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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Trente-cinq

Par leurs démons plus que par les Devils

Le PSG est retombé dans son propre piège en concédant une défaite invraisemblable, contre un adversaire qui a à peine cherché à gagner. Comment les Parisiens ont-ils fait?

 

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Chaque année, le Paris Saint-Germain trouve une nouvelle façon d'être éliminé de la Ligue des champions. Parfois sans relief, souvent grandiloquente.

 

Ce mercredi 6 mars, c'est face à une équipe de Manchester United battue sans problème à l'aller et pas meilleure au retour que les Parisiens sont tombés. Et, puisque les explications du passé ne tiennent plus, on peine à rationaliser ce qui ne l'est pas.

 

 

 

 


Une victoire d'étape

Si la formule veut qu'on apprenne plus dans la défaite que dans la victoire, le PSG a probablement des connaissances encyclopédiques. Chelsea, Barcelone… Les points de passage sont connus, et le plus marquant, le 6-1 encaissé au Camp Nou, a désormais son petit nom: la Remontada. Pour le champion de France en titre, chaque échec en Ligue des champions est l'occasion d'une remise en question. Et, à l'aube de la saison, on pointe les erreurs d'alors pour louer les corrections de maintenant.

 

Cette fois, la plupart des bases ont été couvertes. Choc psychologique et tactique avec l'arrivée d'un nouvel entraîneur aux idées très modernes, ajout d'expérience avec Gianluigi Buffon, de jeunesse et de polyvalence avec Thilo Kehrer, et de bonne humeur avec Eric Choupo-Moting. Dans un monde parfait, cela donnerait un groupe qui vit bien, profite de l'insouciance de la jeunesse, mais reste cadré grâce au discours de plusieurs modèles. Lesquels, avec un palmarès infini (Daniel Alvès a le plus long de l'histoire en club), apporteraient également cette culture de la gagne.

 

Résultat, après un premier tour franchi difficilement, mais franchi quand même, Paris s'avançait en pleine confiance face à des Mancuniens franchement laborieux dans le jeu. Un adversaire certes revigoré par l'arrivée d'Ole Gunnar Solskjaer à la place de José Mourinho, mais que les lacunes sans ballon, entre un pressing désordonné et une défense placée qui se déstructure toute seule, rendait plus qu'abordable à ce stade. Un huitième de finale qui, passé la méfiance de rigueur, n'aurait dû être qu'une étape.

 

 


Un timing barcelonais

L'écart de niveau s'était d'ailleurs ressenti lors de la première rencontre, une victoire 2-0 durant laquelle les Parisiens avaient su exploiter leurs temps forts et éviter les temps faibles. Trois semaines plus tard, c'est avec un effectif décimé que Manchester se déplaçait au Parc des Princes. Moins de talent, moins d'expérience sur le terrain comme sur le banc, moins d'adaptabilité et d'habitude de jouer ensemble… Sur le papier, il ne devait pas y avoir photo.

 

La suite, on la connaît, et il est inutile de dérouler tout le scénario minute par minute. Les buts encaissés: une passe en retrait ratée d'un jeune (Kehrer), une mauvaise prise de balle d'un vieux (Buffon), et une main d'un jeune qui, vu son expérience, ne l'est plus tout à fait (Presnel Kimpembé). Entre-temps? Une possession de balle qui atteint des sommets, des espaces énormes sur les côtés face au 4-4-2 très resserré de MU, et plusieurs grosses occasions.

 

Dans le timing, cela ressemble au déplacement à Barcelone, avec cette avance en partie gâchée rapidement, une réalisation censée éteindre le feu et, finalement, un but dans les derniers instants qui fait totalement basculer les analyses des quatre-vingt-dix minutes précédentes. Dans le contenu, difficile de voir une quelconque filiation. Car Manchester, qui a eu le mérite de corriger quelques-uns des problèmes de l'aller, n'a rien fait pour provoquer son destin.

 

 

 

 


Perdre contre une équipe qui n'attaque pas

Et c'est bien cela qui interroge: comment Paris a réussi à perdre deux buts d'avance contre une équipe qui n'a pas attaqué? Le plan mancunien, qui consistait à orienter vers l'extérieur pour empêcher la progression et forcer la passe en retrait, et à densifier l'axe pour éviter les décalages, ne comportait pas un volet offensif très développé.

 

En interview d'après-match au micro de RMC Sport, Romelu Lukaku a ainsi évoqué le 4-4-2 pour "faire en sorte que Verratti et Marquinhos ne touchent pas le ballon" et "essayer de faire la différence en contre-attaque avec Ashley Young sur le côté droit". L'Italien a tout de même été influent, les transitions mancuniennes ont été très rares et, en abandonnant le marquage de son vis-à-vis pour être prêt à sprinter de l'autre côté du terrain, Young a laissé Eric Bailly se débrouiller seul.

 

Complètement perdu à ce poste de latéral droit qui n'est pas le sien et pas aidé par son partenaire, l'Ivoirien est sorti sur blessure, et le déséquilibre structurel s'est nettement réduit. Mais, là encore, le problème n'aurait pas dû en être un. Au lieu d'avoir les espaces pour espérer marquer sur chaque attaque, Paris devait un peu plus travailler et faire circuler le ballon pour déséquilibrer l'adversaire… ce qui n'est pas censé être très grave quand l'objectif principal est de ne pas encaisser de but.

 

 


Une histoire d'autodestruction

Certes, il y a des choses à dire sur la gestion de la seconde période, notamment les changements de Tuchel après la blessure de Julian Draxler. En passant dans une sorte de 5-2-3 bancal dont la première ligne ne fermait rien, Paris a mis en difficulté son entrejeu. Et, si les appels de Kylian Mbappé ont continué à être dangereux, ils sont devenus une solution de facilité sans alternative – ni réussite, l'attaquant ratant beaucoup de derniers gestes.

 

Il n'empêche: l'histoire de ce match est celle d'une autodestruction. D'erreurs pourtant pas vraiment provoquées, l'adversaire n'ayant pas cherché à mettre la panique en pressant pour tester la fiabilité des relances parisiennes. D'un rapport de force qui, même quand il s'équilibrait, n'aurait jamais dû aboutir à plus d'un but de la part des Red Devils – qui n'ont même pas su convertir en occasions les moments mal gérés par le PSG.

 

Finalement, le plus gros danger était peut-être dans cette différence de niveau. Dans cette capacité à conserver le ballon devant son but sans trembler et de poursuivre la passe à dix jusque dans le camp adverse. Une maîtrise indéniable, mais toujours relative quand on n'a qu'un but de marge, qui n'oblige pas à aller marquer à nouveau tant la menace se fait attendre.

 

 

 

 


Étrange récompense pour United

Méticuleux et passionné par le jeu, Thomas Tuchel va revoir ces moments image par image, pour essayer de comprendre ce qui aurait pu être mieux fait. Il verra, et beaucoup mieux que nous, de nombreuses situations dans lesquelles un manque de lucidité ou des erreurs techniques ont gâché des chances. Et se dira sans doute qu'il y avait la place pour faire mieux, parce qu'on peut toujours faire mieux et que les ambitions européennes nécessitent une exigence absolue.

 

S'il se penche sur la performance du camp d'en face, il verra d'autres erreurs, individuelles bien sûr, mais aussi collectives, avec un manque d'idées qui n'est habituellement pas récompensé. Il se grattera sûrement la tête devant les passes lunaires du jeune Tahith Chong dans les dernières minutes, symboles du manque de maîtrise du camp d'en face. À froid, même des grandes victoires semblent reposer sur une part de hasard. De là à ce qu'elle soit aussi grande…

 

Le coach allemand, qui avait vécu un Liverpool-Dortmund de folie, où la pression d'Anfield avait rendu le retournement de situation inéluctable, doit se poser autant de questions que les supporters parisiens. Éliminé par un adversaire qui n'a rien volé, mais n'était pas censé jouer dans la même cour, il est désormais lié au destin du PSG. À une malédiction qui fait que, peu importe le score du match aller, ce club n'abordera plus le retour sereinement.
 

 

 

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