auteur
Guillaume Gouze

> article suivant

La chaîne de football idéale

> article précédent

Head of zebi

> article précédent

Du pétrole, mais pas assez d'idées

Peut-on vendre un stade en France ?

Benoît Payan, maire de Marseille, relance l’idée de la vente du Stade Vélodrome. Mais au-delà de la communication politique, cette option souvent évoquée est-elle simplement possible? 

Partager

 

La construction et la rénovation des stades français "génération Euro 2016" ont livré leurs enseignements depuis longtemps. Puisqu'ils ne contribuent ni à développer l’affluence, ni à renforcer la compétitivité des clubs résidents par de véritables nouvelles recettes, les élus locaux tentent de sauver les finances publiques dont ils ont la responsabilité.

 

Face aux charges récurrentes des partenariats publics-privés (PPP) signés par les collectivités territoriales, l’idée de vendre le stade revient dans les options de celles-ci pour se débarrasser de ces "bombes à retardement". Mais la vente d’une telle infrastructure n’est-elle pas illusoire? Est-elle tout simplement possible juridiquement? Et si oui, à quel coût et auprès de quel acheteur?

 

 

 


Stades, domaines publics

Pour assurer une vente, il faut un vendeur. En France, les équipements sportifs appartiennent dans leur grande majorité aux collectivités territoriales. Et même dans les cas des PPP évoqués, elles restent in fine, à l’issue du contrat, les propriétaires de l’installation. Ce sont donc à elles qu’appartient le lancement de la procédure de vente… si le droit le leur permet.

 

Le droit public, qui brille parfois par sa complexité à rendre fou, distingue en deux catégories les biens dont une collectivité est propriétaire. Ceux qui relèvent du "domaine privé" (une forêt, un immeuble…) qu’elles peuvent céder comme un bien classique, par exemple pour générer un revenu ponctuel. Et ceux qui relèvent du "domaine public", dont les biens sont inaliénables, car ils concourent ou sont affectés à un service public: ceux-là ne peuvent pas être vendus sous ce statut juridique.

 

Or les stades sont considérés par la jurisprudence comme faisant partie de ce domaine public. Pour vendre un stade, il faut au préalable le "déclasser" du domaine public afin de le rendre juridiquement cessible.

 

Si la volonté politique du maire ou du président de l’Agglomération est suivie par sa majorité, et que l’opinion publique ne s’en mêle pas (ce qui reste illusoire pour une question liée au football et/ou au patrimoine identitaire local comme un stade…), il est possible de passer à l’étape suivante de la cession.

 


Un équipement atypique

Pour assurer une vente, il faut un acheteur et un prix. Un bien public s’évalue selon des règles. Les collectivités territoriales se tournent vers la Direction de l'immobilier de l'État (DIE, anciennement désignée comme "les Domaines") qui en fixe le montant en fonction de plusieurs critères. Comme un agent immobilier, la DIE prendra en compte sa localisation, son état, l’investissement réalisé, bref sa "valeur locative", pour proposer un prix de vente.

 

Or un stade est un équipement atypique, occupant une surface très importante, parfois dans des zones urbaines ou périurbaines à forte valeur. En contrepartie, il ne présente pas pour l’acheteur la garantie de rentabilité d’une forêt ou d’un immeuble de bureaux. Lorsqu’on a recours à la DIE, la valorisation peut parfois être élevée. Particulièrement pour l’acheteur le plus logique que serait le club résident.

 

Les discussions s’entament alors sur une fourchette assez large, allant, par exemple pour le Stade Geoffroy-Guichard, de 200 millions d’euros côté public à… l’euro symbolique côté club. Comme pour un transfert ou un rachat de club, il n’est jamais évident de trouver le prix susceptible de rendre heureuses les deux parties de la transaction…

 

Même si cela fait sens de vendre un stade à un club, qui est a priori le mieux à même d’en assurer la valorisation, d’autres paramètres entrent dans la réflexion de la collectivité. Les clubs ne sont pas réputés pour leur surface financière, ni pour leur solvabilité. Et ils auront la volonté d’essayer d’en minorer le prix, pour privilégier plutôt l’investissement dans la compétitivité de l’équipe.

 


Beaucoup de verrous à faire sauter

Sous la pression éventuelle de l'opinion publique, surtout en période électorale, la majorité municipale peut leur préférer un acteur immobilier plus classique, et plus rassurant. Par exemple un promoteur qui paierait le juste prix, mais aurait alors le loisir de raser le stade pour y développer une zone commerciale ou d’habitation… Le dossier serait tout aussi explosif politiquement.

 

Pour sortir de l’impasse, il reste la possibilité de négocier non pas avec le club, mais avec son propriétaire ou une société lui appartenant. C’est le choix fait par la ville de Nîmes à l’été 2019, qui a vendu le Stade des Costières au président du Nîmes olympique Rani Assaf pour huit millions d’euros (l'évaluation de la DIE s'élevait à cinq), contre la promesse d’un nouveau stade rentabilisé par un investissement immobilier massif sur la zone.

 

Une fois franchies les étapes juridiques, administratives, financières et commerciales, un stade peut donc être vendu… sauf si le jeu des acteurs a déjà été contractuellement fixé. C’est le cas à Marseille, où la Ville a signé un PPP avec la société Arema pour la rénovation du Vélodrome, avant que cet opérateur privé (filiale d’une major du BTP) ne signe lui-même un contrat avec l’Olympique de Marseille pour l’exploitation du stade. Contrat qui court jusqu’en 2045.

 

Pour mettre en œuvre une telle vente, le maire de Marseille aurait donc beaucoup de verrous à faire sauter. Le sujet relancera le débat sur les "associés-rivaux" que peuvent être les collectivités territoriales et les clubs professionnels sur ces questions d'infrastructures. Il rappellera aussi la nécessité, avant de se lancer dans un tel projet, de démontrer son utilité sociale, son intérêt pour les finances publiques et l'existence d'un projet stratégique.

 

Lire aussi : « Des années et peut-être des dizaines de millions d'euros pour la Ville de Marseille »

 

 

Partager

> Dossier

Les stades

Les stades


Propos recueillis par Guillaume Gouze
2021-02-05

« Des années et peut-être des dizaines de millions d'euros pour la Ville »

La Ville de Marseille ne pourrait pas vendre le Stade Vélodrome sans risques financiers et procéduraux, selon Me Héloïse Joseph. 


Jérôme Latta
2020-10-05

1905-2020 : des Bleus à domicile(s)

Une Balle dans le pied – En 115 ans, l'équipe de France a visité une quarantaine de stades sur le territoire national. Surtout dans l'agglomération parisienne, et devant des affluences qui ont beaucoup varié. 


Javier Aznar
2020-03-09

La moustache de Bernabeu

Revista Libero – Changer de place dans un stade quand on a occupé la même pendant des années conduit à prendre conscience de ce qui nous attache à ce lieu. 


>> tous les épisodes du thème "Les stades"

Le forum

Festival de CAN

aujourd'hui à 02h54 - Cheikhou Boule à thé : Zut, je suis tombé sur Ouganda-Ghana à 2-0, puis j'ai zappé en pensant que c'était le match... >>


Paris est magique

aujourd'hui à 01h36 - PCarnehan : Bah, moi aussi je défaille à mes trucs. Amélie Poulain va m'en vouloir. C'était 1983, et pas... >>


Et PAF, dans la lucarne !

aujourd'hui à 01h17 - forezjohn : impoli gone06/03/2021 à 18h10Tout pareil. Pauvre petite série disparue trop... >>


Foot et politique

aujourd'hui à 01h17 - Tricky : Utaka Souley06/03/2021 à 21h45L'argument "c'est ma discipline, c'est donc moi qui ai raison", ça... >>


Manette football club

aujourd'hui à 00h00 - Aristofan : Le scénario du 6 est exceptionnel, sa galerie de personnages, et le twist au milieu du jeu, un... >>


Dans le haut du panier

06/03/2021 à 23h10 - lyes : Bon du coup ce débat sans fin sur l'héritage de Parker c'est bieng mais demain c'est sans doute... >>


Gerland à la détente

06/03/2021 à 23h01 - LYon Indomptable : balashov22aujourd'hui à 22h04C'est clair qu'on s'en rend bien compte avec les matchs à huis-clos,... >>


Good kop, bad kop

06/03/2021 à 22h20 - vertigo : C'est vrai, et les speakers des stades qui annoncent les changements et les buteurs à... qui au... >>


Le fil dont vous êtes le héros

06/03/2021 à 22h20 - Utaka Souley : J'espère qu'on n'élimine pas définitivement le dernier de la dernière poule. >>


Futebol lusitano

06/03/2021 à 22h00 - Sidney le grand Govou : Ils ont eu très très chaud quand même. >>


Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)