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Rémi Belot

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Revue de Stress #65

Paz and love

La ville de La Paz, en Bolivie, abrite l’un des stades les plus hauts du monde. Il accueillait mi-mars une rencontre de Copa Libertadores entre les locaux de Bolívar et Boca Juniors. Reportage.

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Jeudi 10 mars 2016, 12h30. Une pluie fine et continue s’est abattue toute la matinée sur la capitale bolivienne. Des rivières de flotte ont ainsi dévalé le long des rues de cette étrange cité bâtie à flanc de montagne et composée de trois couches successives, situées à 3.300, 3.600 et 3.800 mètres d'altitude environ.

 

Au milieu du sandwich urbain: le centre-ville. Autour de trois pâtés de vieilles bâtisses coloniales délabrées, c'est un enchevêtrement de rues étroites en pente raide que de vieux bus colorés des années soixante tentent tant bien que mal de gravir dans un nuage de microparticules. Plus bas, au fond de la cuvette, la "Zona sur". On l'atteint au bout de quatre ou cinq kilomètres par une unique route qui serpente en descendant à flanc de montagne.

 

 

Ici, changement de décor: le bordel ambiant laisse place à de paisibles zones résidentielles, succession de larges voies plantées de palmiers et plantes méditerranéennes, de rues commerçantes garnies d'enseignes espagnoles ou américaines et de restaurants de cuisine internationale. Enfin, tout en haut, logiquement: El Alto. Une énorme banlieue populaire, qui squatte les sommets de la cité et déborde très largement sur l'Altiplano, ce haut plateau à quasiment 4.000 mètres d'altitude qui traverse tout le pays jusqu'à la frontière avec le Pérou. Collées les unes aux autres, des maisons de parpaing construites à la va-comme-je-te pousse abritent des centaines de milliers d’Indiens Aymara. De quoi filer des boutons à tout spécialiste français du droit de l'urbanisme.

 

 

Puestos et coussinets de polystyrène

Au total, plus d’un million d’habitants résident dans la mégalopole andine, dont une énorme partie est complètement dingue de foot. Car si la Bolivie n’a jamais fourni de grande star du ballon rond, à l’inverse de la plupart de ses voisins latinos, la passion est là, et bien là. Il suffit pour cela de regarder autour de soi: il est à peine 13 heures et les foules ont déjà envahi les abords du vieux stade Hernando-Siles, squattant les puestos de street-food installés à chaque coin de rues ou patientant tranquillement devant les portes de l’enceinte, qui ne doivent ouvrir que six ou sept heures plus tard. Çà et là, comme autour de tous les stades de la planète, des vendeurs de maillots, d’écharpes, de bonnets et autres gadgets aux couleurs des équipes locales. Mais ici, on trouve aussi des fournisseurs de coussinets de polystyrène: pour deux ou trois bolivianos (cinquante centimes d’euros), l’assurance de voir la partie "confortablement" assis, autrement que sur les râpeux gradins en ciment.

 

 

Anneau de béton sur deux niveaux, l'enceinte est posée sur l’un des rares espaces plats de la ville, coincé entre des tours de quinze ou vingt étages et culminant à 3.601 mètres d’altitude exactement. Comme beaucoup d’enceintes boliviennes, il a par ailleurs le défaut d’abriter une piste d’athlétisme. Quelques mètres de tartan et autant de distance entre les hinchas, les supporters locaux, et la pelouse. Mais qu’importe: la nuit venue, les cris des virages porteront largement d’une tribune à l’autre.

 

 

Ville bleue

Il faut dire que ce soir n’est pas n’importe quel soir: c’est la quatrième journée de la Copa Libertadores, l’équivalent sud-américain de la Ligue des champions. Et Bolívar, l’un des deux grands clubs de la capitale, qui s’est brillamment qualifié pour la compétition en remportant à la fois les tournois d’ouverture et de clôture de la saison précédente [1], accueille le Boca Juniors de Tevez et Gago.

 

Dans les calles de La Paz, la ville est bleue. Bleu azur, comme les maillots de l’Academia, le petit nom du club bolivien. Ou plus foncé et bardé d’or, comme les tuniques de la formation argentine. Les hordes bleu et jaune ont d’ailleurs débarqué de Buenos Aires le matin même, après plus de quarante-huit heures de bus. Pas de quoi les épuiser pour autant: ils ont d’ores et déjà commencé la partie, hurlant, sautant, et trimbalant fièrement leurs couleurs dans les rues de la ville, avant de débarquer par vagues devant le parcage visiteurs.

 

 

Ici c’est Bolívar

19h15, les portes du stade sont ouvertes depuis plus d’une heure. Le match ne débute qu’à 20h30, mais l’enceinte est déjà quasiment pleine, y compris en latérales. On a bel et bien franchi un océan. Le décor est planté: des banderoles sont accrochées aux grillages et de longues bandes de tissus, ciel et blanches, survolent la partie basse de la tribune. Ici, c’est Bolívar.

 

 

Difficile de se frayer une place dans le virage, chaque groupe ultra ayant pris position, stratégiquement, dans son coin de tribune. La foule est dense, mixte – pas mal de jeunes filles peuplent les gradins, et même quelques très jeunes enfants – et déjà bouillante. Partout, ça bondit, ça crie, ça chante et ça siffle. Un groupe de musiciens, cinq ou six cuivres et des percussions, est planté là, au cœur des gradins, lançant les premières notes des chants du virage, qui sont rapidement repris en cœur par l’afición. De longues minutes à s’égosiller, sans jamais s’arrêter ou presque, de l’échauffement des deux formations jusqu’au coup de sifflet final.

 

Et côté ballon? Pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les ex-stars "européennes" sont transparentes, Tevez traînant sa nonchalance et Gago ses approximations quatre-vingt-dix minutes durant. Malgré tout, deux éclairs dans la nuit: un missile du milieu Bolivien Erwin Saavedra qui finit dans la lunette d’Agustin Orión, le gardien porteño, au cœur de la première période; le coup-franc de Federico Carrizzo, à l’ultime seconde du temps additionnel, qui vient crucifier des Ciel et Blanc devant alors renoncer, in fine, à la place de leader du groupe 3. Pas de quoi, pour autant, faire taire Hernando-Siles, une fois passées les deux ou trois secondes de stupeur suivant l’égalisation.

 

"Somos la banda loca de la Academia,
La que sigue Bolívar dónde juguemos,
La que daría la vida por los colores,
Hay que ganar la Copa Libertadores, Libertadooooores"
[2]

 

[1] En Amérique du sud, le championnat est découpé en deux phases distinctes, désignant deux vainqueurs.
[2] "Nous sommes les cinglés de l’Academia / Ceux qui suivent Bolívar partout où il joue / Ceux qui donneraient leur vie pour le club / Il faut gagner la Copa Libertadores"

 

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