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Un râteau en Espagne

Pauvre arbitre

Tribune des lecteurs – La haine de l’arbitre, professée par tout ce que le football compte de professionnels et d’amateurs à l’occasion de ce Mondial, exprime une immense tristesse: celle du jeu trahi par ceux qui devraient le célébrer...
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Etant arbitre, tendance foot du dimanche, je prends acte de la tendance actuelle: "On va droit dans le mur et cette Coupe du monde va se terminer et décider de sa destination sur une erreur arbitrale". Je suis le premier à reconnaître qu'on en prend dangereusement le chemin...
Sont pas sereins les collègues. Et comment le seraient-ils? Chaque décision est contestée, analysée, critiquée. Et, cette année, la FIFA n'a sorti aucune règle "écran de fumée" pour détourner l'attention de médias trop occupés à disséquer (sans connaissances) les décisions pour s'interroger sur la pauvreté du jeu de pas mal d'équipes. Pas de lancement en grande pompe du troisième remplacement comme en 1994 (soit dit en passant, sans doute la règle la plus rapidement détournée). Pas de faute grossière comme en 98 (Si vous ne savez pas ce que c'est, cette règle a été rebaptisée "tacle par derrière interdit" par TF1 quand ils ont vu les oreilles de Thierry Rolland fumer alors qu'on tentait de lui expliquer). Pas de zut rageur lancé à la face du maudit plongeur ou tireur de maillot comme en 2002.


Rien pour le génie
Le jeu, le vrai, le pur, celui qu'on retrouve dans la publicité José+10, celui d'instinct et de risque, celui qui a amené autant d'argent dans le football, on ne l'a vu que par moments, tellement rares qu'on en parle presque pas. Ce sont, par exemple, les buts de Joe Cole ou de Maxi Rodriguez. Ceux-là, dans les émissions dominicales, c'est peanuts, un live et deux ralentis juste accompagnés d'un commentaire dithyrambique et braillé. Pourquoi ne passe-t-on pas vingt minutes d'une émission à disséquer ce geste sous toutes ses coutures? Il le mériterait pourtant!

Là est la vraie utilisation de la vidéo dans le foot. Pas pour systématiquement tomber sur les arbitres, mais surtout pour (re)montrer à nous autres, pauvres clampins de quatrième série de district pourquoi on joue (ou on a joué) au foot et pourquoi on s'embrouille avec nos compagnes pour regarder un Wasquehal-Bastia un lundi soir. Parce que ce genre de geste, on peut le retrouver à tous les niveaux. L'éclair de génie (il peut être individuel, tendance Brasil, collectif, tendance Argentina, et même défensif, tendance Ashley Cole hier), c'est ça le foot! C'est ce moment magique du geste parfait, la fierté du spectateur d'avoir simplement assisté à ce moment. Et on a tant cherché à mentaliser, tacticiser, technologiser le ballon qu'on l'oublie. Pire, ce sont les joueurs et entraîneurs qui l'ont oublié en premier.


« Au milieu de cette tristesse, vous souhaiteriez voir un mec en noir être comme un rayon de soleil éclairant le brouillard dans lequel le foot est plongé? »


Dépassés par l’enjeu
Alors, il reste un clampin (grassement payé, convenons-en) au milieu de ce bordel. Un mec qui est et sera de plus en plus dépassé par l'enjeu (pas par le jeu). Parce qu'on a beau dire que tout va de plus en plus vite, le gars arrive à suivre, car il s'entraîne comme un malade (il est payé pour ça). Ce type a surtout la fâcheuse habitude d'être de mauvaise foi, d'autant plus qu'il est un vrai empêcheur de tourner en rond.
Le pire, c'est encore lorsqu'on assiste à un match où ni l'une, ni l'autre des équipes ne souhaite jouer. Les deux ont pété les plombs, laissé leur imagination au vestiaire: seule la victoire compte, quelle que soit la bassesse à laquelle il faut tomber. Au mieux, ça donne un arbitre qui parvient à sauver ce qui peut encore l'être (Italie-USA). Au pire, ça donne des mecs encore plus cons qu'ils ne l'étaient avant le début de la distribution de cartons et ça devient ingérable (Australie-Croatie ou Pays-Bas-Portugal).

Surtout, ce que je vois, c'est un football triste, d'une tristesse infinie depuis qu'on trouve normal qu'un joueur touche dix ans de salaire d'un ouvrier en une semaine, depuis qu'il est normal de penser argent avant challenge sportif, club avant équipe nationale, tactique avant technique, défense avant attaque, récupération du ballon avant utilisation de celui-ci, depuis qu'il est normal qu'un président de club puisse impunément, aux frais de la princesse, sous couvert d'obscures fonctions faire son marché au moment où les joueurs devraient penser ballon. Et, au milieu de cette tristesse, vous souhaiteriez voir un mec en noir être comme un rayon de soleil éclairant le brouillard dans lequel le foot est plongé? Comme un chevalier blanc sur son fidèle destrier (la vidéo), sauvant notre sport à coup de spectaculaires penalties. On délire, là.


Haine de l’arbitre
Moi, je la vois la tristesse. La tristesse du Corbeau, devenu Canari, voire Perroquet bariolé parce que les équipementiers se sont rendu compte qu'eux aussi pouvaient raquer dans les Décathlon ou Go Sport. Que de noms d'oiseaux pour lui! Pendant ce temps, on voit bien dans cette CdM que le seul oiseau que l'arbitre voudrait être, c'est une autruche. Ah, se planquer pour ne pas voir ce merdier... Petit exemple : la France passe en huitièmes en jouant un football, ma foi attrayant contre le Togo. Et la seule chose dont mes potes me parlent, c'est: "Alors, il était hors jeu ou pas Trezeguet?" L'Allemagne est emballante, voire ébouriffante de volonté offensive, d'envie de marquer des buts et la seule chose que j'entends, c'est : "Quand même, le pays organisateur est bien protégé par l'arbitrage".

Je sens le commentaire qui se prépare : "Oui, bah, quelle légitimité peut avoir un arbitre de la France d'en-bas, même pas assez vieux pour regretter les glorieux temps anciens, à critiquer le jeu et les joueurs?" La même que celle de Franck Leboeuf parlant des arbitres. Avec son expérience, son palmarès, sa finesse et ses compétences présumées, qu'a-t-il à nous apprendre de ce jeu de football dont il a été un honnête soldat? Sans doute beaucoup de choses, me dis-je, enfant aux yeux et oreilles grands ouverts que je suis. Il va m'apprendre à réussir mes contrôles, mes passes, m'expliquer comment ça marche, parce que lui SAIT. Eh non. La seule chose qu'il a à apporter, c'est la haine de l'arbitre, celui dont on sent que chaque carton qu'il a reçu est comme une marque au fer rouge dans sa chair. Une haine dont on sent le côté viscéral, à tel point que, parfois, c'est même Thierry Roland qui doit le calmer. Le pire, c'est qu'il a appris les règles, le bougre! Malheureusement, il n'a retenu qu'une ligne sur deux (en fait, la ligne qui lui permet de dire que l'arbitre est mauvais).


« On a les mêmes chaussures que Ronnie, le même rasoir que Beckham, la même assurance que Zizou, mais surtout, on a le même bouc-émissaire! »


C’est quand le bonheur?
Face à ça, que voit-on? Comme les joueurs qui se sont battus depuis des années pour être présents à ce rendez-vous et sont maintenant pour beaucoup éteints par l'enjeu, on voit des arbitres tristes à en pleurer. Des gars qui ont perdu la flamme quelque part, qu'on sent de moins en moins amoureux de foot et de plus en plus obnubilés par l'erreur qu'ils pourraient commettre. Je n'ai presque pas vu d'arbitre sembler heureux d'être sur le terrain, de participer à ce que le sport fait de mieux. Je n'ai pas vu beaucoup de joueurs heureux non plus. La colère est mauvaise conseillère. La tristesse l'est tout autant. Parce qu'une personne triste n'est jamais sereine.
Le pire, c'est que du haut des montagnes de millions, on ne se rend pas compte que leur tristesse se répand à tous les niveaux. Et qu'elle se transforme en haine, en violence. On n'est pas assez bon pour reproduire ce qu'on voit (rarement) à la télé, mais on a un point commun avec les pros. A défaut d'avoir leur compte en banque, on a les mêmes chaussures que Ronnie, le même rasoir que Beckham, la même assurance que Zizou, mais surtout, on a le même bouc-émissaire! Quel bonheur que pouvoir enfin se comparer à nos idoles! Et, tant qu'à faire, autant les surpasser dans la violence, si on ne peut le faire dans la technique. Pendant que joueurs, entraîneurs, présidents professionnels se contentent de lamentations verbales, les amateurs cognent, bousculent et insultent quasiment en toute impunité.

Petit exemple : dimanche 18 juin, la France se passionne pour le but non accordé à Vieira et se plaint de l'absence de réaction des joueurs sur le coup. Manque de caractère, entend-on. Heureusement, dans le même temps, des joueurs amateurs du Nord savent encore faire preuve de ce caractère : deux penalties contre eux, deux joueurs exclus. Le deuxième qui a vu rouge revient sur le terrain avec des potes à lui (ceux qu'on appelle les pseudo-supporters) et cogne sur le trio arbitral. Le lendemain, dans la presse, c'est d'une part les lamentations sur ce France-Corée ; de l'autre, c'est le Président du club fautif se permettant des commentaires d'un autre âge: "Le responsable, c'est l'arbitre et sa partialité..." Curieux, les parallèles qu'on peut faire parfois...
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