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Julie Grémillon

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Perte sèche

Platini joue l'Euro en autruche

Michel Platini "ne croit pas" au dopage dans le football. Du coup, le dopage peut croire en Michel Platini.
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Michel Platini s'est fendu d'une déclaration assez édifiante la semaine dernière à Vienne, à l'occasion d'un séminaire de préparation de l'Euro 2008. "Je ne crois pas au dopage organisé dans le football: les joueurs aujourd'hui voyagent beaucoup, changent souvent de club, ça se saurait", a estimé le président de l'UEFA, ajoutant: "Qu'un joueur fasse une erreur, ça peut, ça pourrait arriver. Mais le dopage organisé par des médecins de club, je n'y crois pas". Gageons, sur ce dernier point, que l'ami Platoche s'était enfermé dans un caisson étanche durant toute la durée du procès de la Juventus afin d'échapper à des évidences par trop dérangeantes (lire "La Vieille dame tapait dans la pharmacie"), tout comme il s'est bien gardé de prendre connaissance des passerelles récemment établies entre l'affaire Fuentes et le football espagnol (lire "Mauvais sang" et "L'operacion Puerto a été classée").


Témoignage à décharge
Par le passé, il nous avait déjà habitués à des déclarations consistant à dire que le dopage ne servait à rien pour un sport comme le football, aucun produit ne permettant de réussir un dribble ou une passe. Oubliant ainsi qu'un joueur efficacement chargé à l'EPO ou à l'hormone de croissance a plus de chances de réussir son geste technique si des substances lui permettent de préserver sa fraîcheur physique au cours de saisons de plus en plus exigeantes. Les calendriers sont surchargés, mais les footballeurs ne sont pas chargés...
Faire abstraction des exigences athlétiques et d'endurance du football actuel, voilà bien la posture ordinaire des autruches qui exercent leurs fonctions dans les instances du football. Bernard Tapie, dont l'OM a nourri les soupçons, ne tenait pas un autre langage, comme tant d'autres avant et après lui.


Pas vu, pas pris
Autre grand classique qui a fait les beaux jours des organes du cyclisme international: se réfugier derrière l'absence de contrôles positifs et rejeter les soupçons dans un passé révolu. "Nous avons plus de contrôles qu'ailleurs, que dans les autres sports. Le dopage, ça a pu peut-être exister dans le passé, mais je compte sur vous, la presse, pour en parler si ça arrive".
Son "Ça se saurait" laisse rêveur de la part du dirigeant de la plus haute instance européenne du football. On ne demande pas non plus au président de l'UEFA s'il "croit" ou non au dopage, mais de lutter contre et de toute faire pour qu'il n'y en ait pas. On lui demande aussi de tout faire pour qu'il soit révélé s'il existe: s'en remettre ainsi aux journalistes – sportifs qui plus est – pour faire surgir la vérité, c'est se tromper de milieu. Sans compter que cette désinvolture fait le jeu des éventuels dopeurs.


Et pourtant...
Hasard ou coïncidence, la revue scientifique britannique Soccer & Society publie une étude de deux chercheurs (1) qui met justement sur la sellette les officiels quand ils estiment que le recours au dopage systématique est peu probable dans le football d'élite. Les auteurs mettent notamment en évidence le décalage entre ce que suggèrent des contrôles antidopage assez rarement positifs et l'examen d'autres indicateurs – comme les enquêtes par questionnaires anonymes, les investigations judiciaires ou les témoignages des anciens professionnels...
Constatant notamment que les dispositifs de contrôle opèrent un maillage assez lâche du football professionnel, ils concluent que, si ce dernier est probablement moins touché que d'autres disciplines et que les situations sont variables selon les pays, des indices sérieux laissent croire à la mise en œuvre d'un dopage systématique dans certaines équipes de l'élite européenne... Et que l'approche à courte vue de la FIFA compromet gravement l'efficacité de programmes antidopage.


L'UEFA de Platini, elle, a tout de même voulu donner quelques gages de bonne volonté à une poignée de semaines du championnat d'Europe. Des contrôles sanguins inopinés (au moins un par équipe) seront effectués auprès des équipes participant au tournoi austro-suisse, sur leurs lieux d'entraînement et après les matches. Ils pourraient détecter la pratique de transfusions homologues et l'administration d'hormone de croissance. Mais comme le signale Damien Ressiot dans L'Équipe, la détection de l'hormone de croissance n'est effective que si l'injection a eu lieu dans les quatre jours précédant le prélèvement. Les docteurs Mabuse, nettement moins candides que les instances, ont donc encore de nombreuses armes en main pour échapper à cette répression plus velléitaire que volontariste.


(1) Signalée sur le forum par liquido. "'No systematic doping in football': A critical review", par Dominic Malcolm et Ivan Waddington – Soccer & Society, n°9, février 2008. À télécharger ici (en anglais).
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