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Clément Jumeau

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Double jeu à la française

Passeport Vahid

Il y a visiblement un pilote dans l'avion du PSG. Et s'il ne vole pas tout à fait droit, le pilote a préparé son parachute bien avant l'embarquement. Jamais Halilhodzic ne bat sa coulpe, toujours il se disculpe…
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De club en club, Vahid Halilhodzic promène le même discours, la même complainte, un refrain qui vise à le faire passer pour l'homme de l'espoir, mais aussi pour un pauvre bougre dont les moyens trop limités ne suffiront pas à assouvir les ambitions des supporters. Dans sa communication d'avant saison (ou d'avant reprise de club), l'ancien buteur veille toujours à se disculper de l'échec par avance. Ainsi à Lille, où malgré une belle saison, il a préféré tout laisser tomber puisqu'on ne lui donnait pas les moyens humains de monter encore plus haut. À Rennes, il a carrément descendu son prédécesseur Philippe Bergeroo, avant de déclarer que le club était au bord du gouffre avec un pied en L2, logorrhée qui a moyennement fonctionné en définitive, puisque si le club n'est pas descendu, il n'a pas non plus flambé comme pouvaient l'espérer les Pinault père et fils. Qu'espère donc nous faire croire le seul entraîneur capable de faire passer Coco Suaudeau pour un joyeux drille? Des mots, encore des mots, rien que des mots Vahid Halilhodzic est un bon client pour la presse, comme a pu l'être son prédécesseur sur le banc de touche parisien. Inutile de trop en demander, le coach vous éclairera de sa prose sèche, vous fera rire, trembler et au besoin espérer. Pour l'acerbe Bosniaque, l'avenir est toujours devant, mais il n'est jamais rose. Son but semble d'inviter les gens à le plaindre, jusqu'au moment crucial où il sera considéré soit comme un martyr, soit comme un sauveur. Tactiquement, c'est d'une logique implacable. Il devient ainsi impossible au premier abord de le détester, de le prendre pour un entraîneur moyen. Il assure. Et pourtant, si l'on peut croire naïvement qu'en effet Vahid Halilhodzic est le dindon d'une farce énorme, qu'il mérite un soutien populaire hors normes, il n'a finalement guère réussi en dehors de Lille depuis son départ. Croyant en sa bonne étoile, il était tellement convaincu qu'il parviendrait à prendre les commandes d'un immense club qu'il a dû sérieusement déchanter lorsqu'il n'a finalement eu que de "petits" Rennais à prendre en mains. Premier gros échec dans une carrière qui ne décolle sans doute pas aussi vite qu'il le pensait. Qui va au clash perd sa place Sa cote de popularité n'a pas encore fondu, il reste le pittoresque "coach Vahid" pour les supporters et les journalistes spécialisés. Son attitude intransigeante reste une armure quand son discours commence à faire sourire. Jérôme Leroy en fait les frais, comme Lamine Diatta à Rennes avant lui. Il lui fallait un bouc émissaire pour l'exemple, il est tout trouvé. Leroy a le désavantage de ne pas être aussi doué que Ronaldinho, d'être un ami de Luis Fernandez, et d'avoir joué à Marseille. L'homme idéal par conséquent dès qu'il s'est agi de trouver un premier grain de sable dans la roue carrée du PSG. Personne ne peut défendre un tel cas, pas même ses coéquipiers, tous muets, tous frileux à l'idée d'agir contre le MC solaire. Qui va au clash perd sa place. C'est la règle, tout le monde est content, les supporters, qui voient partir un pion pas totalement indispensable, les joueurs qui récupèreront un yaourt de plus à la cantine (et qui n'auront plus à risquer leur poste pour un mot échangé avec Leroy sur les pompes du mec aux cheveux grisonnants qui hurle au milieu du terrain), les dirigeants pour qui rien n'est pire en situation de crise que l'inactivité — ça leur permet de justifier leur responsabilité —, pour le coach qui passe pour celui ayant fait bouger les choses dans ce marasme impénétrable… Peu importe la méthode pour parvenir à ses fins. But dans les arrêts de jeu Le PSG n'est pas Lille, Vahid Halilhodzic ne recevra sans doute plus très longtemps les doux baisers des supportrices comme au bon temps du LOSC, s'il ne trouve pas la bonne recette. Pour l'instant, fidèle à sa réputation, il critique les joueurs, promet des entraînements sévères, affirme que son intransigeance est nécessaire à l'épanouissement psychologique du groupe. Pas encore de grosse claque donc, mais une constante tendance à installer un climat tendu pour assurer le respect entre lui et ses hommes — ou plus précisément de ses hommes et du public envers lui. Sa majesté Vahid a de beaux jours devant lui s'il parvient à réussir avec comme solution à la débandade parisienne un soupçon d'inhumanité. Refera-t-il le coup du LOSC et de ces matches maîtrisés en défense, terriblement frustrants pour les adversaires puisqu'ils se terminaient souvent par un but en force dans les arrêts de jeu? Le problème, c'est que les arrêts de jeu approchent et que le buteur ne s'est que moyennement réveillé. Artur Jorge, reviens?.. De Didier Deschamps à Alain Perrin en passant par Guy Lacombe, la Ligue 1 recense désormais un bon nombre de ces managers indomptables et ultra rigoureux. On n'est plus là pour s'amuser, mais pour bosser, bosser, bosser. Terminées les parties surprises. Mais Vahid Halilhodzic est en passe de devenir le plus fort en matière de communication auto-dépressive et auto-dépréciative. La preuve, on n'entend pratiquement plus Guy Roux...
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