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Baptiste M.

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Revue de stress #111

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La tectonique des transferts

Pastore ou l'élégance, fille de la paresse

Portrait de Javier Pastore en Évariste Galois – Le milieu du PSG divise les observateurs, qui le divisent à leur tour en deux Pastore... alors que son talent et son indolence ne font qu'un.

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Tout enseignant connaît par expérience la difficulté de noter un travail. Comment noter une démonstration mathématique rondement menée qu'une simple erreur de calcul rend fausse, ou un résultat correct obtenu comme par chance au terme d'un raisonnement insatisfaisant? Tel est le dilemme que doivent vivre les commentateurs et journalistes sportifs à chaque match du Paris Saint-Germain, au moment d'attribuer une note, et surtout une seule, à la prestation de Javier Pastore.
 

Deux sur dix, au vu de toutes les passes immanquables qu'il a ratées, et qui ont mis toute l'équipe en danger? Ou huit sur dix, pour la splendide passe décisive, ou pour le but tout en finesse qui ont permis de l'emporter? La pire des options serait la moyenne, le terne cinq sur dix, qui est bien la seule note que Pastore, tout à fait transparent ou tout à fait brillant, n'ait méritée en aucun moment.
 


Deux Pastore ?

Les journalistes s'extirpent du dilemme classificatoire par une théorie, la sempiternelle théorie des deux Pastore. "Une fois encore, répètent-ils en boucle, nous avons vu ce soir deux Javier Pastore: celui qui rate l'immanquable et celui qui réussit l'impossible". Mais c'est peut-être attribuer à l'objet d'étude une antinomie qui n'existe en réalité que dans l'œil et dans la pensée de l'observateur lui-même [1]. Accuser d'incohérence le joueur qui échappe aux facilités de la notation, c'est le moyen le plus économique de nous épargner toute remise en cause des présupposés de la notation elle-même. On a donc imaginé un Pastore déchiré entre deux personnalités, dont l'une, le talentueux Pastore, ne pourrait pas éclore tant qu'elle serait grevée par l'autre, le Pastore indolent.
 

La théorie porte en réalité à faux, tant les deux faces du personnages alternent au cours d'un même match. Mais le plus surprenant est que les journalistes ont fini par en convaincre le joueur lui-même, qui a fini par se reconnaître un double régime et promettre de travailler pour acquérir davantage de constance.
 

Bien sûr que Pastore est parfois éteint, bien sûr qu'il est parfois étincelant. Mais qui nous dit que ces deux Pastore sont bien deux facettes différentes de sa personnalité? Le premier Pastore – le Pastore nocturne – est un joueur qui se fatigue peu, et qui, lorsque la motivation manque, ne cherche pas le moins du monde à le cacher. Pourquoi se fatiguer à réussir ses passes quand le match ne l'intéresse pas? Il se contente de faire acte de présence, fournit un minimum d'effort. Mais le second Pastore – le Pastore diurne – est-il vraiment différent?
 

Il n'est pas de ceux qui marquent des buts à pleine puissance de l'extérieur de la surface. Il est plus à l'aise avec les petites cloches au-dessus du gardien, les extérieurs du pied, les petits ponts, les talonnades, les coups du foulard – autant de coups qui ne demandent pas de grands efforts physiques, mais simplement de la malice et surtout de la présence d'esprit. Des coups de fainéant, en somme: pourquoi s'épuiser par des gestes puissants quand un geste malin suffit? L'intelligence est souvent fille de la paresse.
 


Javier Pastore en Évariste Galois

Le style de Pastore ressemble à celui de mathématiciens comme Évariste Galois (1811-1832), qui n'aiment résoudre un problème que si l'on peut le faire en deux coups de cuiller à pot, et dont la paresse intellectuelle est telle qu'ils préfèrent inventer des outils nouveaux, légers et élégants, plutôt que s'embourber dans des calculs bureaucratiques où les idées se perdent et ne cèdent la place qu'à l'ennui.
 

 



 

L'examinateur de Polytechnique qui interrogeait Galois sur des questions trop scolaires et trop myopes en resta pour ses frais, un torchon à craie jeté au visage: Galois ne cède rien à la facilité. Son biographe Paul Dupuy parle avec tendresse des "marques de lassitude et de dégoût pour le travail scolaire" qu'il a tôt exprimées, et dont la description pourrait être transposée telle quelle aux matches de Pastore: "Ses allures parurent des plus bizarres à son maître d'études: si le sujet d'un devoir lui déplaisait, il le bâclait ou s'en dispensait ; pour les leçons, point de milieu: ou très bien sues ou pas du tout". Inversement, Galois aurait tout à fait pu tenir ces propos de Pastore: "Je préfère être irrégulier et faire de très bonnes choses parfois que d'être régulier dans l'ombre, sans faire de choses remarquables".
 

Les journalistes de L'Équipe apprendront peut-être avec joie qu'ils partagent un principe avec les examinateurs de Polytechnique: celui selon lequel toute personne qui nous renvoie à la figure l'ineptie de nos critères évaluatifs doit être sanctionnée en conséquence. Les examinateurs de l'X ont peut-être vu deux Galois, le brillant et le mat. Le biographe Paul Dupuy montre autrement plus de finesse en n'en voyant qu'un seul. Car c'est bien par paresse que Galois opte pour l'élégance, par ennui qu'il se résout au génie. Dans le génie comme dans l'ennui, il n'y avait qu'un seul Galois.
 

Il n'y a donc deux Pastore que pour ceux qui ne peuvent en voir l'unité. Ce n'est pas malgré sa paresse mais bien par elle que Pastore est élégant. Plutôt que de lui reprocher les défauts de ses qualités et de rêver d'un Pastore futur, on serait bien mieux avisé de reconnaître dès aujourd'hui que c'est à ses défauts que l'on doit son talent.
 


Vous aussi, Javier Pastore vous fascine?
"Et au milieu coule un Javier"
"Pastore : une question de point de vue"
"In bed with le PSG : J. P."
 


[1] C'est ainsi que Ptolémée a imaginé les épicycles des planètes plutôt que d'attribuer leurs trajectoires apparemment erratiques à son propre mouvement.

 

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