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Christophe Kuchly

 

Parlait tactique sous l'identité de L'apprenti Footballologue chez horsjeu.net, et a créé le site L'instant X avant de rejoindre les Dé-Managers. Traîne sur le forum sous le nom de Radek Bejbl et écrit dans La Voix du Nord et La Voix des Sports.


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Qui est l'entraîneur idéal ?

Bibliothèque – Si la tactique est de plus en plus mise en valeur, la gestion humaine reste un élément essentiel pour tirer un groupe vers le haut. Dans son ouvrage L'entraîneur idéal, Philippe Rodier étudie ce qui fait un coach, au-delà de ses idées sur le jeu.

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À quoi bon avoir les meilleures idées si personne ne les applique? C'est le problème de la fonction d'entraîneur, où il faut d'abord convaincre son groupe si on veut réussir: à choisir, mieux vaut parfois un gourou aux compétences limitées qu'un savant qui marche seul. Les joueurs ayant la responsabilité de la mise en application des consignes, ils peuvent saboter ou transcender un plan de jeu. Le récent Barcelone-PSG fait ainsi partie de ces rencontres dont on ne sait pas complètement si le problème était uniquement psychologique ou également stratégique. Si Unai Emery voulait jouer bas, il s'est trompé. S'il voulait presser et que ses hommes ont fait le contraire… et bien il s'est trompé aussi. À un autre niveau.

 

 

 

Gestion d'egos

Car ce que nous rappelle L'entraîneur idéal, une évidence qui n'en est pas forcément une à l'échelle de l'histoire du football, est qu'un coach est un gestionnaire d'hommes. Tous différents, dans le caractère et les ambitions, mais obligés d'aller dans la même direction. Une composante de plus en plus importante à mesure que le sport grandit et que ses acteurs se starifient. Les vestiaires, autrefois plutôt enclins à obéir sans broncher – avec de notables exceptions –, sont de plus en plus durs à gérer. "Il y a quarante ans, un entraîneur avec deux doigts d'intelligence et deux doigts de culture dominait intellectuellement et culturellement ses joueurs, estimait José Mourinho en 2010. Aujourd'hui, le footballeur occupe une position totalement différente dans la société. C'est pourquoi que je crois qu'un entraîneur aujourd'hui doit être bien mieux préparé qu'avant. S'il ne connait que le football, c'est un mauvais entraîneur. Il ne peut pas survivre." "La caractéristique du riche, c'est d'abord la nécessité de devoir le convaincre", pense de son côté Arsène Wenger.

 

José, qui devait faire ses premières dictées en 1970, n'a pas vécu directement cette évolution mais, avec un père entraîneur, doit probablement avoir une petite idée sur le sujet. Le Portugais est en tout cas l'un des acteurs majeurs d'un ouvrage au style audacieux qui, à la manière des écrits de Bill Simmons, fait beaucoup appel à la culture populaire en dressant des parallèles avec le cinéma et la littérature (James Bond notamment) puis s'ouvre longuement aux autres disciplines (échecs) ainsi qu'au management (Apple). Avec notamment Mourinho en Steve Jobs, homme charismatique, brillant et magnétique, dont le management destructeur façon pressage de citron ne tire le meilleur de chacun que le temps où on peut le supporter.

 

 

Chacun sa voie

Psychologie de l'entraîneur et du joueur, expliquée par un très bel entretien final avec Raphaël Homat, préparateur mental dans le sport: voilà ce qui est ici au menu. Empruntant à la philosophie et aux sciences sociales via de nombreuses et riches références et pourvu de nombreuses citations, Philippe Rodier s'attarde longuement sur quelques coaches emblématiques: Mourinho donc, mais aussi Pep Guardiola et Marcelo Bielsa. Des hommes qui, chacun à leur manière, activent les ressorts qui poussent les joueurs à être au top. De l'importance du leader de vestiaire à la gestion des causeries, des egos, de la presse et de son temps libre, tout ce qui influe sur la performance est évoqué. Avec quelques parallèles plus amusants que majeurs – et parfois capillotractés –, mais aussi de vraies réflexions sur l'apport des jeux vidéo sur le cerveau humain ou des autres sports dans la construction d'une philosophie de jeu. Et un regard très frais puisque les récents huitièmes de finale de Ligue des champions sont évoqués à travers le fameux 6-1.

 

Mais, finalement, qui est l'entraîneur idéal? Le portrait-robot ici dressé ne correspond pas à une personne précise. Déjà parce que, chacun à leur manière, beaucoup de techniciens réussissent à jouer sur la bonne corde au bon moment. Quitte à se montrer durs, à l'image d'Antonio Conte débutant son passage à la Juventus par une engueulade sur des joueurs dont le classement l'année précédente serait honteux, ou d'Unai Emery prenant Adil Rami à partie à la mi-temps d'un match pour qu'il s'énerve dans le vestiaire plutôt que sur un adversaire. Si un nom est tout de même évoqué en conclusion du livre – on vous laisse la surprise –, on devine que l'auteur préférerait être sous les ordres d'un Guardiola sans doute aussi érudit et passionné mais plus apaisé qu'un Mourinho "théâtral et sulfureux".

 

Une chose est certaine: les discours réussis n'empêchent pas les ratés. Les images projetées par Pascal Dupraz avant le dernier match la saison dernière ont-elles permis à Toulouse de se maintenir? Peut-être. Le discours lunaire de Roger Lemerre après le Sénégal en 2002 – "Je t'ai donné un numéro, je t'ai donné un maillot, tu dois l'honorer" – a-t-il accéléré la chute des Bleus? Sans doute. Car comme le dit Philippe Rodier: "Nous ne sommes pas tous égaux sur l'échelle du charisme et de l'éloquence. Il faut savoir jouer avec ses armes sous peine d'enfiler un costume trop grand ou tout simplement inapproprié à sa personnalité." S'il peut être plein de choses, l'entraîneur idéal doit avant tout être lui-même.

 

 

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