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Ils en ont trop fait

Pourquoi je supporte Lille ?

Tribune des lecteurs – après l'AJA, c'est le LOSC qui a droit à une explication de texte par un de ses supporters, mélancolique et doguematique...
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Bien sûr, il y a l’influence des premiers émois footballistiques vécus dans le stade de Grimonprez-Jooris à se retourner en permanence vers le panneau d’affichage pour vérifier le lent allumage des points lumineux (un point vert toutes les cinq minutes, le dernier point en rouge pour les arrêts de jeu...).
Sans aucun doute, je me souviens de ces matches ternes – et pourtant heureux – vécus avec mon père et mon frère aîné (RIP Bro’) avec cette angoissante question au creux du ventre: allions nous – oui ou non – marquer ce but égalisateur face à Angers (ce qui nous permettrait de remonter à la douzième place)?

Parfum de la lose
De mon grand père, photographe officiel du LOSC dans les années 70 à ma fille de quatre ans qui partage sans la comprendre ma joie quand Lille fesse successivement Lens et Bordeaux en début de saison, je sens bien que le sang (sans or) des Dogues coule dans mes veines. Mais être fan du LOSC dépasse forcément ce simple cadre familial. Supporter les Dogues, c’est aussi et surtout s’attacher à certaines valeurs uniques dans le milieu du football hexagonal, des valeurs qui fleurent bon l’effort, soit au mieux la victoire à l’arraché ou au pire la défaite dans les arrêts de jeu...
En effet, depuis toujours (j’occulte les années où le football se jouait en bermudas avec des ballons marrons) le LOSC a donné à son histoire un parfum d’inachevé, un goût amer, voire un sentiment marqué de lose (franchement losc / lose, comment n’y voir qu’une coïncidence?)
Vous savez, ce genre de parfum entêtant, pas forcément agréable mais que l’on retrouve pourtant toujours avec plaisir... comme cette odeur d’herbe pas fraîche quand on ouvre son sac de foot pour le match du dimanche après midi en ayant oublié de nettoyer ses crampons et son short après l’entraînement du jeudi soir…


Une gloire contrariée
logo_losc.jpgParce qu’avec le LOSC, point de panache (et je ne parle pas de cette déroutante coutume de mélanger le breuvage céleste avec de la limonade – vade retro forcequatras), aucune paillette, pas de brillant (on préfère le Matt, surtout quand on peut le vendre cher aux Niçois). Les moments de gloire éphémères s’accompagnent toujours d’une touche d’ombre. Si Lille corrige un Lyon invaincu sur son terrain (1-3 en décembre 2005), c’est parce les gones ont la tête aux vacances – tu penses bien que Junino (je mets le h ici, je vous laisse le soin de le placer) est super inquiet de savoir ce que le Père Noël (qui porte les couleurs du LOSC) va lui ramener). La correction prend la forme d’une humiliation au retour (4-0 en mai 2006)? Aucun doute, c’est parce que les Lyonnais sont fatigués d’avoir trop fêté le titre la semaine précédente (une soirée à danser sur "la Fiesta" et "Célimène" fatigue les organismes). De toute façon, le match était arrangé et c’était l’équipe B de Lyon.
Et si le Milan AC prend 2-0 chez lui en Ligue des champions, c’est parce qu’ils sont déjà qualifiés pour les huitièmes de finale. L’équipe corpo B de Moulinex aurait gagné aussi...

Même une performance sur plusieurs saisons reste inaperçue: Lille peut bien finir deuxième ou troisième attaque sur deux saisons consécutives, elle restera toujours cette équipe qui ne fait que défendre et marque (sur coup de pied arrêté le plus souvent) sur la seule fois où elle s’aventure dans le camp adverse.
Bien sûr, Lille se drape parfois dans des habits de lumière, mais le pantalon trop court laisse voir les chaussettes de tennis (les Lendl, blanches avec les losanges rouge et vert), la veste est trop grande et la coupe de cheveux démodée depuis 1973.


Premier petit pont de l'histoire
Non, la marque de fabrique du LOSC sent la sueur, la gniac et le cambouis. Un exemple? quel autre club aurait pu faire briller Cygan, d’Amico, Bakary ou tant d’autres dont le niveau footballistique intrinsèque s’approche de celui d’un joueur du dimanche matin ayant (trop) fêté son enterrement de vie de garçon la veille au soir? Imaginez seulement qu’avec le maillot du LOSC, Johnny Ecker a marqué un coup franc de trente mètres en Coupe d’Europe...
Seul revers de la médaille, sorti du contexte particulier du LOSC, ces joueurs retrouvent leur vrai niveau: Cygan a joué 54 minutes en quatre ans à Arsenal, d’Amico a coulé le Mans à lui tout seul et Bakary a relancé l’acrimonie entre Lensois et Lillois pour les 8.000 prochaines années...

Inversement, tout joueur qui a brillé ailleurs ou qui s’enflamme chez nous sera rapidement éteint par le crachin nordiste: Odemwingie flambe pendant trois matches et erre comme une âme en peine depuis septembre (record en cours), Keita surprend l’Europe entière (nous, les premiers, on n’avait jamais vu de petit pont avant) puis rentre dans le rang. Dans un passé plus lointain, Amara Simba est bien venu mais sans ses bicyclettes, Abedi Pelé était redoutable mais uniquement contre l’OM...
Le joueur emblématique du club? Boutoille. Un prénom ridicule jusque dans l’orthographe, l’intelligence d’une balle de tennis, le charisme d’un œuf dur... Parlons-en de l’emblème: choisir un chien, c’est déjà pas glamour, alors choisir un bouledogue, le chien le plus moche, le moins affectueux traduit la volonté clairement affichée de ne pas plaire. Comment s’étonner, dès lors, que l’entraîneur ayant lancé le LOSC moderne (deux mots qui se marient aussi bien que "contractuelle" et "sexy") prêche la rigueur, le travail, l’abnégation jusqu’à l’extrême?


« Quand le LOSC va muer, ça n’est pas un gracile papillon qui en sortira, mais un lourd bombyx qui ira se poser sur le néon de la cuisine »



Stade fantôme
Jusque dans son organisation, Lille assume ses valeurs: à ce titre, la saga du Grand Stade symbolise la destinée du LOSC. Même si les dates et faits sont vraisemblablement imprécis, voire erronés car basés sur des recherches aussi approfondies que celles qu’aurait pu effectuer un journaliste à Stade 2, l’esprit n’est pas trahi. En 1995, la collectivité locale dit non à la perspective d’accueillir la Coupe du monde 98 à Lille (dans un stade agrandi et remis à neuf pour l’occasion) afin de se consacrer à la candidature de la ville pour les JO 2004 – pour laquelle nous avions autant de chances de l’emporter que Francis Llacer d’emballer Monica Bellucci et Paris Hilton le même soir.

La ville promet – pénalités gigantesques à l’appui – un grand stade pour 2004 mais se fait renvoyer dans ses buts par une poignée de bobos footophobes qui craignent que la plus-value de leur investissement immobilier pâtisse de la proximité d’un lieu où des hordes de supporters abreuvés de bière se réuniraient bimestriellement.
Alors, quand le LOSC se qualifie pour la Ligue des champions (quelle idée, aussi !) il doit s’exiler à Paris pour accueillir les supporters (principalement adverses) ou pire, demander l’hébergement au voisin lensois (ce qui revient à demander à votre voisin qui vous a piqué votre femme de vous prêter sa tondeuse).
Aux dernières nouvelles, le grand stade devrait sortir de terre en 2010… On ne connaît pas sa capacité, ni son financement ou le calendrier exact… On reste dans l’attente des résultats des fouilles archéologiques qui vont vraisemblablement dévoiler les restes de l’Atlantide.


Projetons-nous dans l’avenir. Quand le LOSC va muer, quand la chrysalide dans laquelle la grosse chenille lilloise s’est réfugiée va se fendiller, ça n’est pas un gracile papillon avide de découverte et de libertés qui en sortira mais un lourd bombyx qui ira se poser sur le néon de la cuisine... Cette atmosphère de lose, cette torture samedinicale que tout supporter lillois s’impose, c’est précisément ce qui nous retient si fort à ce club, un peu comme le joueur compulsif qui parie autant pour les frissons de la victoire, que pour les émotions de la défaite (voir Al Pacino dans "Two for the money").
Il parait que nous avons tous une part de masochisme en nous. Certains choisissent le cuir et la cravache. D’autres rentrent dans un bar bourré de Hell’s Angels en criant "Salut, les filles. C’est mignon, ces mobylettes alignées devant l’entrée!" Nous, c’est le LOSC...
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