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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Un dégagement victorieux

Rapid de Vienne : l'adieu à Sankt Hanappi

Changement d’époque au Rapid de Vienne. les travaux commencent au Hanappi-Stadion: le stade du club le plus titré d’Autriche va céder sa place à une enceinte plus grande, plus moderne… et rebaptisée. 

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Rideau: l’ultime match au Gerhard-Hanappi-Stadion aura été, le 6 juillet 2014, une rencontre amicale du Rapid de Vienne face au Celtic Glasgow (1-1). Après trente-sept ans de bons et loyaux services, ce stade du quartier du Hütteldorf a fermé ses portes pour deux ans de travaux, pendant lesquels le club va occuper le stade de l’équipe nationale, le Ernst-Happel-Stadion aux 50.000 places. Si Ernst Happel est connu pour son parcours de joueur et surtout d’entraîneur, qui sait qui était Gerhard Hanappi?

 



 

Hanappi, ce fut d’abord un jeune joueur du Wacker de Vienne [1]. Un Wacker qui n’est pas le plus prestigieux club de la capitale autrichienne, loin s’en faut: palmarès vierge – contrairement aux Hakoah, Rapid, Austria, ou First Vienna – avec pour meilleurs résultats trois deuxièmes places en 1939-40-41, et surtout en 1939 une demi-finale de Coupe d’Allemagne perdue sur tirage au sort après trois matches nuls après prolongations, dans un paysage footballistique bouleversé par l’Anschluß. Pourtant, c’est avec son club formateur du Wacker que Hanappi obtient son premier titre, dès 1947, avec un historique doublé Coupe-championnat. Malgré sa petite taille, le milieu de dix-huit ans attise les convoitises par ses performances, qui lui valent d’être appelé en sélection dès l’année suivante.

 

Hanappi, de pilier d’équipe à fondateur de stade

Par la suite, Hanappi vit une période de quelques mois assez animée, qui se conclut, comme souhaité, par son arrivée au rival déjà seize fois champion qu’est le Rapid. Un épisode qui lui vaut une haine inextinguible des fans du Wacker, poussée à son paroxysme en 1951 pour la finale de la Coupe Zentropa [2] gagnée 3-2 par le Rapid… face au Wacker. Dans son nouveau club, Hanappi s’épanouit pleinement. Milieu, voire attaquant, puis défenseur ou latéral selon les besoins, Hanappi va rester quatorze ans chez les Vert et Blanc, jusqu’à son départ des terrains en 1964, avec un palmarès enrichi de sept titres en championnat et un en Coupe, avec environ 330 matches à son actif et une moyenne d’un but inscrit toutes les trois rencontres – sans omettre deux titres de "joueur de l’année" après celui obtenu en 1950 comme joueur du Wacker.
 

En tant qu’international, Hanappi est de la génération dorée de 1954: il dispute comme défenseur les cinq rencontres de la WM suisse, qu’il finit avec ses coéquipiers à la troisième place – une belle performance non rééditée en 1958 quand il est le capitaine de la sélection rot-weiss-rot, et jamais égalée depuis. Sur la scène européenne, il atteint avec le Rapid la demi-finale de la Coupe des clubs champions en 1961 (0-3, 1-1 contre le Benfica).
 

Au terme de sa carrière de sportif, Hanappi embrasse une carrière d’architecte, dont le résultat le plus connu… est le stade de son propre club. C’est en effet Hanappi qui dessine les plans de l’enceinte du Weststadion qui doit accueillir les matches du Rapid. À son décès en 1980, la ville donne au nouveau stade le nom de son créateur, à l’époque recordman en son pays du nombre de sélections. De 1977 à aujourd’hui, le Gerhard-Hanappi-Stadion aura accueilli les matches de championnat du Rapid, des rencontres de Coupe d’Europe du Rapid – dont une contre le FC Nantes (3-0) en premier tour de C1 en septembre 1983 – voire de l’Austria, huit finales de Coupe et neuf matches de l’équipe nationale. À la gloire du Rapid: un 5-0 en quart de finale retour de C2 en 1985 sur un Dynamo Dresde vainqueur 3-0 à l’aller en RDA, un 2-1 contre l’Inter Milan au premier tour aller de la C3 en 1990.

 

Naming : du non au nom

Mais le stade a également connu quelques déboires: tôt après son ouverture, il a dû être fermé un temps à cause de fissures dans un pilier. Plus récemment, au printemps 2011, sa pelouse a été envahie par des fans furieux du score au cours d’un derby contre l’Austria – événement qui a contraint le club à voir ses derbies délocalisés au Happel-Stadion depuis. En 2008, Georg Koch, le gardien de l’équipe, a été blessé par un pétard qui lui a explosé à l’oreille – l’Allemand a dû mettre un terme à sa carrière moins d’un an après, sans avoir pu rejouer.
 

Malgré une modernisation réalisée dans les années 2000, le stade paraissait aux dirigeants de son club résident bien vieillot… Si la volonté était là, le financement a longtemps fait défaut. Mais au printemps dernier, le président du club Michael Krammer l’a annoncé: le nouveau stade va bien voir le jour. Sur un budget de 53 millions d’euros dont 20 proviennent de la municipalité, la nouvelle enceinte permettra l’accueil de 24.000 visiteurs, contre 18.000 au Hanappi-Stadion. Mais au désarroi de nombreux supporters du Rapid, club plutôt "prolo", le naming jusqu’ici tabou fait son apparition. Adieu Hanappi-Stadion, surnommé "St. Hanappi" par les fans, et bonjour "Allianz-Stadion"… jusqu’en 2026.

 


 

Suivre le triste exemple de l’Austria avec sa Generali-Arena, ex-Franz-Horr-Stadion, est une intense déception. Il n’est pas sûr que le toit vert du nouveau stade et la nouvelle adresse postale du club – Gerhard-Hanappi-Platz 1 – suffisent à satisfaire les fans du Rapid, dont beaucoup se réjouissaient de voir leur club être le dernier grand du pays à rejeter cette mode du naming, adoptée désormais par huit des dix équipes de l’élite et plusieurs clubs d’échelons inférieurs. En attendant les prochaines heures de gloire promises dans la nouvelle enceinte, le Rapid s’exile pour deux saisons au Happel-Stadion. Entre cette délocalisation forcée et la gestion de son effectif, les temps actuels ne sont pas simples pour le Rapid – et ses fans.


[1] Le Wacker de Vienne vit encore sous le nom d’Admira Wacker, résultat de la fusion avec l’Admira de Vienne en 1971.
[2] Equivalent en 1951 de la Coupe Mitropa, tournoi précurseur des Coupes d’Europe. 

 

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