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Billy Pagnol

 

Personnage fictif qui prétend dénoncer les stéréotypes à sa manière, en raisonnant par l'absurde, Billy n'hésite pas à écrire tout haut ce qu'il pense tout bas. Il vaut cependant mieux ne pas tout prendre au premier degré.


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Pourquoi la France ne forme plus d’arrières latéraux performants

La dégradation de nos arrières latéraux ne fait plus aucun doute. Pourtant, les causes sont précises, identifiées, et tout pourrait changer.

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Lorsque la situation politique de la France était sereine, son économie compétitive et son taux de natalité renforcé par la guerre contre les Allemands, chaque chose était à sa place et les couloirs étaient bien gardés. On demandait à l’arrière d’aile d’être simplement volontaire pour ce poste, on le formait ensuite à dégager en tribune des deux pieds, à ne pas lâcher le marquage, à faire les touches, à monter un peu lorsqu’on devait marquer et à éventuellement centrer en retrait, plutôt à ras-de-terre – et puis voilà.

 

En ce temps-là, des petits gros rigolards modestes remplissaient la fonction. On se coltine désormais des mecs qui se prennent autant au sérieux que s’ils savaient faire un crochet intérieur suivi d’une frappe dans la lucarne. Pour compenser les limites structurelles de l’arrière latéral, on l’accompagnait jadis d’un milieu de terrain créatif; on l’associe aujourd’hui à Blaise Matuidi, qui en sa qualité de noir français né avant 1990, est à la fois endurant, puissant, frêle et pas technique du tout. Et on le fait, sous prétexte que l’arrière latéral peut bien prendre la responsabilité de peser offensivement.

 

 

 

 

Un peu d’histoire

Pour rappel, les nineties furent la décennie de l’explosion des banlieues: facilement reliés par les transports aux centres-villes, les étrangers commencèrent à jalouser le cadre de vie des Français de souche et formèrent alors une communauté organisée et paradoxalement cohérente, niant les nuances de leur variété culturelle pour ne plus se réclamer plus que du rap, de Tony Montana, du cité-stade et du football libre style – au point qu’on ne distingue plus un Arabe d’un Noir (ou même d’un Blanc!) quand ils ont grandi en zone d’urbanisation prioritaire.

 

Cela, bien sûr, n’est pas passé inaperçu (la France étant très attentive au déploiement des communautés qu’elle héberge) – mais on tellement de choses ont été publiées à ce sujet que le cas de l’arrière latéral fut éclipsé. Puisqu’il en restait en outre de bons, on n’a même pas vu les signes annonciateurs de la dégradation (confier à l’arrière d’aile de tirer les penaltys, lui donner le brassard, espérer qu’il marque pour se rattraper d’avoir couvert le hors-jeu, etc.).

 

On n’a pas compris non plus que les derniers bons l’ont été parce que formés à la rigoureuse école allemande. Aujourd’hui, la situation nous explose à la figure. Plus rien de bon, des deux côtés. Plus on en demande aux arrières latéraux, moins ils en font. Non pas parce que les gens de couleurs sont paresseux, car il y a aussi des candidats blancs au poste, mais pour des raisons politiques aussi simples que terribles.

 

 

Les origines

L’inversion des valeurs activée en mai 68 a déclenché un processus qui a transformé la nation en profondeur. Avec tout le reste, il est devenu interdit d’interdire aux arrières latéraux de lâcher leur poste. Quelques élégants ou puissants Brésiliens ont servi de modèle tronqué dans le meilleur des cas, d’alibi foireux dans le pire, pour demander aux arrières d’ailes français de faire plus que ce que le poste exigeait, un peu comme on laisse les étudiants choisir leur formation plutôt que d’écouter les conseillères d’orientation avisées.

 

On a tout bonnement oublié qu’au Brésil, personne ne veut jouer derrière; leurs arrières latéraux ne sont pas des défenseurs développant des compétences d’ailiers, mais tout simplement des ailiers développant des grosses cuisses. Roberto Carlos a-t-il déjà fait la moindre interception? Non. Il doublait son adversaire et accompagnait le ballon tantôt en six mètres, tantôt en corner. Au lieu de regarder du côté des nobles Italiens, on a cherché nos modèles plus à gauche sur l’hémisphère, chez les fumeurs de haschich et les joueurs de djembé, lascifs et dégingandés.

 

Quoi qu’il en soit, on a proposé aux arrières latéraux de prendre quelques RTT pour travailler moins en défense et aller voir plus que de raison du côté du terrain adverse – pas pour un corner à la rémoise, non: pour participer activement à l’organisation du jeu. Pour “combiner”. Formés à la méthode globale censée leur donner toutes les qualités, les arrières d’aile – latéraux, pardon – n’ont même plus celle mettre des béquilles discrètement.

 

 

Un poste singulier

Tous les postes sont évidemment victimes du nihilisme ambiant (même en Allemagne: un gardien développe des qualités de joueurs de champ). Mais c’est à la fois plus visible et plus grave sur les ailes et en défense. C’est plus visible pour des raisons superficielles (ce sont les joueurs les plus proches des caméras et du banc) et pour des raisons tactiques (ce sont les joueurs les plus isolés). Au milieu du terrain, on est nombreux, on peut faire plus ou moins n’importe quoi (impossible de savoir quel défenseur central ou quel milieu de terrain incriminer lorsqu’il y a but) – mais sur l’aile, que ce soit par le dribble ou à la course, on se fait battre en un-contre-un, et donc ça se voit. Et c’est plus grave parce que derrière c’est centre en retrait et / ou but.

 

Autre exemple du traitement particulier des latéraux: on ne leur pardonne pas les centres ratés, tandis qu’un milieu qui manque une transversale entendra que “l’idée était bonne”. Par ailleurs, on trouvera toujours quelque théoricien progressiste pour analyser la trahison d’un poste central comme une “évolution” de ce poste, par exemple en “faux quelque chose” ou en “numéro et demi” – mais jamais pour l’arrière latéral, à qui on ne demande pas précisément d’évoluer, mais d’ajouter carrément de nouvelles compétences complètement contradictoires avec sa formation, son corps et son cerveau asymétriques.

 

Car l’arrière d’aile a son cerveau à lui. La latéralité est une vertu, car on fait les choses d’autant mieux qu’on se forme à les faire toujours du même bras ou du même pied, mais le revers de la médaille est, dans certains cas comme celui de l’arrière d’aile ou du tennisman, une hyperspécialisation qui transforme les choses normalement conciliables en dilemmes cornéliens: de même qu’un tennisman est incapable de payer ses impôts dans son pays d’origine ou de changer de côté sans préalablement manger une banane, l’arrière latéral hésite toujours, et longtemps, entre le une-deux et la passe en retrait, et demeure incapable penser simultanément à centrer et à lever la tête.

 

 

Et maintenant ?

Ce n’est pas la faute de l’arrière latéral! Il est ainsi fait: il a une meilleure conduite de balle en pas chassés et contrôle en mettant le pied sur le ballon. Il est toujours sympa, parce qu’il est un peu simple (notez que Lilian Thuram a accompagné son implication politique d’un repositionnement au centre du terrain). Le tort est du côté de ceux qui veulent que l’arrière latéral apporte le danger. Poursuivant cet objectif devenu prioritaire, il ne sait plus en remplir aucun.

 

On se demande comment les entraîneurs confient encore aux arrières latéraux d’effectuer les touches: les milieux de terrain devenant de plus en plus nuls et incapables d’échapper à l’adversaire, ils rendent immédiatement le ballon à celui qui leur a fait à la remise – ces derniers ne savent plus du tout quoi en faire, c’est flagrant. (Les Anglo-Saxons, lucides quant à l’angularité de leurs pieds, ont esquivé le problème en inventant la longue touche).

 

La solution consiste à retrouver les valeurs qui ont fait la France: que chacun s’occupe consciencieusement de son bout de terrain, sans faire de vague. Arrêtons de vouloir rendre techniques et évolués les laborieux; contentons-nous de renforcer les qualités que la Nature leur a données. Tout arrière d’aile développant des qualités inattendues et inutiles, comme un bon jeu de tête ou de bons amortis, doit être sanctionné et rappelé à l’ordre. L’arrière d’aile, ça aime son poste ou ça le quitte.

 

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