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Nicolas Cougot

 

Créateur et animateur de Lucarne opposée, spécialiste des footballs du monde et amoureux de celui d'Amérique du Sud.


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Pourquoi l'avenir du football est aux États-Unis

Annoncé depuis des lustres, le développement du football états-unien n'est plus une vaine promesse: il n’attend plus de prendre son essor, mais prépare son futur. Préparez-vous aussi, ça devient sérieux.  

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Lucarne opposée porte le flambeau d'un football vraiment international, mettant la lumière sur les clubs et les sélections des confédérations souvent regardées de trop loin ici. Après avoir offert une superbe rétrospective des Coupes du monde, son auteur nous explique comment les États-Unis développent méthodiquement – et inéluctablement – leur football.
 

* * *


Manaus, 22 juin 2014. DeAndre Yedlin déborde. Son centre revient dans les pieds de Michael Bradley qui sert alors Graham Zusi, dont le centre est repris par Clint Dempsey. 81e minute, le Portugal est mis à terre par un mouvement 100% MLS. Si elle peut paraître anecdotique, cette action illustre pourtant le chemin parcouru par le football US ces vingt dernières années. Un football qui aujourd’hui n’attend plus de prendre son essor, mais prépare déjà son futur.

 

 


World Cup et MLS

Juillet 1988. Les USA décrochent l’organisation de la world Cup 1994 alors qu’il n’y a au pays aucune ligue professionnelle depuis que la mort de l’excessive NASL. Être footballeur aux États-Unis alors est un parcours du combattant puisqu’il n’existe aucune structure cohérente à l’échelle nationale pour pratiquer et espérer vivre de sa passion. Et pourtant. 1989, l’USMNT (la sélection nationale) décroche sa première qualification depuis quarante ans pour une phase finale de Coupe du monde. Sortis sans briller, les Yanks voient alors certains de leurs joueurs en profiter pour s’exporter en Europe. Deux ans plus tard, un groupe de joueurs issus des collèges décroche une place aux JO de Barcelone. Alors que le Mondial approche, la fédération s’organise. Le Training Camp de Mission Viejo en Californie est créé pour former et encadrer la future équipe nationale. Les USA font alors leurs premiers pas dans le football moderne. La graine est plantée.
 

Dans la foulée, la MLS voit le jour. Les premières années sont compliquées, les résultats de l’équipe nationale ne suivant pas, le football peine à s’implanter et le championnat voit ses affluences chuter. Menacé, il fait le dos rond, réduit son nombre de franchises avant d’attendre de meilleurs jours pour reprendre son expansion. Loin des folies dépensières de son illustre ancêtre, la MLS encadre aussi bien les salaires que les transferts et sait rester patiente.
 

Au début des années 2000, les affluences remontent. Le succès de 2002 donne un coup de fouet mais, consciente que seules des stars pourront venir accélérer l’essor d’un football qui vient de parvenir à un quart de finale mondial, la MLS entreprend un tournant qui s’avère gagnant en 2007 en mettant en place la règle du Designated Player (DP, également appelée "Beckham rule") qui permet à ses franchises de s’offrir des stars qui n’entreront pas dans le cadre du salary-cap. Mieux, après avoir joué la carte des marchés dans le choix des franchises, la MLS, à présent saine, reprend son expansion en s’ouvrant au bassin populaire et en misant sur les vieilles rivalités locales pour assoir définitivement la culture foot. L’arrivée des Sounders puis de leurs rivaux de toujours Portland et Vancouver en est l’illustration.
 


Tournant international

Le championnat gagne en popularité et progresse sur les terrains. Au point que le football est désormais ancré dans le paysage sportif américain, venant dépasser aujourd’hui NBA et NHL en termes d’affluence moyenne par match. Plus sain sur le plan financier, le championnat nord-américain se permet désormais de rapatrier ses joueurs (les médiatiques Bradley et Dempsey sont récemment rentrés au pays) et attire des espoirs sud-américains (rappelons que Fredy Montero avant de débarquer en Europe est passé par la MLS).
 

Interrogé en 2010, un supporter US me livrait un constat qui symbolisait alors le travail accompli au pays: "L’équipe de 1990 était composée majoritairement d’amateurs venant des universités, complétés par quelques professionnels avec plusieurs 'étrangers' qui possédaient un passeport américain. En 1994, l’équipe était composée uniquement de professionnels. En 1996, notre championnat a débuté et en 1998, l’équipe US était majoritairement composée de 'All-stars' issues de la MLS. 2002 était un mélange entre MLS et joueurs évoluant en Europe alors que depuis 2006 la balance s’est inversée. En 2010, la sélection US ne compte que quatre joueurs évoluant en MLS." Quatre ans plus tard, ils sont dix à jouer au pays. La MLS a gagné une crédibilité.
 

Afin de pérenniser la place acquise désormais dans le paysage sportif US, la fédération a donc activé il y a quelques années la troisième étape de son opération conquête du monde: la formation. L’un des grands échecs de la NASL avait été de ne voir le football que comme un simple produit commercial, préférant attirer des stars en pré-retraite pour faire venir les foules dans les stades. Mais cette situation ne pouvait fonctionner que sur du court terme. La vision à long terme absente à l’époque de la NASL est la préoccupation première de la fédération depuis vingt ans. Elle aura juste attendu de pouvoir s’appuyer sur l’ancrage et la qualité croissante de la MLS pour mettre en place une véritable politique de formation à grande échelle. Car la fédération a compris une chose : si l’équipe nationale ne gagne pas, le football finira par stagner. Pour que la sélection gagne, elle doit disposer de talents. Il faut donc les produire.
 


Choc idéologique

1998, Carlos Queiroz est mandaté pour un audit. Le Q-report pointe les manques dans la formation des jeunes footballeurs américains et propose une réorganisation du système de formation, s’inspirant du modèle français et visant notamment à imposer aux équipes de la MLS la mise en place de centres de formations (Youth Academies). C’est un choc idéologique. La formation d’athlètes en dehors des systèmes universitaires si chers aux principes américains. Sans pour autant mettre fin au "College football", la fédération s’inspire de ce rapport pour son Projet 2010, carnet de route à suivre pour gagner la Coupe du monde 2010, duquel les programmes Generation Adidas (Projet 40) et la Bradenton Academy seront issus.
 

S’ils ne font pas gagner la Coupe du monde, ces deux programmes vont sortir les Bradley, Dempsey, Howard, Beasley, Atidore, Beckerman, piliers de l’USMNT 2014. En 2007, création de la "United States Soccer Development Academy" (USSDA) dont l’objectif est d’améliorer les conditions de formation des jeunes footballeurs. L’année suivante, la règle du Home Grown Player est implémentée en MLS, elle permet aux équipes de MLS d’intégrer directement des jeunes du centre. En 2012, un deuxième audit (auquel participe Jürgen Klinsmann) entraîne la mise en place de l’US Youth Soccer Player Development Model: il est le guide de la formation (à consulter ici). La fédération recrute des scouts aux quatre coins du pays. L’objectif est de ne plus rater le moindre talent parmi les 25 millions de joueurs américains. À l’image des asiatiques au début des années 2000, elle lance un programme de formation de ses coachs. Février 2012, la MLS signe un accord avec la Fédération française. L’ensemble des coaches des Youth Academies va suivre un programme de formation de quinze mois. D’ici quelques jours, ils vont rentrer au pays pour l’appliquer à grande échelle à la formation des talents de demain.
 

Demi-finaliste de la première Coupe du monde, les USA ont attendu plus de soixante ans pour lancer une politique d’envergure visant à implanter durablement le football. Apprenant des erreurs du passé, sa fédération a mis en place un véritable championnat dont la santé et la qualité n’ont cessé de s’améliorer, a parfaitement su profiter des succès de 2002 et de 2009 pour assoir définitivement le "soccer" au pays, et se concentre désormais sur la troisième phase, produire les talents de demain. Face à la Belgique, l’essor du football US dans la culture sportive américaine n’est pas en jeu. Avec ses dix joueurs issus de la MLS, l’USMNT cherchera surtout à montrer que la politique engagée depuis vingt ans est la bonne et que l’avenir, qu’elle construit aujourd’hui, lui appartient.
 

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