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Antoine Seignez

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Quelle équipe soutenir jusqu'à la finale ?

Tout le monde loue la beauté de cette Coupe du monde brésilienne. Au-delà de l'attachement patriotique, vers quel quart-de-finaliste l'amoureux de foot pout-il se tourner pour décupler l'émotion des phases finales? 

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La France

Évidemment. Les jeunes de moins de trente ans n’ont connu la France en phase finale que deux fois, pour un titre et une finale perdue aux tirs au but. Ça donne envie d’y croire et de soutenir les Bleus jusqu’au bout, et d’abord contre son ennemi juré, l’Allemagne (en concurrence avec l’Italie pour ce statut, mais la dernière victoire de la France contre la Mannschaft en Coupe du monde remonte au match de 1958 pour la troisième place...), ne serait-ce que pour une question d’honneur. De toute façon, par principe, on supporte la France.
 

À cela s’ajoute que le groupe montre une volonté, un appétit de victoires, une cohésion, un esprit patriote (peut-être suggéré par les sponsors) qui faisaient défaut à ses prédécesseurs depuis... environ 2008, inclus. Beaucoup des déçus et des écœurés des dernières aventures internationales retrouvent de la passion pour les Tricolores de Deschamps, vibrent pour eux. Le barrage retour contre l’Ukraine (3 à 0) et le match de poule contre la Suisse (5 à 2, avec un penalty raté et un but refusé à la 90e+3'+2") ont été des spectacles enthousiasmants comme on en connaît assez peu dans une vie de supporter. Seulement, même avec le soutien chaleureux du public français, l’équipe n’est pas à l’abri d’une troisième désillusion de suite face à nos amis d’outre-Rhin; il faudrait alors songer à s’enticher d'une autre équipe.

 

 

 

La Belgique

D’abord, ils parlent français, et Albert Camus écrivit: "Ma patrie, c’est la langue française". Ça rapproche, la langue. Ou plutôt, ils parlent presque tous français. Et avec, certes, un drôle d’accent. Et puis il y en a qui n’aiment pas bien les francophones, malgré tout. Mais si la France est éliminée, la Belgique peut être une bonne solution de secours pour un Français amoureux du foot en manque d’équipe à soutenir, comme le Sénégal l’a été en 2002, quoique bourreau de l’équipe de Lemerre.
 

En outre, la Ligue 1 s’enorgueillit de compter plusieurs joueurs belges, ou d’en avoir compté (Hazard, van Buyten...), et, encore une fois à l’instar du Sénégal en 2002, on pourrait être fier de voir ces joueurs briller sous les yeux du monde entier. Dernier argument, et pas le moindre: ce ne sont pas les Belges, prudents, qui nous chambreront s’ils font un meilleur parcours que nous: la moitié du pays pourrait nous adjurer de l’annexer dans quelques années.

 

 

 

Le Brésil

C’est la solution de facilité, parce que c’est le pays organisateur, donc l’équipe du Brésil joue ses matches dans des stades où presque tout le monde l’encourage et souhaite sa victoire. Le Brésil a déjà énormément de supporters, même quand il joue hors de ses terres, car sa réputation, aujourd’hui déméritée, d’équipe sublime acquise au Mexique en 1970, avec Pelé comme figure de proue, et dans le même pays en 1986, avec Socrates, le précède et lui attire la sympathie de beaucoup parmi le monde entier.
 

D’un autre côté, il n’a pas rassuré depuis l’ouverture. Il a eu toutes les peines du monde à se débarrasser de ses adversaires, sauf l’inénarrable Cameroun (4 à 1), et a manqué d’imagination et de talent. Soutenir cette équipe promet donc une belle fête devant sa télévision si elle gagne la finale, mais cette condition est loin d’être remplie, et même si elle l’est, un supporter consciencieux ne pourra ne pas goûter l’amertume que la victoire est remportée par une équipe peu réjouissante dans le jeu.

 

 

 

La Colombie

La Colombie, c’est très tentant. Il y a des joueurs magnifiques, en état de grâce, comme Rodriguez et Cuadrado. Il y a un sélectionneur de classe mondiale, Pekerman, en charge en 2006 de l’Argentine de Riquelme, qui a inscrit au cours de sa démonstration 6 à 0 contre la Serbie un des plus beaux buts collectifs jamais vus. Le jeu de l’équipe reflète l’élégance de cet homme; le jeu de l’équipe, c’est l’un des plus beaux et des plus constants dans sa beauté qui nous soit proposé dans cette Coupe du monde, quoiqu’il ne soit pas dénué de pragmatisme, qualité indispensable pour espérer triompher dans l’ère moderne. C’est la caution des Sud-Américains: les Colombiens sont séduisants, les autres privilégient l’efficacité en dédaignant ce luxe. Certains souligneront le déchet dans leur jeu.
 

La Colombie opte pour la prise de risque dans les trente derniers mètres, plutôt qu’une possession lassante. De plus, c’est la Colombie qui a viré l’Uruguay, par gratitude on ne peut pas souhaiter qu’elle explose en plein vol. Mais attention, on peut s’attacher très vite à cette équipe, qui reste un outsider et a peu de chances de soulever le trophée. Désillusion en vue, mais désillusion plutôt romantique.

 

 

 

Le Costa Rica

C’est l’équipe à déclarer supporter quand on a des amis qui n’y connaissent pas grand-chose. D’abord, c’est le petit poucet, et les Français aiment bien les petits poucets, donc ça vous rendra sympathique. Déclarer haut et fort qu’on porte dans son cœur un pays dont le tout-venant ne connaît ni le drapeau, ni la situation géographique, ni le moindre joueur, donne aussi un genre original et énigmatique que des gens peinant à affirmer leur personnalité dans un groupe peuvent priser.
 

Ensuite, les plus malins pourront prétendre supporter le Costa Rica depuis les phases de poule, et susciter l’admiration d’une si bonne inspiration. Enfin, contrairement à celle d’autres équipes, vous ne risquez pas de pleurer leur élimination, elle est trop prévisible, et finalement vous vous en moquez.

 

 

 

Les Pays-Bas

La pitié peut faire pencher pour les Bataves. Trois finales de Mondial: trois défaites, dont deux à la prolongation (1978 et 2010, 1974 pour l’autre). À part ça, difficile d’aimer Robben, de Jong et consorts, jugent de nombreux amateurs de football, encore qu’il soit aisé de les admirer pour toutes leurs qualités. En 2010 pourtant, les Néerlandais avaient leurs supporters, en finale face à l’Espagne: ceux-ci vantaient leur football viril, athlétique, puissant, plus direct et spontané que celui des danseuses ibériques: le vrai football.
 

Aujourd’hui, la tactique a peu changé dans les grandes lignes, et, avec une attitude moins violente qu’en 2010 et une "revanche" remportée de manière impressionnante contre l’Espagne (5 à 1) en phase de poule, le nombre de ses supporters pourrait croître. N’oublions pas non plus que les Pays-Bas disposent de la meilleure attaque de la Coupe du monde jusqu’à ce jour, avec trois buts par match.

 

 

 

L’Argentine

Le supporter non argentin de l’Argentine, c’est un pervers. L’équipe ressemble à celle du Brésil: beaucoup d’individualités qui s’expriment mal dans le collectif, les épaules solides d’une vedette (Messi et Neymar), des sélectionneurs pragmatiques (Sabella et Scolari). Avec moins de fantaisie et de prise de risque que chez les Auriverde, donc des matches plus ennuyeux. Seulement, l’Argentine ne joue pas à domicile, mais chez l’ennemi héréditaire.
 

Souhaiter son triomphe, peut-être en finale contre l’hôte, ce n’est pas seulement souhaiter la victoire d’une triste équipe, mais la pire des catastrophes pour le peuple brésilien. En 1950, le Brésil accueille sa première Coupe du monde, et, grandissime favori avant et pendant tout le tournoi, s’incline 2 buts à 1 face à l’Uruguay dans un dernier match qu’il ne devait pas perdre, alors qu’il menait à la 65e minute. Ce choc terrible dans tout le pays a été comparé par l’écrivain Nelson Rodriguez à la destruction d’Hiroshima pour le Japon. L’histoire pourrait bien bafouiller: pour sa deuxième Coupe du monde sur son sol, une défaite cruelle en finale contre le rival argentin serait tragique. Sublimer sa perversité dans le soutien passif à un tel drame a son bon côté, cependant. Ou alors c’est tout autre chose: les adorateurs de Messi sont en droit de désirer qu’il gagne sa Coupe du monde à la manière de Maradona en 1986.

 

 

 

L’Allemagne

À moins d’avoir des grands-pères allemands, ce qui est fort possible, d’être féru de musique classique et de philosophie, ce qui est très possible, de trouver la mer du Nord paradisiaque et Francfort joli, d’ignorer ce qui s’est passé en 1982 et en 1986, en 1914 et en 1940, et en 1870, de rêver d’Oliver Kahn, d’Uwe Seeler, de Berti Vogts, d’Helmut Rahn, de Harald Schumacher (rêver, pas cauchemarder), à moins de tout cela réuni, envisager – ou simplement imaginer – de supporter la Mannschaft relève d’un effort mental remarquable. Surtout que l’équipe d’Allemagne, qui jouait très bien au ballon depuis l’arrivée du sélectionneur Löw en 2006, encore en poste, commence à revenir aux fondamentaux, sobriété et efficacité, un peu comme l’Italie de Prandelli, avec plus de réussite que celle-ci semble-t-il, peut-être parce qu’elle y revient moins subitement.
 

Cela dit, c’est un favori très sérieux, donc il peut allumer des vocations. De deux choses l’une: soit on supporte l’Allemagne depuis le début, et c’est respectable de ne pas changer d’avis avant le quart de finale contre la France, soit on se rabat sur elle après la défaite de la France forcément contre cette même équipe, et là ça devient carrément inimaginable (la problématique étant, comme nous venons de l’exposer, très différente de celle du Sénégal en 2002). Après celle de 1954 pour l’équipe s’était dopée pour dominer la merveilleuse Hongrie de Puskas, celle de 1974 qui a empêché Cruyff et les grands Pays-Bas d’être sacrés et celle de 1990 à l’issue du Mondial le plus laid de tous, l’Allemagne peut coudre sa quatrième étoile en 2014: qui peut vraiment le souhaiterde tout son cœur?
 

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