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Antoine Faye et José-Karl Bové-Marx

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Ramos a la playa

Matchbox : Russie-Espagne, 0-3. Du passé, faisons table rase. Tout comme une malédiction plus vieille que Torres, Le 4-1...
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Buts : Xavi (50e), Güiza (73e), Silva (82e)



La nalyse

Du passé, faisons table rase. Tout comme une malédiction plus vieille que Torres, Le 4-1 des Espagnols face aux Russes, lors du premier match de poule, avait disparu. Pschitt. Un événement rasé des mémoires. Une victoire comme un mauvais souvenir, une source excessive de confiance, devenue fortuite depuis l’exhibition russe contre la Hollande.
Mais l’histoire a bégayé. Sous la pluie viennoise, les Espagnols ont remporté leur match, par trois buts d’écart, face à une Russie dont le costume d’outsider était un peu trop grand. Une différence de niveau inattendue au cours d’un match à sens unique. A se demander si son dénouement n’a pas été retardé par la nouvelle réputation russe.

Xavi le magnifique
Dans les premiers instants, l’Espagne a affiché beaucoup de méfiance, mais en créant le danger sans trop se livrer. Notamment grâce à des frappes de loin. Puis arrive le tournant du match: la sortie précipitée de Villa, remplacé par Cesc, qui envoie le match sur d’autres bases. Aragonés change de stratégie, demande à Silva de passer dans l’axe, renvoie Iniesta à gauche et laisse à Ramos un couloir droit pour lui tout seul, comme au Real.
La mi-temps n’a rien changé à la physionomie du match. Plus techniques, plus physiques et plus inspirés, les ibériques ont plié la rencontre au retour des vestiaires. Xavi, initiateur d’un une-deux avec Iniesta, récupère le service (ou le tir foiré, c’est selon) de son partenaire blaugrana pour tromper Akinfeev. S’ensuit une petite période de flottement, pendant laquelle les Espagnols attendent une possible réaction russe. Celle-ci ne viendra pas, grâce à une domination ferme au milieu de terrain et parce qu’Archavine suce son pouce dans son coin, l’air mutin.

Y un, y dos, y tres cé-ro!
La boîte russe est ouverte, ne reste plus qu’à la vider. Luis Aragonés fait nouvelle œuvre de stratégie gagnante: exit Torres et bienvenue à Güiza. Quatre minutes plus tard, le Majorquin reçoit une balle piquée magistrale de Cesc et exécute Akinfeev comme à la parade. Avec le match gagné, les Espagnols se libèrent et cherchent encore à produire du jeu. Pour parachever le triomphe, David Silva, dans les derniers instants, reprend victorieusement une passe au cordeau de Cesc. Le match se meurt, l’Espagne est en finale.



Los muchachos

Peu mis à contribution, Casillas a sorti les deux arrêts qu’il fallait, notamment sur une frappe enroulée de Pavlyuchenko.

En défense, la solidité de la charnière centrale s’est confirmée face une attaque russe assez peu tranchante, laissant même à Ramos le loisir de prendre le couloir droit.

Au milieu, Senna n'a pas été aussi brillant que face aux Italiens, mais a tout de même soulagé les siens, permettant aux "tripoteurs" de négocier des ballons propres. Surpeuplant le milieu de terrain, les Russes ont permis aux Espagnols de tirer parti de leur avantage technique. Et Cesc, entré en lieu et place de Villa, a dynamité le match, à base de jeu court, vif et inspiré. Iniesta a livré de son côté un match d’un niveau incroyable.

Devant, Torres a beaucoup bougé, tentant de tirer profit du moindre ballon passant à proximité. Villa, sorti très tôt et qui sera absent pour la finale, a tout de même eu le temps de peser sur le match. Güiza, dont le jeu atypique est à la fois une force et une faiblesse, a eu raison de la discipline russe.



Les Russkovs

Encensés après leurs démonstrations face aux Pays-Bas et aux Suédois, les Russes ont été ramenés sur terre par les virevoltants Espagnols. Crevés, stressés, manquant significativement d’expérience (ils participaient presque tous à leur première phase finale, et le seul Xavi a disputé plus de matchs de Ligue des Champions que les 23 Russes réunis) ou simplement vaincus par meilleurs qu’eux, ils ont été rares à rééditer des performances comparables à celles des matchs précédents. On les reverra cependant avec intérêt en 2010 et plus tard, puisque Hiddink vient de se voir confier par la fédération russe un ambitieux programme de mise à niveau de la formation des jeunes, qu’il devrait mener ces prochaines années avec l’aide de ses compatriotes hollandais. Décidément, les Pétersbourgeois qui ont pris le pouvoir en Russie s’inspirent beaucoup de Pierre le Grand, qui lui aussi avait tout appris des Bataves…

Si Akinfeev a encore une fois été impeccable, et si ses défenseurs centraux, notamment Berezoutski, finalement préféré à Chirokov pour remplacer Kolodine, suspendu, ont fourni un match correct, les latéraux ont cette fois eu plus de mal à exister offensivement, leurs homologues espagnols étant il est vrai plus portés vers l’attaque que leurs adversaires précédents.

C’est au milieu que la Russie a perdu le match des tricoteurs, Zyrianov et ses copains se retrouvant forcés à multiplier les tacles sur la pelouse fusante de Vienne. Et comme ce n’est pas leur qualité première…

Devant, Pavluychenko semblait encore une fois dans un bon jour, mais l’incapacité d’Archavine à ouvrir des brèches a été rédhibitoire. La disparition corps et biens du numéro 10 russe pose deux questions fondamentales: est-il capable d’enchaîner plusieurs matchs de très haut niveau en un court laps de temps? Et surtout, qui sera élu meilleur joueur de l’Euro ?



Ils ont dit

Luis Aragonés : "Nous avons rempli notre objectif. Maintenant, c’est à pile ou face".
Guus Hiddink : "Nous avons pu tenir une heure, mais il est très difficile de résister tout un match à une équipe qui joue si bien à une touche de balle".



Les gestes

• L’arrêt millimétrique de Casillas sur une frappe parfaitement enroulée de Pavlyuchenko
• La passe téléguidée de Xavi, qui prend à revers les défenseurs pour attraper la course de Cesc dans la surface.
• La pichenette aérienne de Zhirkov, qui rend inutile  le tacle désespéré de David Villa pour récupérer le ballon.
• La passe de Cesc, courbée comme un arc de Gaudí, que réceptionne Güiza pour le 2-0 espagnol.
• La patience de Guus Hiddink, attendant les joueurs espagnols à l’entrée du tunnel pour les féliciter, un à un.



Les antigestes

• La frappe en pivot d’Andrés Iniesta qui cherchait à surprendre Akinfeev. Ne manquait que le ballon.
• Le coup franc tout mou de David Villa. Le Valencien se blesse sur cette action et laisse sa place à Cesc.
• La passe interceptée d’Archavine, juste après qu’il ait réalisé sa meilleure action du match en arrachant un ballon aux milieux espagnols
• L’attribution dans les vestiaires des médailles de bronze aux Russes par les délégués de l’UEFA. Apparemment, les Turcs aussi ont eu les leurs de la même manière. On dirait un tournoi de sixte de fin d’année.



Les observations en vrac

• L’Espagne a vaincu la malédiction des quarts, Guus Hiddink n’a pas vaincu celle des demis.
• Tant que les supporters russes n’auront pas les moyens de s’acheter des t-shirts, on aura du mal à croire que tout va mieux depuis la chute du communisme.
• Y a encore du monde pour dire que Hiddink dope sauvagement ses joueurs?
• Il suffirait au Barça de mettre des bouclettes à Iniesta, de lui faire faire dix séances d’UV et de floquer son maillot d’un Iniestao pour que l’Europe entière se l’arrache.



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