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Pierre Martini

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48 heures chroniques

Peut-on gagner la Ligue des champions en pleurnichant?

Un peuple de Caliméros : tels sont apparus les Français au travers des jérémiades lilloises et lyonnaises de la semaine dernière… Avec les mauvaises habitudes nationales, nos représentants s'enferment dans une attitude de perdants.
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La semaine passée a été marquée par les conditions dans lesquelles le LOSC a concédé une rageante défaite face à Manchester United. "C'est pas de jeu!" Tel est le cri unanime qui sortit de nos poitrines lorsque Ryan Giggs expédia le ballon hors de portée de Sylva, alors que le gardien n'avait même pas eu le temps de placer son mur. Une injustice flagrante, un vol, un scandale!
Après le temps de l'indignation vint pourtant le moment de se renseigner sur la règle. Car en France, on ne connaît pas les règles. Et de découvrir que le coup de sifflet de l'arbitre n'est obligatoire que dans deux circonstances: les coups de pied d'engagement et de réparation.

Péché de naïveté

Le but du Gallois ne souffre donc aucune contestation sur le plan réglementaire. Alors, on peut certes déplorer les circonstances particulières de ce coup franc: M. Braamhaar semble accorder en catimini l'autorisation de tirer sans attendre, les images donnant même le sentiment qu'il est complice de ce hold-up licite et qu'il "organise" ainsi le but. On peut surtout regretter que l'arbitre néerlandais n'ait pas mieux préservé l'esprit de la règle et le fair-play, laissant la rencontre se jouer sur un "truc" et non sur un fait de jeu. Ryan Giggs a d'ailleurs confirmé aux médias britanniques ce que l'on voit déjà sur les images: c'est l'arbitre qui, spontanément et d'un geste du doigt sans équivoque, indique au tireur qu'il peut exécuter le coup franc sans attendre, confirmant même ce feu vert après une interrogation de l'ailier des Red Devils.

losc_MU_but.jpg

Il reste que le cliché des "erreurs payées cash" trouve simplement là une nouvelle illustration, la faute en question étant un péché de naïveté. Jadis victime d'un tel coup de Trafalgar (par Robbie Fowler sous le maillot de Manchester City), les Mancuniens en ont retenu les leçons au point de les mettre efficacement en application. Thierry Henry aussi, en son temps, avait usé de la même ruse, sans qu'en France on mette sa probité en doute.
Comment réagir en pareil cas? En pleurnichant et en gesticulant, ou bien en ravalant sa fierté et en continuant de jouer sa chance? Après tout, le but anglais survient à dix minutes de la fin du match et les Lillois avaient encore des chances à jouer, au lieu de se disperser (1)...


L'Antifrance a encore frappé

Indice du syndrome de la pleureuse qui gagne le football français : le lendemain, au terme de l'autre huitième de finale impliquant un club de l'Hexagone, c'est Juninho, capitaine lyonnais, qui exprimait son indignation à propos du but de Giggs, avant de rebondir sur le traitement indigne dont aurait été victime sa propre équipe à Rome. Les coupables? "Eux". "Ils"... Les autres, quoi (2). Selon le Brésilien, les clubs français seraient en effet désavantagés sur la scène européenne, au point de compromettre leurs chances de remporter la Ligue des champions. Son entraîneur, Gérard Houllier, pour sa part, manifesta sa grande nervosité en prenant comme une agression une question pourtant assez anodine d'Hervé Mathoux, s'érigeant à son tour contre l'arbitrage.

Les discours sont connus. Nos représentants ne font que transposer sur le continent ce qu'ils pratiquent en France: une contestation maladive de toutes les décisions arbitrales et une absence complète de remise en cause. Que nos lecteurs s'amusent à éplucher les déclarations qui ont suivi les dernières journées de championnat pour évaluer la proportion de celles qui font le procès des arbitres, de même que le temps d'antenne consacré à la question dans les émissions spécialisées...


Pipi par terre

Sur ce sujet, la démagogie a atteint de tels sommets, et l'indignation est devenue tellement automatique, la sensibilité des foules a été tellement exacerbée que tout discernement a disparu. Étant établi que les arbitres sont complètement nuls, toutes leurs décisions sont forcément erronées. Et quel meilleur exemple, à nouveau, que ce match Lille-Manchester? Bien avant l'ouverture du score, c'est le but refusé à Odemwingie qui avait suscité les hurlements de Denis Balbir, qui commentait le match sur Canal+, qualifiant l'invalidation de "scandale" avant même le moindre ralenti... et maintenant son jugement après avoir revu des images qui indiquaient pourtant, sans le moindre doute, que le Nigérian avait poussé du bras son adversaire direct (3). Pire, la plupart des observateurs ont, par la suite, continué à qualifier cette décision de contestable et de la considérer comme le "tournant du match". C'est vraiment prendre les spectateurs pour des cons, ou plutôt – et c'est plus grave – penser qu'ils seront assez cons pour leur emboîter le pas et s'associer à leur vindicte.

Résultat, une paranoïa générale qui tourne au victimisme. Le football français chouine, il hoquette, il trépigne, il se roule par terre en faisant pipi. Si nos footballeurs peuvent y trouver un éventuel surcroît de motivation dans leur combat contre les méchants, cette paranoïa infantile présente surtout le risque de leur épargner de prendre leurs propres responsabilités. Et en se préparant, en permanence, un stock d'excuses pour la défaite, ils vont bientôt oublier d'essayer de gagner.


(1) C'est encore une méconnaissance des règlements qui leur fit croire qu'ils devaient déposer une réserve au premier arrêt de jeu (ce n'est pas le cas en C1), donnant l'impression d'avoir voulu quitter le terrain en faisant une "Milan 91".
(2) "J'ai été très déçu de voir ce qu'ils ont fait à Lille contre Manchester. Ici, j'ai encore vu que le maillot des équipes françaises avait vraiment peu de poids en Ligue des champions" (in L'Équipe du 23 février).
(3) Qu'on imagine simplement la teneur des commentaires si la situation était inversée sur cette action.
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