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Jean-Philippe Desmet

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Le foot français touche sa bulle

Raymond Goethals : le fieu a éteint la mèche

Tribune des lecteurs - Au lendemain de sa disparition, éloge non funèbre et non complaisant d'un entraîneur qui aura su nourrir sa propre légende...
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Raymundo, le sorcier belge, le magicien, le Columbo des terrains... Les surnoms ne manquent pas pour qualifier cet individu atypique du monde du football. On se souvient surtout de lui comme de l’homme qui a rapporté à Marseille la première (et pour l’instant l’unique) coupe aux grandes oreilles du foot français. Cependant, l’épisode marseillais n’est que la cerise sur un gâteau déjà bien garni. À l’écart des éloges funèbres grandiloquents, retour en trois phases sur une personnalité controversée. Un maître tacticien Ancien gardien de but à la carrière relativement confidentielle, c’est après avoir entraîné l’équipe de Saint-Trond que Goethals est appelé à la barre de l’équipe nationale, en remplacement de Constant Vandenstock, l’ancien président d’Anderlecht. C’est cette fonction de sélectionneur qui, entre 1966 et 1976, révéla au monde un maître-tacticien. À l’époque, la Belgique était surnommée la "championne du monde des matchs amicaux", mais ne s’était plus distinguée depuis longtemps par ses résultats sur la scène internationale. Goethals la conduisit à la phase finale de la coupe du monde en 1970 et sur la troisième marche du podium de l’Euro en 1972. Les Diables de Goethals avaient alors élevé le piège du hors-jeu au rang d’œuvre d’art. Très habilement et très cyniquement, Goethals tissait, lors de chaque match, une toile d’araignée dans laquelle l’adversaire venait s’engluer. Outre son palmarès impressionnant, ce sont ses duels tactiques, gagnés de haute lutte qui laisseront une trace dans la mémoire collective. En 1974, en phase de qualification pour le mondial allemand, les Diables rouges tiennent en échec la meilleure équipe du monde, les Pays-Bas de Cruyff — et cela à deux reprises. La Belgique ne se qualifierapas, mais terminera sa campagne de qualification avec un average de 12-0. En 1991, le grand AC Milan se casse les dents sur la défense de l’OM. Il se fera rouler dans la farine deux ans plus tard. En plus des supporters, Goethals a souvent fait sourire les comptables des clubs dans lesquels il a officié. Rensenbrink et MacKenzie à Anderlecht, Haan et Dusbaba au Standard, Boksic et Barthez à Marseille sont autant de joueurs performants qui ont été revendus à prix d’or par leur employeur. Une personnalité attachante Bruxellois pure souche, Goethals ne maîtrisait aucune langue, mais les parlait toutes. Son accent à couper au couteau, la façon dont il écorchait les noms de famille, la belga vissée au coin des lèvres, la teinture capillaire provocante, tout concordait à le faire passer pour un parfait snul (1). Néanmoins, Goethals jouant avec son apparence, préférait paraître débonnaire. En réalité, un homme passionné mais anxieux se cachait derrière le clown. Peu instruit, mais sans complexes, Goethals est un passionné de foot, le style de gars qui a des notes sur tout et qui, sur un carton de bière, décode un match en deux coups de crayon, le genre de type qui passe ses vacances à proximité d’un stade, qui se réveille la nuit parce que sa composition d’équipe l’inquiète. Lors de sa dernière pige à Anderlecht en 1994, le stress eu finalement raison de lui, puisqu’un malaise cardiaque l’écarta du dug-out définitivement. Néanmoins, cette mise forcée à la pension (à soixante-treize ans) ne l’a pas empêché d’être très présent dans les medias belges, non pas comme consultant attitré, mais comme électron libre, délivrant péremptoirement ses leçons, spécialement aux entraîneurs des Diables rouges qui ne trouvèrent jamais grâce à ses yeux. Une odeur de soufre Tel l’amour décrit par benoît Poelvoorde dans "C’est arrivé près de chez vous", Goethals a souvent laissé une odeur de soufre derrière lui, "un peu comme quand tu vas pisser et que tu sens tes doigts…" En 1984, la tourmente de l’affaire Standard-Waterschei place le sorcier dans l’œil du cyclone. Soupçonné d’avoir orchestré une vaste opération de corruption, Goethals quitte Liège pour Guimaraes. Et il se murmure auprès des supporters des rouges et blancs que c’est le président d’Anderlecht qui a tuyauté le juge bruxellois Bellemans sur les méthodes peu orthodoxes de Raymundo, méthodes déjà en application lors de son passage à Anderlecht. Dix ans plus tard survint l’affaire VA-OM, en 1993, pour laquelle il ne fut jamais inquiété. Toutefois, on ne peut s’empêcher de penser que Tapie aurait trouvé auprès du Belge une oreille attentive et compréhensive. Tout ceci n’est que rumeur, et Goethals ne peut plus les contredire. Cependant, il serait sot de penser que la bonhomie du personnage cachait une façade dénuée d’aspérités… (1) NdA : Un fieu est un gars, un camarade, en patois bruxellois Snul signifie idiot, en patois bruxellois
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