentino dans le domaine sportif. Et comme Florentino veut tout diriger, il limoge le moustachu...

Carlos Queirós, alors adjoint de Sir Alex Ferguson à Manchester, est appelé pour assurer la relève. Un entraîneur sans expérience, dont la venue est surtout perçue comme un moyen de convaincre Beckham, alors pressenti à Barcelone. Une semaine après l’arrivée du technicien portugais, le capitaine de Manchester atterrit à Madrid, et rejoint le Real pour 25 millions d’euros, malgré l’opposition d’une bonne partie des socios madrilènes.

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Une saison blanche et sèche
Sur le terrain, le Real déjoue, suite au départ de Makelele. Queirós modifie son système de jeu toutes les semaines, et les galactiques, individuellement surdoués, sont incapables de former une équipe cohérente. Le 17 mars se produit le tournant de la mandature de Florentino: la défaite contre Saragosse en finale de Coupe du Roi, au stade de Montjuïc (Barcelone). À partir de là, la chute est continuelle: élimination à Monaco, en Ligue des champions, et une fin de parcours catastrophique, qui laisse le Real à la quatrième place de la Liga. Comme l’avouera Florentino Pérez, c’est en revenant de Monaco que – pour la première fois – il a pensé démissionner.

Malgré cette année blanche, Florentino est réélu avec une confortable majorité (91%). Il faut dire que la nomination de Camacho a beaucoup aidé cette victoire électorale : le recrutement de l’ex-sélectionneur espagnol était un souhait des supporters. Pour renouer avec le succès, Camacho se voit offrir Samuel, Woodgate et Owen. Mais l'homme de Murcía va vite buter sur les exigences de Florentino et le manque de collaboration des joueurs. Devant les intrusions du premier et le refus de travailler des autres, Camacho claque la porte du Real, moins de trois mois après son arrivée. Gil García Remón le remplace, pour assurer l’intérim, avant la venue de Luxemburgo. Avec le Brésilien, l’amélioration des résultats est immédiate, mais le Real chute en Ligue des champions contre la Juventus, et ne parvient pas à refaire son retard sur le Barça, qui remporte la Liga.


Décomposition d'équipe
La suite de l'histoire est bien connue : Luxemburgo est confirmé mais forcé de faire évoluer le Real selon des préceptes qui ne sont pas les siens. Malgré 100 millions d’euros investis dans les transferts et les venues de Robinho, Baptista, Sergio Ramos (la première recrue espagnole de l’ère Florentino) Diogo et Pablo García, l’équipe effectue une entame médiocre en Liga et surtout, son jeu déçoit. Pis, le Real ennuie.

Le Bernabeu perd patience après la défaite enregistrée face au Barça, et Luxemburgo prend la porte. Quelques semaines plus tard, Arrigo Sacchi quitte le club, révélant le mal-être existant au Real. Avec Lopez Caro, le Real récupère quelques couleurs, mais la convalescence est fragile (voir Real Madrid Circus, actes V et VI). Un dimanche à Majorque, Pérez commet son dernier forfait: deux heures avant le match, il apprend que Raúl sera titulaire et Ronaldo, remplaçant. Inacceptable pour Florentino, qui reste un partisan farouche de Ronaldo. Au début du match, l’attaquant brésilien est sur le terrain, et Raúl, sur le banc. À côté du capitaine remplaçant, Helguera est assis, mangeant des graines de tournesol. Le symbole est clair: Helguera sait qu’il ne jouera pas et agit en conséquence, offrant cette image provocante d’un joueur complètement étranger au déroulement du match.


Un héritage empoisonné ?
Sportivement, le Real est sur le point de connaître sa troisième saison sans titres : une telle série n’est plus survenue depuis 1954, ce qui montre l’étendue de l’échec de Florentino. Avec ironie, le directeur du journal Sport, de Barcelone, achève Florentino, au lendemain de sa démission, en résumant son mandat à cette phrase lapidaire: "Il se croyait plus grand que Santiago Bernabeu, et il a fini par être pire que Lorenzo Sanz" — son rival aux élections à la présidence.

L’héritage laissé par Florentino est des plus délicat à gérer. Car il ne fait guère de doute que bon nombre de joueurs vont quitter le club. Depuis la mise en lumière de ses états d’âme, et abandonné par un président qui le soutenait contre vents et marées, Ronaldo quittera le club à la fin de la saison. Les jours de Salgado et Zidane sont comptés: le Galicien devra donner sa place à Cicinho, et Zidane prendra probabement sa retraite à la fin de la saison.
Quant à d’autres joueurs comme Helguera, Gravesen, Pablo García ou Cassano, leur avenir dépendra du nouveau président et de Floro, s’il reste, ou du nouvel entraîneur, quand il sera connu...

Dans les bureaux, Pérez accaparait tous les pouvoirs, reléguant ses collaborateurs au rang d’observateurs de luxe. Décidant des transferts, des compositions et du programme de la pré-saison, il laisse un organigramme opaque. Et en dépit d’une "longue réflexion", il n’a rien fait pour préparer le terrain de son successeur.Celui-ci devra prendre la suite de Florentino Pérez sans traîner, et distribuer les responsabilités et les pouvoirs pour assurer la nécessaire reconstruction du Real.


L'inconnu dans la maison
La nomination de Fernando Martín Álvarez à la tête du club est une surprise. Notamment parce qu’elle a fait l’unanimité. La logique aurait pourtant dicté qu’un vice-président succède au Président. L’homme est très peu connu, apparaît peu dans les médias, et la plupart des chaînes de télé ne disposaient dans leurs archives que d’une simple photo du personnage, à l’heure de montrer le visage du nouveau président du plus grand club du monde.
Né en 1947 à Trigueros del Valle, Martín partage de nombreux points communs avec Pérez. Tous deux sont des self-made men, et ont fait fortune dans l’immobilier. Le nouveau dirigeant est Président de Martinsa, une entreprise dont les bénéfices, l’an dernier, ont atteint 145 millions d’euros. Il a également des parts dans de nombreuses entreprises espagnoles de premier plan, comme la Unión Fenosa, Telefónica, la banque BBVA, et le Banco Santander. L’un de ses derniers investissements est des plus curieux: le rachat du stade Vicente Calderón, qui héberge l’Atlético Madrid.

Le choix de nommer cet homme, très proche de Florentino Pérez, marque donc une continuité dans la politique de ce dernier… Voire une garantie, afin d'éviter tout audit des comptes du Real pouvant mettre à jour le véritable état des finances. Toutefois, un détail surprend dans le profil de Martín: le nouveau maître du Real a d’excellentes relations avec Hierro, Del Bosque et Camacho... Trois bannis de Florentino. Homme du bâtiment, Fernando Martín se trouve devant un chantier difficile, et un dilemme délicat: reconstruire le Real de Madrid... ou abandonner le chantier aux urnes.



Un bilan économique (trop?) flatteur
L’économie est la grande œuvre de Florentino qui, en 2000, trouve un club en retard sur la modernité du foot-business. Avec sa politique de transfert, les "Zidanes y Pavones", Florentino a permis au club madrilène de faire exploser ses revenus, et les attentes entourant ses performances. Il a mondialisé la marque Real Madrid et l’a pérennisée. Le résultat de cette évolution est reflété dans le dernier rapport du cabinet Deloitte and Touche, qui établit que le club est celui dont les revenus sont les plus importants au monde, dépassant désormais ceux de Manchester United. Sur les 276 millions d’euros que le Real a reçus, 124 procèdent de l’exploitation des droits d’image du Real et de la vente de produits dérivés. En parallèle à ce développement, Pérez a également su utiliser ses amitiés dans le monde politique pour bénéficier de faveurs jusque-là refusées aux précédents présidents. En obtenant de la municipalité de Madrid la requalification des terrains de Chamartín, Florentino, pouvait vendre ceux-ci pour un pactole de 498 millions d’euros, réalisant une opération immobilière hors normes (1).  
 
La situation économique du Real est cependant sujette à interrogations; notamment à propos de son endettement. Si Marca présente le club comme "sain", le journal Sport, de Barcelone, évoque une dette non officielle de 460 millions d’euros, révélée par l’Association pour la Défense du Socio (2). D’insistantes rumeurs indiquent que Florentino a maquillé les comptes pour effacer la dette. Reste à voir si le successeur de Florentino, Fernando Martín Álvarez, commandera un audit sur l’état économique du Real de Madrid...


(1) Tellement hors normes que cette vente avait fait l’objet d’une enquête de la Commission européenne, restée sans suite.
(2) Lire ici.


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