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Antoine Faye

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La Gazette > 9 journée

Real Madrid Circus 2006/07, épisodes 5 & 6

La saga continue, et chez les Galactiques, elle ressemble à la guerre des étoiles.
> Épisode 5 : Calderón fait sauter la Maison blanche
>
Épisode 6 : Ronaldo, l'adieu à Madrid
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> Épisode 1 : une guérilla électorale
> Épisode 2 : la maison Capello
> Épisode 3 : Capello et Cannavaro sur un bateau
> Épisode 4 : l'éclipse des galactiques


Épisode 5: Calderón fait sauter la Maison blanche

Au cœur de la tempête madrilène, il eut été facile d’oublier que le bateau avait un capitaine. Très peu assidu devant les médias en cette période troublée, Ramón Calderón va faire un retour involontaire à la une des médias. Le lendemain du match contre Saragosse, le président merengue fait sauter la Maison blanche. Invité à répondre aux questions des étudiants de l’Universidad Complutense, de Madrid, il se livre à une colossale démonstration d’honnêteté. Convaincu de l’absence de journalistes, il se lâche et n’épargne personne. Sauf que les dictaphones tournent, et que les propos de Calderón, une fois transmis  à la presse, vont rapidement prendre une ampleur considérable.

Le théâtre de Bernabeu
Il faut dire que Ramón Calderón multiplie les attaques ad hominem, sans aucune retenue. Entre autres perles, le président merengue décrit Gutí comme une "éternelle promesse de trente-et-un ans". Il s’émeut également de la différence salariale existant entre Iker Casillas (9 millions d’euros par saison) et son remplaçant, Diego López (300 000 euros). Enfin, pour le plaisir, Calderón souligne la "vanité" des joueurs, qui "ont l’impression d’être des superstars parce qu’ils ne payent nulle part où ils se rendent". Pour bien appuyer son propos, il porte un avis définitif sur eux en prenant à témoin les étudiants: "Vous êtes cultivés et avez une formation, les joueurs, généralement pas".

La longue intervention de Calderón lui permet également de régler ses comptes avec David Beckham, dont il ne digère pas la future défection. Au beau milieu d’une diatribe dirigée contre l’Anglais, il assure, avec une bonne dose de rancœur, que Beckham part "à Hollywood pour être une moitié d’acteur" et se flatte – avec une clarté qu’envierait Roger Lemerre – de la décision du Real de ne pas avoir conservé le joueur britannique: "La preuve du bon choix de notre staff technique de ne pas le prolonger a été ratifiée par tous les staffs techniques du monde, puisque personne, alors qu’il était libre, n’en a voulu".

Autre compte à régler, celui de Florentino Perez. Pour le président, son prédécesseur est le principal responsable de l’échec dans le recrutement de la star milanaise Kakà. "Florentino, qui ne m’a pas précisément appuyé, a parlé avec Silvio Berlusconi pour qu’il prolonge le contrat de Kaká". Enfin, pour n’oublier personne, Calderón s’en prend aux supporters madrilènes: "Le Santiago Bernabeu est un stade auquel les gens se rendent comme s’il s’agissait d’un théâtre. Les gens n’encouragent pas, contrairement à ce qui se passe en Italie ou en Angleterre" (1).


Règlement de comptes et éclats de voix
Pris la main dans le sac, Ramón Calderón essaye, avec une mauvaise foi désarmante, de minimiser la portée de ses propos. Mais le mal est fait, et les réactions sont pour le moins outragées. Et même si le dirigeant s’excuse "mille fois" (2), les joueurs exigent une réunion, séance tenante... Pendant l’heure et demie que dure la confrontation, Calderón essuie les critiques de ses joueurs. Gutí, éternelle promesse qui vient de prolonger, l'accuse de "ne pas être à la hauteur". Les journalistes, pourtant éloignés, captent des éclats de voix. Les capitaines du Real, Raúl, Gutí et Roberto Carlos, ont ainsi prié le président d’arrêter de "vomir de la m…", en signalant que "les choses se disent face à face", avant de lui demander s'il est "avec ou contre [eux]" (3).

Officiellement, le Real met un terme à sa crise interne après cette confrontation expiatoire. Calderón a demandé pardon aux joueurs, mais le malaise est latent... Le communiqué officiel du Real a beau souligner le "climat de totale sincérité (sic) et de confiance" de cette réunion (4), les observateurs redoutent que l’équipe n’implose après cet incident. Les joueurs, pour leur part, se veulent rassurants. Raúl, qui comparaît en conférence de presse quarante-huit heures plus tard, se veut optimiste, estimant que l’abcès est crevé et l’incident clos (5).

Mais le Real version 2006-2007, est un éternel recommencement… Après chaque nouvelle crise, les joueurs déclarent que les choses sont remises à plat, et que le Real va repartir de l’avant. Mais il n’en est rien: le Real se fait éliminer de la Copa del Rey par un Betis de Séville qui aligne ses remplaçants… Deux jours plus tard, Capello obtient la tête de Ronaldo, qui est transféré au Milan AC.


(1) Un compte-rendu, relativement exhaustif et objectif, des propos de Ramón Calderón est publié par le quotidien El Mundo.
(2) Les excuses de Calderón, dans El País.
(3) Le quotidien 20 minutos rend compte de cette réunion à huis-clos.
(4) Le communiqué du club.
(5) El Periódico de Aragón reprend les propos tenus par le capitaine madrilène.



Episode 6 : Ronaldo, l'adieu à Madrid
L’ère galactique s’achève... Quinze jours après l’officialisation du départ de David Beckham, c’est la dernière étoile de la galaxie qui tire sa révérence: Ronaldo s’en va. Le Brésilien rêvait d’Italie, et de retrouver Milan. Ce n’était d’ailleurs pas faute de clamer son désir de Lombardie… Après de nombreux appels du pied et des rumeurs de départ aussi nombreuses que fantaisistes (Qatar, Etats-Unis ou Brésil), Ronaldo rentre à Milan pour y porter le maillot rossonero du Milan AC. Contrairement aux autres Galactiques, Ronaldo ne satisfait même pas à la traditionnelle conférence de presse pour annoncer son départ. D’ailleurs, le Brésilien n’attend pas son transfert pour s’afficher dans les gradins de San Siro (1). Et sitôt sa signature apposée au bas de son nouveau contrat, Ronaldo part pour l’Italie. Après quatre saisons et demie en dents-de-scie, le joueur quitte une nouvelle fois la Liga pour la Série A.

Amour contrarié
L’histoire de Ronaldo au Real est un long roman de désamour. Un feuilleton interminable qui mêle indistinctement les scènes de doute à celles de joie. Ronaldo, c’est aussi l’histoire d’un caprice. Après un Mondial asiatique réussi, Ronaldo rêve d’Espagne. On parle un temps du Barça, mais Florentino Perez est prêt à tout pour obtenir la signature du Brésilien. Le président madrilène veut monter une équipe qui réunit les plus grands joueurs de la planète, et Ronaldo correspond exactement au profil désiré. Mais ce choix n’est pas du goût de l’entraîneur, Vicente Del Bosque, qui préfère sensiblement son attaque 100% madrilène – le duo Raúl-Morientes. De plus, le profil de Ronaldo divise les supporters: certes, il s’agit d’un attaquant décisif et efficace. Mais dépenser 45 millions d’euros (2) pour un ancien joueur du Barça, pas vraiment indispensable et susceptible de connaître de longues blessures, c’est un pari qui en inquiète plus d’un.

Pour Ronaldo, il est donc primordial d’annoncer la couleur et de ranger les sceptiques de son côté. Au cours de ses premières conférences de presse, Ronaldo promet de marquer un grand nombre de buts... Et chaque année, c’est le même numéro qui se reproduit: Ronaldo promet aléatoirement, 30 ou 35 buts en Liga, et sur le terrain, les performances ne suivent pas. Mais l’attaquant est sacré. Il est le bijou de Florentino Perez, et peu importe si Fernando Morientes, Michael Owen ou Roberto Soldado sont plus efficaces. Tant que Florentino est là, c’est lui qui décide: et Ronaldo joue. Une semaine avant sa démission, le Brésilien se permet même de laisser une trace publique de ses états d’âme, en assurant que les supporters "ne l’aiment pas" (3). Ronaldo ouvre la porte à un départ, mais malgré la fuite de Florentino et l’arrivée de Capello, le Brésilien, à la surprise générale, reste (4).


"Ronaldo et Kakà sous le même maillot"
Mais le futur de Ronaldo sous Capello est facilement envisageable. Les relations entre le coach italien et l’attaquant ne vont cesser de se détériorer. Capello reproche à Ronaldo son manque de professionnalisme et sa mauvaise influence sur ses coéquipiers, tant à l’entraînement qu’en dehors. Il ne lui offre qu’un faible de temps de jeu et sur le terrain, le Brésilien est intermittent. Non content d’offrir des prestations inégales, il commet quelques actes qui vont lui être fatals. Son expulsion à Getafe, ses critiques à Montjuïc et la spirale négative dans laquelle certains joueurs tombent avec lui énervent passablement Capello, qui fait de son départ une question de principe et de survie. Le retour du Real à la sérénité et au professionnalisme passe par là. Et Ronaldo lui-même finit par jeter l’éponge…

Depuis novembre 2006, Ronaldo s'entretient régulièrement avec Pedja Mijatovic. Au cours de ces entrevues, le Brésilien explique qu’il ne se sent plus capable d’évoluer au niveau qu’exige le Real, et que le plus sage est de lui trouver un autre club, plus en accord avec ses capacités. Le Real accueille cette perspective entre soulagement et inquiétude. Car si Pedja a désormais carte blanche pour offrir à Capello la tête de Ronaldo, encore faut il trouver un club susceptible de le vouloir et d’en donner un bon prix. De son côté, Ronaldo active ses contacts et fait tout son possible pour convaincre un club milanais de bien vouloir le recruter. Au final, c’est le Milan AC qui présente une offre pour s’attacher ses services.

Profitant de la négociation, les dirigeants Madrilènes essayent de tirer parti de l’opération... Le nom de Cassano est proposé pour accompagner Ronaldo, le Real souhaite obtenir le prêt de Ricardo Oliveira pour compenser le départ de Ronaldo (5), et bien sûr, le nom de Kaká est évoqué. Mais Milan ne cède sur rien. Il faut dire que le Real n’insiste pas. Trop effrayé par l’idée de détériorer les relations entre les deux clubs, Ramón Calderón et Galliani, le vice-président milanais, ne tardent pas à se mettre d’accord. Ronaldo, arrivé pour 45 millions d’euros en 2002, rejoint le club lombard pour une somme de 8,5 millions d’euros (6). 
Ce transfert permet, au passage, à Ramón Calderón de tenir sa première promesse électorale. Durant sa campagne, le futur président madrilène avait lancé cette phrase, prémonitoire: "Un jour où l’autre, Ronaldo et Kaká joueront sous le même maillot" (7). Après la Seleção, Milan.


(1) Toujours sous contrat avec le Real, Marca rapporte que Ronaldo assiste à la demi-finale de la Coupe d’Italie, dans le stade Milanais.
(2) La valeur comptable du transfert est de 45 millions d’euros, mais il s’agit en fait de l’addition de 35 millions d’euros et d’un joueur du Real, Santiago Solari.
(3) La conférence de presse de Ronaldo, rapportée par El Mundo.
(4) Il faut dire que les dirigeants madrilènes, informés des velléités de départ de Ronaldo, fixent son transfert à 30 millions d’euros.
(5) Les dessous de la transaction, rapportés par La Vanguardía.
(6) Le prix du transfert est de 7,5 millions d’euros, auxquels s’ajoutent le million d’euros de prime pour la participation du Milan en Ligue des champions cette saison.
(7) Promesse analogue, signée Mijatovic.
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