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Jamel Attal

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Platini réinvente la coupe d'Europe

Michel Platini veut dynamiter la Ligue des champions et la remplacer par une compétition plus grande, plus belle et plus ouverte… On n'a plus qu'à souhaiter que notre numéro 10 national devienne numéro 1 européen?
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Un seul des chiffres donnés par cette vignette est encore vrai. Lequel?
Autant l'avouer, les Cahiers du football sont l'allié occulte de Michel Platini, qui paye les primes de brèves et finance notre propagande en faveur de ses idées et sa carrière. Nous nous retrouvons en tout cas en plein accord avec l'audacieuse réforme des compétitions européennes qu'il a récemment esquissée dans des entretiens accordés à deux magazines allemands, qui secouent sérieusement (et opportunément) le Landerneau du foot européen. Fahrenheit 256 Il y a en effet souhaité la suppression de la Ligue des champions et la création d'une seule coupe d'Europe, avec 256 clubs qui s'affronteraient dans des rencontres à élimination directe. Les pays qualifieraient un nombre variable de clubs, avec un système de têtes de série (ces deux éléments pouvant être établis selon les indices de l'UEFA). Difficile de faire plus simple (1). France Football a eu l'excellente inspiration de faire une simulation de tirage au sort et un tableau virtuel des 32e de finale (mardi 22/04). Le journal signale que le nombre de 256 permet une élimination directe dans un seul tableau, qu'il correspond au nombre total de participants aux actuelles compétitions européennes (Intertoto comprise) et qu'il détermine quinze dates, soit autant que la Ligue des champions la saison prochaine. Pour nos clubs nationaux, cela donnerait en 32e, Arsenal-Auxerre, Bordeaux-Schalke 04, Feyenoord-Lens, Panathinaikos-PSG, Lyon-Bruges… Il y a aussi un Inter-Lille, mais là ça nous échappe un peu. La liste complète offre une jolie collection d'affiches et de duels au vrai goût européen: Chelsea-Sporting, Kiev-Ajax, Leeds-Anderlecht, Milan AC-Rangers, Liverpool-Celtic, Dortmund-Newscastle, Vigo-Salonique etc. Dans sa philosophie, ce grand tournoi serait donc tout le contraire d'un championnat européen et pour les clubs dominants aujourd'hui, l'accès aux quarts de finale serait bien plus ardu. La route serait parsemée de chausse-trappes et les séances de rattrapage n'auraient plus cours avec l'abolition des poules. On remarque tout de même que les têtes de série bénéficieraient d'une certaine protection. Ainsi, dans la simulation, l'adversaire du Real serait Panionios, le Bayern rencontrerait Heerenveen et Barcelone… Liberec. Évidemment, il faudrait en passer par des oppositions plus bucoliques lors des tours précédents, mais comme le dit Platini, "si on estime que le football peut contribuer à créer l'unité entre les peuples, le Bayern Munich doit être prêt à jouer en Géorgie ou en Finlande" (L'Équipe, 16/04). Il y a effectivement là une finalité que les grandes puissances économiques sont bien incapables d'assurer: la pérennisation de la popularité du football. Agrandir la coupe d'Europe L'idée paraîtra complètement hérétique dans le contexte ambiant, tellement elle va à l'encontre de la ségrégation progressive de l'élite au sein d'une Ligue européenne semi-fermée… comme l'est une Ligue des champions qui joue à merveille son rôle de sélection "naturelle" et qui accentue les écarts de revenus entre les clubs européens, disqualifiant au passage la Coupe de l'UEFA, ni rentable, ni attractive sportivement (voir Ligue des dindons et Droits télé: guère épais). La perspective que le Real aille risquer l'élimination au Kazakhstan peut certes paraître saugrenue, de même que le concept de 128 de finale… Pourtant, en restaurant l'esprit et la formule originelle des Coupes d'Europe, cette proposition s'oppose à deux dérives élitistes manifestement contraires à l'esprit du football dont Platini se fait le chevalier blanc. D'une part, l'exclusion des "petits" pays et des "petits" clubs, relégués dans une seconde division européenne et qui n'ont droit qu'aux tours préliminaires de Ligue des champions (même s'il se trouve toujours une exception pour confirmer la règle et faire illusion, comme Bâle cette saison). D'autre part, l'emprise croissante du lobby des "grands" clubs autoproclamés au travers du G14, qui veut gouverner le football et affaiblir les instances sportives. Il s'agit donc d'une attaque frontale, et le Lorrain a violemment critiqué le groupement, mais aussi les télévisions (2). Cela peut aussi ressembler à une provocation — surtout si elle s'accompagne de la menace d'exclure le Real s'il n'a pas rétabli ses finances d'ici trois ans (L'Équipe 16/04). Mais elle s'appuie sur le constat de plus en plus généralement admis que quelque chose ne tourne plus rond dans le monde du football. L'idée d'une reprise en main compte de plus en plus de partisans. Un destin de président ? En point de mire, notre politicien a les élections à la présidence de l'UEFA, qui pourraient avoir lieu en juin de l'année prochaine si Lennart Johansson confirme sa volonté de se retirer avant la fin de son mandat. Le terrain, bien que miné, semble en effet relativement dégagé pour Platini depuis que son adversaire naturel Gerhardt Aigner, actuel secrétaire général de la confédération européenne, a annoncé son prochain retrait (voir la Gazette 89). On se souvient en outre que lors des élections précédentes, Platini n'avait pas fait acte de candidature, se rangeant au pacte de non-agression signé entre l'UEFA de Johansson et la FIFA de Blatter dont il était le conseiller. Cette concession lui avait permis d'intégrer sans remous les comités exécutifs de l'UEFA et de la FIFA et d'acquérir ainsi les mandats et la légitimité qui lui manquaient (voir Platini, comme un gros poisson dans l'eau, octobre 2001 et Les instances à couteaux tirés, avril 2002). S'il bénéficiera de l'appui de Blatter et de ses réseaux, notre numéro dix historique devra affronter de fortes oppositions: celle du G14 évidemment, celle des chaînes de télévision qui n'auront plus de critiques contre le LdC quand elle sera revenue à une formule allégée et enfin celle des principales fédérations... Mais son calcul repose aussi sur le fait que les "petits" pays européens sont des électeurs comme les autres à l'UEFA. Platini a le mérite d'assumer ses ambitions, et chacun appréciera son initiative en fonction de son degré de tolérance à une prétention assez caractéristique du personnage ("Je fus numéro dix, toujours le meneur de jeu et je savais diriger le jeu. J'ai dû réaliser que pour être numéro dix en dehors du terrain, il fallait se trouver au cœur du pouvoir" — L'Équipe 16/04). Le programme qu'il défend est salutaire dans le contexte actuel, s'agissant au moins de montrer que l'industrialisation du foot et que la domination d'une oligarchie de clubs ne sont pas des processus irréversibles. Ni ses arrière-pensées politiques, ni le caractère hypothétique de sa coupe d'Europe ne diminuent l'intérêt de son projet et de sa démarche. Platini s'est toujours fait le défenseur du jeu et est resté fidèle à sa ligne jusque-là, tout en acquérant une certaine science politique. On ne lui reprochera pas de vouloir imposer cette ligne dans les plus hautes instances du football. (1) Dans notre "Manifeste pour sauver le football", il y a plutôt l'envie d'un rétablissement des trois coupes originales, mais l'idée platinienne est séduisante, et elle suscite tout autant le débat. (2) Il y a une belle contradiction avec son statut de consultant sur Canal+ pour la Ligue des champions, mais il faut bien admettre que sur la chaîne cryptée, il ne cache pas son manque d'enthousiasme à l'égard de la compétition.
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