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Julien Assuncao

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Passe décisive de l'arbitre

Peut-on évaluer statistiquement les entraîneurs ?

Les stats sont de plus en plus utilisées pour mesurer les performances individuelles des joueurs mais les coaches ont jusqu’ici échappé ici à cette tendance: par manque d’intérêt ou car cela est trop compliqué? Tentons d'établir un modèle.

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Mesurer la performance de quelqu'un qui donne des consignes mais ne pratique pas semble incongru. La principale difficulté est évidente: contrairement aux dizaines de données disponibles pour les joueurs (kilomètres parcourus, passes, dribbles...), il n’y a évidemment pas de statistiques liées au coaching et les entraîneurs ne peuvent être jugés que par les performances de leur équipe, performances sur lesquelles ils influent mais qui restent dépendantes des joueurs, maîtres du terrain. Le principal obstacle est donc de réussir à séparer l’apport d’un coach de celui de ses protégés.

 

Pour cela, difficile de trouver une solution parfaite mais les Expected Goals permettent de ne pas prendre en compte la finition (précision de la frappe et endroit de la cage visé), qui est uniquement du ressort des joueurs sur le terrain, pour se concentrer sur la qualité des occasions créées. Cela permet aussi d’avoir une évaluation des performances d’une équipe plus proche de la réalité en effaçant, notamment, le facteur chance.

 

En réalisant une simulation Monte Carlo pour chaque match des six dernières saisons (sans compter celle en cours), on peut obtenir le nombre de "Points Estimés" de chaque entraîneur pour cette période. Par exemple, voilà ce que ça donne pour la saison 2014/15:

 

 

 

Une fois cette indice de performance défini, il est nécessaire de trouver un moyen d’évaluer la qualité d’un effectif pour mieux pouvoir comparer les entraîneurs de différentes équipes. Avoir une simulation du nombre de points estimés ne sert que si on sait calculer la valeur qu’on devrait attendre de l’équipe en question.

 

 

La valeur des équipes

Pour estimer la qualité d'un effectif, on peut imaginer différentes possibilités:

 

• La valeur de l’effectif telle qu’évaluée par le site Transfermarkt: une valeur cependant contestable car régulièrement assez éloignée de la réalité, notamment concernant les joueurs en début ou fin de carrière.

 

• La masse salariale du club: le problème ici est que celle-ci concerne plutôt les choix des dirigeants – en plus d’être difficile à se procurer, surtout en cours de saison.

 

• Un système d’évaluation alternatif: il en existe plusieurs comme le classement s’appuyant sur la méthode Elo ou l’Euro Club Index, mais on est plus proche d’un indice de performance.

 

Finalement, nous utiliserons une autre méthode en ayant recours aux données de Goal Impact, un algorithme qui se concentre sur l’évaluation des joueurs et non pas des équipes. La méthodologie consiste ici à mesurer la contribution d’un joueur à la différence de but quand il est sur le terrain. S'il a une valeur haute, c’est que son équipe à une meilleure différence de but quand il joue que lorsqu’il est absent. Cela permet d’évaluer un protagoniste sur le résultat de sa présence uniquement (différence de but), sans prendre en compte comment il a apporté cette plus-value. Un principe que l'on retrouve en basket, la NBA proposant en temps réel les "+/-" lors du temps passé sur le parquet.

 

Cette valeur est ensuite ajustée selon différents critères comme le niveau du championnat, des coéquipiers et des adversaires. La méthode a cependant quelques défauts: elle a plus de mal à évaluer les joueurs ayant encore peu joué ou ceux disputant la majorité des rencontres (gardiens ou défenseurs, généralement). Évidemment, en individualisant ainsi le football, elle nie la symbiose avec les partenaires, propre d'un sport d'équipe. Mais elle permet d’avoir une idée de la qualité d’un effectif en jugeant les joueurs et excluant les facteurs extérieurs. Ainsi, toutes les équipes sont jugées selon les mêmes critères.

 

Le fondateur du site a donc eu la gentillesse de nous transmettre les valeurs de chaque équipe de Ligue 1. Nous nous sommes ensuite basés sur les saisons 2009/10 à 2014/15, pour lesquelles nous avons les valeurs de Points Estimés des équipes concernées. Voilà donc la hiérarchie estimée des équipes pour la saison dernière (la valeur moyenne du Goal Impact est de 110):

 

 

 

Une fois l’indice de performance (Points Estimés) et le système d’évaluation de l’effectif (Goal Impact) déterminés, nous avons utilisé les données historiques de ceux-ci pour associer à chaque effectif une valeur de Points Estimés moyenne correspondant à sa qualité.

 

 

 

Ainsi, l’équipe aura eu des performances supérieures aux attentes si elle dépasse cette valeur moyenne, et inversement. On a donc: Points Estimés/Moyenne*100, ce qui donne un indice dont la valeur d’équilibre est 100. Par exemple, Monaco a obtenu 55 points lors de la saison 2009/10 alors que le modèle ne leur donne que 42 Points Estimés, une fois prise en compte la qualité des occasions obtenues. Cela signifie qu’une part importante des points réellement obtenus vient des joueurs et/ou d’une part de chance. Comme on juge à 49,7 Points Estimés la valeur moyenne par rapport à la qualité de leur effectif cette année-là, on se retrouve avec un Indice Entraîneur de 84,5 (42/49,7*100).

 

 

Les résultats

Ces données laisseraient donc supposer que Guy Lacombe, l’entraîneur de l’époque, n’a pas su tirer le maximum de l’effectif à sa disposition ce qui a, en partie, été contre-balancé par les qualités de finisseurs de l’équipe cette année-là – avec 57 Points Estimés une fois le talent individuel pris en compte. En utilisant cette méthode, voilà le classement pour la saison dernière (pour les entraîneurs avec au moins 10 matches):

 

 

Quelques remarques sur les résultats qui peuvent sembler étonnants :

 

• Claude Puel, premier de ce classement: Nice a terminé à la onzième place avec 48 points mais le modèle les évalue à 58 Points Estimés, ce qui est largement au-dessus de leur Goal Impact qui était le plus faible de ces six dernières années.

 

• Marcelo Bielsa et sa deuxième partie de saison délicate: l'Argentin semble avoir fait ce qu’il pouvait avec son effectif car, avec 86 Points Estimés contre seulement 69 points réels, on peut dire qu’il a été assez peu chanceux de ne pas qualifier Marseille en Ligue des champions.

 

• Antoine Kombouaré, lanterne rouge: Lens a terminé loin de la dix-septième place mais a manqué de chance dans certains matches, en plus d’avoir à sa disposition le troisième effectif le plus faible depuis 2009/10 selon Goal Impact.

 

• Hubert Fournier, deuxième du championnat: Lyon a passé une partie de la saison à parler de la possibilité du titre mais les chiffres ont du mal à créditer le technicien pour cela. Lyon a en effet plutôt profité d’une réussite exceptionnelle devant, notamment d'un duo Lacazette/Fekir ultra efficace (le premier présente un taux de conversion "hors norme"), et d’une part de chance.

 

• Laurent Blanc, qui tourne autour de la moyenne: il est dur de juger l’entraîneur d’une équipe qui a largement le meilleur effectif du championnat mais on pourrait ainsi penser que le titre aurait pu être obtenu plus facilement... comme cela pourrait bien être le cas cette année.

 

• Largement dernier du classement, Claude Makelele n’a tenu que 12 matches avec Bastia et aura forcément un peu de mal à retrouver un bon poste dans un futur proche. Attention cependant à la taille de l’échantillon.

 

Ces chiffres n'apportent pas de réponse définitive mais, en prenant en compte plusieurs valeurs marquantes (la qualité du PSG, la faiblesse de Lens, l'exceptionnel taux de conversion des attaquants lyonnais) et en jugeant la qualité d'un technicien sur la création d'action plutôt que sur le résultat brut, elle offre une autre lecture. Qui, forcément, avantagera par exemple un Marcelo Bielsa qui demande beaucoup à ses joueurs – lesquels, fatigués, auront un peu moins de lucidité au moment de conclure. Ce n’est que le début de la réflexion et l'idée est désormais de regarder si l’apport d’un entraîneur, selon cette méthode, se stabilise après un certain nombre de rencontres. Si oui, trente-huit matches est-il suffisant pour juger un entraîneur? Et est-ce que les chiffrent évoluent avec l’expérience? Plein de pistes à suivre pour tenter d'analyser, d'une autre manière et en toute modestie, les performances de ceux qui vivent le foot depuis le banc.

 

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