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Satta Massagana

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Tabloïd, numéro 4

Proisy : en D2, les affaires continuent

Patrick Proisy collectionne les affaires comme d'autres les timbres, et ce n'est pas une relégation qui allait calmer ses ardeurs. Garay, Luyindula, Camara, section omnisport, fisc… Un véritable inventaire à la pervers. Le Racing est bien parti pour remonter, mais son président traîne trop de boulets pour l'imiter.
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Strasbourg en D1, vous en avez souvenir? Sportivement, peut-être pas. Mais vous n’avez sans doute pas oublié que son président, Patrick Proisy, fut la saison passée le fournisseur officiel des Cahiers du football en brèves pathétiques et en scandales minables voire odieux. L’ancien tennisman est un des lobbyistes les plus tenaces, militant du libéralisme dans le football, mais négligeant largement l’aspect sportif de ce business et s'arrangeant avec les lois et règlements en vigueur, ce qui lui valut de se faire débouter par la ligue à plusieurs reprises, et ce, malgré l'influence qu'il a dans cette instance. La D2 étant moins médiatisée, on croirait le bougre calmé. Malheureusement pour le football français et le Racing Club de Strasbourg, ce sinistre sire continue loin des caméras de battre tous les records…

Rappel : Proisy 2000/2001

L’affaire Garay
Strasbourg a inauguré l’affaire des faux passeports, lorsque les douanes allemandes détectèrent le document falsifié de Garay (le 26 mai 2000). Le RCS en est sorti blanchi malgré les recours intentés par Nancy. Patrick Proisy, après avoir opportunément prêté le joueur à Cordoba, avait en effet pris les devants en attaquant directement à Garay auprès de la FIFA. Le fait que Strasbourg avait déjà épuisé son quota de joueurs extra-communautaires lorsqu’il engagea Garay, est bien sûr une coïncidence.

L’affaire Viennot
Lors du match Strasbourg-Metz (21 décembre2000), l’arbitre-assistante Nelly Viennot est atteinte par un pétard lancé par un supporteur strasbourgeois. Après plusieurs décisions contradictoires des instances, le match sera rejoué à huis clos. Proisy s’illustre piteusement en essayant d’une part de démontrer par un certificat médical (rédigé a posteriori par… le médecin du club) que la juge de ligne n’avait pas été blessée, et d’autre part en voulant faire passer son club pour le martyr du football français, allant jusqu’à tenir des propos injurieux à l’encontre d’une LNF avec laquelle il s’arrange bien le plus souvent. Démagogie à l’endroit des pires supporteurs, quand tu nous tiens ( La vile croisade de Patrick Proisy , 13/02/2001).

Peggy l’arnaqué
Proisy et Luyindula étaient convenus en fin d’année 2000 d’une revalorisation salariale de l’ancien Niortais, passant d’un mensuel de 55.000 francs à 200.000 francs. Pour un avenant non signé dans les temps par Luyindula, le club conclut en décembre que le joueur refusait l’accord, et s’abstint de lui verser le moindre salaire jusqu’en janvier inclus. Proisy obtint gain de cause auprès de la Commission juridique de la LNF, mais aurait probablement été condamné aux prud’hommes en raison de l’arrêt du versement de salaire. Heureusement pour lui, les jeunes footballeurs ne connaissent pas tous leurs droits.

"Gestion" du club
Au menu, faillite sportive et management hasardeux, aux antipodes du professionnalisme que devrait afficher le président d’une multinationale comme IMG (Ça m’énerve. Aujourd’hui: Patrick Proisy, 18/01/2001). Malgré ce bilan désastreux, tant au niveau sportif qu’économique, Proisy reste fermement en place, provoquant seulement une certaine désaffection des supporteurs.

La fin de l’affaire Garay
Pour se débarrasser définitivement de l’encombrant joueur au faux passeport italien, Proisy a réussi à le transférer au club argentin de Talleres auquel il avait été prêté. Pour ne jamais faire simple et honnête, la transaction s’est effectuée par des agents non agréés par la FIFA, ce qui est formellement interdit, et le club argentin a bloqué le paiement de 15.7 MF. Le RCS a finalement obtenu gain de cause auprès de l’UEFA, mais a été condamné à une amende de 10.000 francs suisses pour avoir employé ces intermédiaires douteux.

Sus à la section omnisport
La section omnisport est propriétaire de la marque "Racing Club de Strasbourg". Elle en concède l’utilisation à la section professionnelle présidée par Patrick Proisy contre une redevance de 365.864 euro (2.4 MF). Mais celle-ci s’est mise en tête de ne plus la verser en ne reconduisant pas la convention de licence qui expire au 30 juin 2002. La section omnisport, ainsi vouée à une disparition certaine laissant 1500 sportifs amateurs sur le carreau, a tenté de priver le club de Proisy de l’utilisation du nom au-delà du 30 juin, ce qui aurait pu signifier une relégation automatique du club en amateur sous une autre dénomination. Mais cette action n’a pas abouti, le club et la section omnisports ayant signé une convention de coexistence autorisant le club professionnel à utiliser le nom RCS comme dénomination sociale. En revanche, il ne pourra utiliser la marque commercialement, ce qui ne rapportait que 50.000 euro selon le manager général Marc Keller. Dommage quand même, de devoir renoncer à ce merchandising à tout crin vanté par Proisy comme une source de revenus importante pour les clubs de football!

Petits ennuis fiscaux
L’administration fiscale a intenté une action contre le RCS, aux motifs suivants: organisation de réunion sportive sans déclaration conforme, exploitation d'une entreprise de spectacles sans billetterie conforme, et non paiement de l'impôt sur les spectacles, jeux et divertissement. Patrick Proisy avait en effet refusé de payer en 1998 les taxes applicables aux recettes des billetteries. Mais tout est rentré dans l’ordre début janvier, par le règlement des arriérés. Encore un bel exemple de saine gestion.

L’affaire Camara
A son arrivée à Strasbourg en juillet 1999, Henri Camara signe avec Claude Leroy, manager général du club à l’époque, un protocole d’accord, mais pas de contrat. Il est aussitôt prêté au Xamas de Neuchâtel, sans jouer, porter le maillot, ni recevoir le moindre salaire du RCS. Et lorsqu’il retourne en Alsace en juin 2000, il est encore de trop. Le quota de joueurs extra-communautaires du Racing étant consommé, le club alsacien ne peut lui faire un contrat de travail. Cependant, Proisy ne veut pas laisser un tel joueur à la concurrence. Il entend lui faire signer un "pacte de préférence" dans lequel le joueur, qui repart à Neuchâtel, s’engage à retourner ensuite à Strasbourg, le club lui garantissant alors un salaire de 100.000 francs mensuels. Entre autres obligations, Camara s’engageait à verser une indemnité de 12.5 MF au Racing pour pouvoir signer dans un autre club. Le RCS devait aussi lui verser un complément de salaire de 50.000 francs durant son faux prêt au club suisse. L’intermédiaire choisi pour ces versements à la limite de la légalité — aucun contrat de travail ne les justifiant — n’est autre que l’ancien agent du joueur qui ne reversera jamais l’argent s’il l’a jamais reçu .
En décembre 2000, Henri Camara obtient l’accord de Proisy pour signer aux Grasshoppers de Zürich. Affirmant ne jamais avoir signé la convention demandée par le Racing, Camara s’estime ainsi d’autant plus libéré, et Proisy ne lui réclame pas l’indemnité réparatrice. Quelque temps plus tard, Camara obtient enfin la chance de jouer en France et signe au CS Sedan. Au bout d’un mois, il reçoit un courrier du RC Strasbourg lui réclamant les fameux 12.5 MF. Devant le refus du joueur d’accéder à cette demande, Proisy saisit la Commission juridique de Ligue nationale de football, laquelle découvre ainsi l’existence de cette fameuse convention, qui concerne un joueur évoluant dans un championnat étranger et qui aurait dû de ce fait être soumise à l’homologation de la LNF. Ainsi, le Racing Club de Strasbourg est d’abord condamné à une amende de 15.000 euros, avant de se faire débouter au profit d’Henri Camara. Le commentaire de la Commission juridique est digne d’une brève. Selon elle, le club alsacien s’est rendu coupable de faits "d'une gravité telle qu'ils nécessitent d'être réellement sanctionnés".

L’affaire Niort-Luyindula.
Dernière affaire en date, les conditions pour le moins étranges qui entourent les transferts de Luyindula (de Niort à Strasbourg puis à Lyon) pourraient avoir des conséquences plus graves pour le Racing Club de Strasbourg, puisque les dirigeants niortais vont porter le contentieux devant la Chambre commerciale du Tribunal de grande instance de Strasbourg. Cette affaire en dit long également sur les méthodes appliquées par Patrick Proisy.
En 1998, Strasbourg avait su dénicher Luyindula qui évoluait alors aux Chamois Niortais. Le transfert fut conclu autour d’un million d’euros, et le RCS s’engageait à verser au club niortais 10% de la plus-value réalisée lors de la revente du joueur. En 2001, Luyindula est transféré à l’Olympique Lyonnais pour environ neuf millions d’euros. Mais au lieu de recevoir les quelques 800.000 euros attendus, les dirigeants niortais constatent que Proisy déduit du montant du transfert réalisé les commissions versées aux agents, ce qui réduit de 200.000 euros le bonus versé. Or, aucune clause de la sorte ne figure au contrat, et ils découvrent en outre que l’un de ces agents n’est autre que le bureau britannique d’IMG, dont la filiale française présidée par Patrick Proisy, propriétaire du RC Strasbourg.
Les recours intentés auprès de la Commission juridique et la commission d'appel et de l'éthique de la LNF n’ayant pas abouti, les Niortais s’en remettent d’abord au Comité national olympique et sportif français qui, en décembre 2001, recommande à la LNF de leur donner gain de cause. Las, le bureau de la LNF, dont Proisy fait partie en tant que secrétaire général (mais il se serait abstenu), décide de donner raison au RCS au terme d’une rapide réunion téléphonique en janvier 2002. Les Niortais sont confiants dans l’issue de la procédure devant le TGI, mais craignent que le RCS ne dépose le bilan avant le jugement.

Ce serait un triste dénouement pour le Racing Club de Strasbourg, mais une sorte d’apothéose pour Patrick Proisy.

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