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Sytchev Lallana

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Le film de la Coupe du monde 2018

Partir en Russie chercher une étoile

L'histoire d'un groupe de supporters partis suivre les deux derniers matches des Bleus. Un doux mélange de chambrage, de football, de rencontres et de jets de bière.

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Vendredi 6 juillet 19 h, Didier et les siens viennent d'en passer deux à l'Uruguay, synonyme de qualification pour les demies, mais surtout, pour nous, de départ en Russie. Les billets conditionnels achetés trois mois plus tôt sans grande conviction deviennent ainsi bien réels pour nous quatre privilégiés. Décollage pour Saint-Pétersbourg via Minsk le lundi suivant. Dès notre arrivée, nous nous plions au rituel de la remise du FanID et du retrait des places. Le précieux sésame en poche, notre Coupe du monde peut réellement commencer.

 

 

 

 

Tête d'Umtiti et sérénité

En direction du Krestovski, nous croisons quelques Argentins que nous saluons au son de Messi Ciao. En retour, quelques sourires, de nombreux chants contraires, et surtout un geste pointé vers les deux étoiles surplombant leur blason. Les supporters brésiliens n'échappent pas à nos roulades et aux chants mettant en doute la vertu de Neymar. En retour, des sourires et des Russes hilares. Lorsque rarement nous provoquons un début de colère chez des représentants de ces deux camps, mon maillot de l'OM et les souvenirs de Heinze, Lucho ou la présence de Luiz Gustavo et Ocampos détendent immédiatement l'atmosphère, et nous finissons par chanter ensemble et échanger nos breuvages à défaut d'accepter d'échanger nos maillots.

 

Les nombreux Belges croisés sur notre route reçoivent des "rentre chez toi, ta mère a fait des frites", mais la plupart d'entre eux feignent d'ignorer (ou sont tout simplement Flamands). Aux abords de l'enceinte, nous entonnons quelques chants improvisés sur les joueurs français, notamment un dédié à Tolisso sur l'air de Santiano, mais celui qui fait le plus fureur reste Sytchev Lalala, on ne se refait pas. Le match peut commencer. Nous sommes peu nombreux et noyés au milieu de Belges venus en nombre, de Brésiliens et de Russes. Mais dans le stade, c'est nous que l'on entend le plus, certes bien aidés par la barrière de la langue au sein du plat pays.

 

Placés en bas du virage, notre vue est imprenable sur le but d'Umtiti. La joie est aussi grande que la confiance, tant cette équipe parait imprenable, et le reste du match est anecdotique à mes yeux. Avec des supporters lyonnais et marseillais, nous tournons dos au match comme des capos et essayons vainement, mais dans la bonne humeur, d'enrichir le répertoire des Irrésistibles. Le deuxième billet conditionnel est validé: deux jours plus tard, nous serons à Moscou.

 

 

 

 

En route pour la finale

Dans la capitale, la chaleur est étouffante. Le paysage des cathédrales, mosquées et synagogues aux airs de cornets de glace nous réjouit, et nous profitons d’une nuit blanche moscovite. Le matin de la finale, maillot de Patrice Évra sur le dos et de Florian Thauvin en écharpe, nous croisons Clément d'Antibes et Francis Lalanne sur la Place Rouge. Nous évitons le cortège français et préférons réaliser le trajet de notre côté. Nous étouffons dans le métro et quelques Russes francophiles reprennent en chœur nos chants à cet égard. Je sens une vraie communion avec le public russe, nous nous amusons ensemble de l'entrée expresse de la police dans la rame. C'est un jour spécial, nous finissons par entonner quelques "Russie Merci".

 

À la sortie, le soulagement de quitter ce four est de courte durée, tant la présence massive des Croates nous impressionne. Toujours est-il que c'est du foot et pas du water-polo: la confiance revient, nous entonnons à nouveaux nos chants, reprenons nos roulades à la croisée des Auriverde, et nos "Messi Ciao" face aux Argentins. Una sola estrella, por el momento hermanos.

 

 

Déluge de bières

Toujours en virage, j'arrive trop tard pour échanger à nouveau mon regard avec celui de Florian Thauvin. Je reconnais quelques visages présents à nos côtés lors de la demie, nous paraissons plus nombreux mais sommes littéralement noyés au milieu des damiers. Le premier quart d'heure est une souffrance, nous étouffons, je n'en peux plus de chanter les "Français allez", de voir Lloris et Varane repousser les assauts des Vatreni, jusqu'à ce que de l'autre côté un but soit marqué. Par qui, comment, peu importe, nous n'avons rien vu mais nous explosons, j'embrasse une fille derrière moi, son copain est hilare, j'embrasse le front d'un enfant, ses parents sont hilares.

 

J'assiste aux premières loges au superbe but croate et je reconnais me délecter de sa perfection. Le silence plombe quelques instant le kop français, mais comme moi, au fond, personne n'est inquiet. Nos trois seuls chants communs reprennent de plus belle et je prends pour la première fois plaisir à les entonner tellement j'ai envie que Lloris entende notre ferveur – mais aussi, je crois, pour les remercier, et leur faire prendre conscience si besoin, que ça y est, on y croit nous aussi. Finalement, la vérité du terrain a une nouvelle fois fini par parler et c'est sereins que nous profitons de la mi-temps.

 

Je fais une photo avec un supporter du PSG qui brandit son maillot Matuidi tandis que je brandis celui de Thauvin, il plaisante sur mon flocage Evra et l'on se donne rendez-vous à la rentrée, pour aller chasser d'autres étoiles. Trop grisé sans doute, je passe ma deuxième période à repousser d'un revers de la main les assauts croates, je chante avec tout le monde, j'ai un trou noir sur l'action amenant le but de Pogba, je vois simplement le ballon partir et, aux première loges, les filets trembler. Cette fois-ci, ça y est, on est à peine à l'heure de jeu mais je sais que vingt ans après, j’y assiste à nouveau. Je jette ma bière très haut dans le ciel de Moscou, et bientôt ce sont plusieurs litres qui viennent nous rafraîchir, tomber sur nos corps unis.

 

Debout sur mon siège, les bras en croix, mon voisin m’interpelle pour m'en tendre une nouvelle, et je n'ai pas le temps de boire trois gorgées que de nouveau mon verre part dans le ciel russe. La communion est totale, je me retrouve à plusieurs rangs de ma place et de mes amis que je ne rejoindrai que quelques secondes avant le but de Mandzukic. Au coup de sifflet final, pas de larmes, que de la joie. Nous attendons les joueurs qui ne viendront jamais, protocole oblige m'évertue-je à penser.

 

Aux abords du stade, le succès ne sera modeste qu'à destination des Croates que nous applaudirons systématiquement. Car désormais nous les avons, nos dos estrellas. Des TV nous abordent, nous ne répondons à leurs questions qu'en chantant. Direction l'ambassade une nouvelle fois dans la chaleur étouffante du métro, qui résonne aux sons de "Russia Spassiba", sous les applaudissements de Russes de tous âges.

 

 

Vingt ans après...

La "casa bleu" est en fait un piège, la bière y est aussi chaude que l'ambiance peu emballante. Nous la quittons sans regret, et après quelques arrêts remarqués dans des bars de la ville, croisons au bout d’un pont derrière le kremlin un groupe de Russes réunis autour de deux voitures crachant des musiques locales, coffres ouverts et remplis de bouteilles. Quelques "Russia Spassiba" suffisent à nous faire inviter. On parle de Pogba, Griezmann, Golovin, Zidane, Dzyuba, mais aussi Macron, Poutine, Zviaguintsev.

 

On rit, on danse, des Anglais rencontrés deux ans plus tôt à Marseille nous reconnaissent et se joignent à nous, un couple de Péruviens, une Américaine, une Sibérienne et des Brésilens se mêlent également à la partie. La nuit ne fait que commencer, la Subaru Imprezza crache I Will Survive, que nous reprendrons ensemble au moins trois fois.

 

Je passe une soirée exceptionnelle en Russsie avec Evgueni, Viktor, Macha, Ava, Pablo, Sean, Julien, Antoine et tous les autres. Loin de la fan zone, de la casa bleu et des médias, je ne pense même plus à la finale ni au reste de la Coupe du monde, juste à ma tante qui, vingt ans plus tôt, m'avait emmené dans les rues de Toulouse où je passais mes vacances et où, sur ses épaules, je voyais des gens danser, chanter et embrasser mon visage parfois interloqué.

 

Un peu à l’écart, je lui écris que je l'aime, et que je vois à nouveaux ces sourires, ces chants ces rires et ces larmes de bonheur. Dans quelques heures je prendrai l’avion, avec une sacrée gueule de bois, et deux étoiles plein les yeux.

 

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