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Pinault culte

France Football verse parfois dans le journalisme de révérence pour flatter l'encolure des grands patrons qui honorent la France du foot…
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"François Pinault n'est pas homme à s'investir quelque part sans la farouche envie de réussir". D'ailleurs "il y parvient la plupart du temps". Et pour cause: ce "gagneur dans l'âme" "n'est pas du genre à renoncer". Mieux encore, sa démarche au Stade Rennais "n'a rien de mercantile". Ces citations ne sont pas issues d'une plaquette de présentation du groupe Pinault-Printemps-Redoute. Elles ne constituent pas non plus un extrait de la quatrième de couverture d'une biographie autorisée du richissime breton. Non: ce sont plus prosaïquement quelques passages d'un article paru dans France Football le 23 septembre dernier ("Pinault, haute fidélité"). Dans une colonne en forme d'hagiographie, le bi-hebdomadaire dresse un portrait pour le moins complaisant du grand patron de l'équipe rennaise (1). En pleine affaire "Executive Life", une telle prose laisse perplexe. Impliqué, par l'intermédiaire d'Artémis (une de ses sociétés) dans cette opération d'achat illégal de société aux Etats-Unis, François Pinault est pour partie responsable d'une amende de près de 600 millions d'euros infligée par la justice américaine à l'Etat français. Et s'il ne risque qu'une procédure civile à son encontre, son principal collaborateur, Emmanuel Cueff — qui est aussi président du Stade Rennais —, pourrait en revanche être mis en cause au pénal (2). Sans compter que l'homme d'affaires breton n'a pas vraiment le vent en poupe: depuis quelques mois, ses choix stratégiques sont particulièrement contestés dans les milieux financiers. Sa boulimie financière lui a ainsi dicté de se lancer dans le rachat de Gucci, opération réussie mais qui a semble-t-il durablement plombé les comptes de son groupe. Bref, François Pinault, n'est plus vraiment homme à changer le plomb en or (c'est sans doute son côté "philanthropique"), dans le football comme dans les autres secteurs où il sévit. Outre une fâcheuse tendance à nager dans les eaux troubles du capitalisme sauvage (il a commencé sa carrière dans les affaires par des rachats en série d'entreprises en faillite et s'est signalé par sa science de l'exonération fiscale), Pinault a enfin un goût certain pour l'intrigue dans les milieux politiques — il aurait réveillonné avec Jean-Marie Le Pen en 1977 (3), avant de devenir un proche de Jacques Chirac)… La presse footbalistique doit-elle se contenter de limiter son analyse à la seule sphère sportive? Un homme d'affaires, propriétaire d'un club, se réduit-il à son rôle de grand patron d'une équipe de foot? Ça se discute... Présenter de façon élogieuse — tout du moins flatteuse —, un homme qui coûte des millions d'euros au contribuable français, laisser se construire le mythe d'un capitaine d'industrie "patient" et "acharné" en occultant le côté obscur du personnage, c'est une manière de mensonge par omission. Et c'est en tout cas une façon assez peu fidèle de présenter un personnage controversé à des amateurs de ballon rond peu sensibilisés aux problématiques économiques. S'agit-il d'un manque d'ambition ou plus simplement d'un défaut de curiosité de la part de l'auteur du portrait? La question est d'autant plus embarrassante pour France Football qu'un papier paru dans Challenges — pourtant peu réputé pour son irrévérence — évoque lui une personnalité moins univoque: "Irrationnel, rationnel: Pinault est dual. A la fois teigneux et serein. En même temps boutiquier et stratège, parfois primaire, parfois tertiaire, jamais deuxième degré". Certains souligneront que France Football n'a pas pour vocation de remplacer les Echos ou la Tribune, et que le journal n'a pas la prétention de traiter l'actualité du business de façon exhaustive. Dans ce cas, que le journal s'abstienne carrément de tout commentaire de type économique, et qu'il se limite à demander à Drogba si les trois points acquis face à Bastia étaient primordiaux ou à Zidane s'il tire mieux les coups francs que Beckham… (1) On aurait aimé fêter autrement le beau numéro 3000 de la "Bible du football" (bien que le concept de bible bi-hebdomadaire soit assez idiot, nous sommes évidemment lecteurs de cet incontournable de la presse sportive), mais ce n'est pas la première fois que nous y déplorons des articles purement hagiographiques sur les patrons du foot français, comme Jean-Michel Aulas (Gazette 45) ou Patrick Proisy (La soupe est servie — cet article évoquant par ailleurs un passage de Jean-Claude Darmon à Téléfoot en tout point semblable à celui de dimanche dernier…). (2) "Executive Life: Pinault redoute la justice américaine", Libération 06/09/03. L'affaire Executive Life risque de coûter très cher à la France, Le Monde 27/08/03. L'affaire Crédit lyonnais Executive Life, L'Humanité, 06/09/03. (3) Selon Jean-Marie Le Chevallier, ex-Maire FN de Toulon, cité par Caroline Monnot et Pierre Gay dans "François Pinault milliardaire", paru chez Balland en 1999.
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