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Pierre Martini

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Partir quand même

Paul Le Guen quitte Lyon, en dépit de tout ce qui pouvait l'y retenir... Parcourons cette tangente inattendue, en guise d'hommage à un homme moins lisse que son image.
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Plutôt que d’un départ en queue de poisson, il faudrait plutôt parler de pied de nez. Alors qu’il se trouvait dans une position que n’importe quel entraîneur français pourrait lui envier, Paul Le Guen a décidé de quitter un club avec lequel il vient d’être champion pour la troisième fois consécutive, un club exempt de crises, bien géré, qui a encore des perspectives évidentes de progression, et au sein duquel son autorité ne fait aucun doute... La diagonale du raisonnable Il part quand même. Sans toucher les substantielles indemnités de licenciement auxquelles ont droits ses homologues moins heureux. En honorant son contrat jusqu'à son terme, phénomène surréaliste dans le football moderne. La démarche est-elle pour autant irrationnelle? On peut déjà en douter en constatant simplement que Paul Le Guen incarne la raison et la mesure dans un monde où le contraire est la norme... En attendant que l’ancien Brestois détaille un jour — s’il le décide, ce qui est douteux — les raisons de ce départ, on peut toujours avancer nos propres explications sur ce geste qui défie pourtant l'exégèse. Il y aurait certes une interprétation très prosaïque, voire un peu désenchanteresse: la sollicitation encore secrète d’un grand club européen, qui lui offrirait de franchir un palier dans ses ambitions sportives. Mais même dans cette hypothèse, on peut encore se demander pourquoi il préfèrerait le risque d’une expérience entièrement nouvelle dans un milieu hostile, à un maintien bien moins risqué mais pas moins motivant d’au sein d’un OL en pleine croissance. Car on ne peut même pas dire que Le Guen se retire, tels certains grands joueurs, au faîte de sa réussite. D'abord parce qu'il a encore sa carrière devant lui, ensuite parce qu'à Lyon, l'accomplissement serait un titre de champion d'Europe — un objectif loin d'être improbable. La nécessité de la remise en cause, le goût du challenge inhérent au monde sportif? Peut-être... Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve En revanche, l'image de la "saison de trop" et de la crainte qu'elle peut inspirer est probablement pertinente... On a souvent évoqué l'expérience traumatique de son débarquement de Rennes, qui aurait durablement marqué l'homme. Celui-ci est suffisamment intelligent pour ne pas céder à la griserie ambiante qui entoure légitimement l’OL aujourd'hui, et croire qu'il serait à l'abri d'un renversement de fortune. Il sait donc que l'entraîneur n'est rien, que ses mérites, un jour reconnus, ne vaudront plus tripette en cas de "crise". Il peut même penser que ce retour de bâton est inéluctable. Pour s'en convaincre, il lui suffirait d'ailleurs de prendre à rebours le fil de son parcours à Lyon. Son premier titre de champion n'aurait été dû qu'aux acquis et à une gestion facile de la continuité. Jusqu'à l'an passé, les commentateurs avisés lui reprochaient de tâtonner durant les premières moitiés de saison, avant de laisser l'évidence dicter son choix d'une équipe-type. Ses options à l'égard de joueurs comme Dhorasoo ou Carrière faisaient causer dans les cénacles et les tribunes. Mais c'est encore son manque présumé de personnalité, son caractère "lisse" (voire docile à l'égard de l'autorité présidentielle) qui faisaient le plus douter de ses mérites. Et que n'a-t-on pas entendu à propos de son choix assumé de la langue de bois, dont il s'expliquait sur ces pages il y a un peu plus d'un an (voir son interview)... Partir en un tel moment relèverait alors de l'intelligence tout autant que de l'auto-préservation. Exception lyonnaise La contradiction de cette éventualité, c'est que l'OL n'a pas pour tradition de virer ses entraîneurs, seuls Guy Stéphan ayant fait les frais d'un limogeage en cours de saison. Les autres techniciens en poste, s'ils durent parfois s'affronter avec Jean-Michel Aulas, purent aller au bout de leurs idées et de leurs désaccords. Le Guen a d'ailleurs voulu surligner un épisode précis de la relation qui l'a uni à son président, celui d'un coup de fil de celui-ci, au lendemain de l'élimination contre Libourne en Coupe de France, elle-même survenant quelques semaines après l'échec face à Denizlispor en Coupe de l'UEFA... Reste l'explication plutôt perfide, lue dans L'Équipe, du poids d'un Bernard Lacombe dont le capital sympathie n'est pas le principal patrimoine. Les mauvaises langues, qui voyaient en Le Guen l'incarnation parfaite d'un club sans charisme ni personnalité, pourraient aussi poursuivre leur procès de l'OL en interprétant ce départ comme un signe que le bonheur n'est pas inclus dans le "mix produit" du club rhodanien... Cette évasion peut effectivement apparaître comme un échec humain pour Aulas, surtout qu'à l'option d'une année sabbatique, son ancien employé a préféré l'officialisation d'une disponibilité immédiate. Les propos de Grégory Coupet dans L'Équipe de lundi étayeraient ce diagnostic d'un manque d'humanité au sein de l'Olympique lyonnais, sorte de limite interne à une gestion par ailleurs exemplaire. "Quand on s'est pris le bec [avec Jean-Michel Aulas] l'an passé, je me suis souvenu qu'il ne fallait pas mélanger les sentiments et les affaires. Je me suis fondu dans cette évolution du club (...) J'estimais qu'ayant bien servi le club, je méritais un dialogue différent, au moins un dialogue (...) Je suis conscient que ça [un départ comme celui de Luyindula] peut arriver parce qu'on est là pour faire du business". Mais la thèse du désenchantement amoureux est-elle vraiment plus valable à Lyon qu'ailleurs? On en doute, tant le cynisme a gagné l'ensemble du monde professionnel, où il voisine fréquemment avec une consternante culture de l'échec... Paul Le Guen a plusieurs fois évoqué les notions d'un cycle qui s'achève, d'un devoir accompli, d'objectifs atteints, laissant également entendre qu'il se tenait ainsi à un engagement intime, pris avec lui-même peut-être dès le début de l'aventure. Il s'offre en tout cas un luxe inouï pour un entraîneur : quitter un club en y étant profondément regretté. En homme libre. N'est-ce pas une raison suffisante, finalement?
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