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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Le complexe de City

Paris et la tentation de Saint-Denis

Si le Parc des Princes ne peut pas être celui des émirs, le PSG va-t-il sceller sa révolution qatarie en déménageant au Stade de France?

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"Nous jouons dans un stade vieux et inadapté", a lancé Leonardo dans une interview à La Repubblica le 19 décembre, relançant les rumeurs et les spéculations sur l'avenir du Parc des Princes, en contradiction avec le président Nasser Al-Khelaïfi assurant, quelques semaines plus tôt, que l'enceinte de la porte de Saint-Cloud "a toujours été et restera la plus belle maison du PSG." Parmi toutes les rumeurs de transferts qui ont concerné le PSG, celui du club au Stade de France serait le plus porteur de conséquences s'il se réalisait. Même si aujourd'hui aucun fait majeur n'étaye cette hypothèse, un faisceau d'intérêts et de circonstances la rendent particulièrement crédible.

 


Émirgration
Les conditions sont idéales pour un déménagement. Le club va profiter de deux saisons qui serviront de test grandeur nature et pourraient permettre d'habituer le public à cette perspective. En outre, avec la dissolution des associations de supporters et la mise à l'écart des Ultras, la principale force d'opposition interne à cette éventuelle mutation est muette. Les motivations ne manquent pas: des recettes supplémentaires (du moins si l'équipe marche sportivement), le prestige d'une enceinte mieux proportionnée aux ambitions des Qataris, une rupture symbolique entre le passé et le New PSG, un ancrage territorial plus ouvert sur la région, dans un département où le Qatar investit dans des programmes d'action sociale et économique auprès des jeunes...
Enfin, s'il est difficile d'évaluer la crédibilité de la rumeur d'une entrée de QSI dans le tour de table du Consortium du Stade de France moyennant d'importants investissements de modernisation, l'idée n'a rien de saugrenue tant elle s'intégrerait bien dans la stratégie d'ensemble des fonds qataris. Et en offrant un club résident au SdF, elle lui épargnerait de devenir un éléphant blanc tout en dispensant l'État de verser sept millions d'euros par an au Consortium [1].

 


Projet initial de rénovation du Parc des Princes pour l'Euro 2016.

 


Une question de taille
Interrogé sur le vif désir de la Ville que le club reste au Parc, Jean-Claude Blanc a semé quelque ambiguïté en conditionnant l'engagement du club: "(...) nous travaillons [avec les équipes de Bertrand Delanoë] pour regarder si cela est possible. On sait que le lieu a ses limites (...) On souhaite respecter l'histoire du PSG mais on a pour ambition de grandir et de faire le match avec les autres pour devenir un grand." (Le Parisien) Même si le directeur général délégué du PSG, qui pilote le dossier, affirme qu'il n'y a pas de plan B et que le retour est bien programmé pour 2015, le problème de la taille est clairement posé. "On construit un grand club à Paris. On est obligé de penser en grand."
Moins de 50.000 places, est-ce assez grand pour le projet qatari, dont les représentants font remarquer que Lille, Lyon et Marseille disposeront de résidences plus vastes? "Une réflexion est en cours et dans quelques semaines viendra le temps des décisions." Dans ce contexte, l'éventualité d'organiser à Saint-Denis le PSG-OM du huit avril ressemble à un ballon d'essai supplémentaire, ne serait-ce que sur le plan médiatique.

 


Faire tomber l'enceinte
Le groupement formé par Colony Capital et Vinci est le seul candidat à l'exploitation du Parc des Princes, que la Ville doit attribuer en échange d'un bail emphytéotique administratif de soixante ans. Il doit, au plus tard en mars, déposer un dossier en accord avec le PSG. Ce dernier devra alors s'engager définitivement, mais les discussions sont tendues: le club aurait manifesté son insatisfaction quand à la seule modernisation – sans réel agrandissement [2] – du Parc, envisageant la destruction de l'enceinte pour en reconstruire une nouvelle de 60 à 70.000 places.
L'option apparaît pourtant bien peu crédible: l'emprise du stade est déjà exiguë, le tissu local très hostile, la Ville y est opposée et la conséquence serait que l'Euro 2016 perdrait un lieu majeur pour la compétition... Difficile de ne pas voir dans cette "hypothèse de travail" un levier de négociation dans un jeu très politique qui implique la municipalité [3], l'État, le club, son ancien propriétaire Colony Capital (encore détenteur de 29% des parts) et son nouveau, ainsi que les groupes Vinci et Bouygues – tous deux actionnaires du Consortium du SdF [4]

 


Nouveau paysage francilien
Sans engagement de la part du PSG, les travaux de rénovation ne seront vraisemblablement pas financés et le destin du Parc des Princes deviendrait très incertain. D'autant plus que le paysage francilien des "grands" stades devrait être profondément bouleversé dans les prochaines années. La Fédération française de rugby va commanditer la construction d'une enceinte de 82.000 places (à Thiais-Orly ou Évry-centre, finalistes), le Racing Metro a lancé celle de l'Arena 92 de Nanterre (32.000 places en 2014), sans compter les équipements de plus petite envergure comme le Stade Jean-Bouin en cours de reconstruction au côté du Parc, le projet de Saint-Ouen pour le Red Star... ou encore le Stade Charléty, sous-exploité.


L'installation définitive du Paris Saint-Germain au Stade de France est très hypothétique à ce jour, mais elle serait d'autant moins surprenante que les nouveaux propriétaires du club semblent déterminés à faire table rase du passé. Pour "faire entrer le PSG dans une nouvelle dimension", peut-être commenceront-ils par le faire entrer au Stade de France. Que ce dernier soit un si médiocre stade de football importera peu.

 

La discussion continue avec "Faudra-t-il sauver le Parc des Princes?" sur Une Balle dans le pied.

 


[1] En raison du contrat absurde signé par le Premier ministre Édouard Balladur entre les deux tours de la présidentielle 1995, garantissant notamment la présence d'un club résident sous peine d'indemnités en faveur de l'exploitant.
[2] Sous la houlette de Jean-Claude Blanc, le Paris-SG chercherait, a minima, à "upgrader" le projet (pour une capacité de 50.000 places), quitte à alourdir l'enveloppe de 100 millions d'euros initialement prévue, tout en négociant une part majoritaire pour QSI dans le groupement qui l'exploitera.
[3] L'Hôtel de Ville a même fait savoir à l'UEFA que si le PSG n'est plus le club résident du Stade de France, il n'y aura pas de "Fans Zones" à Paris durant l'Euro 2016...
[4] Notons aussi que Vinci compte parmi ses actionnaires... Qatar Diar Real Estate Investment Company (lire en fin de l'article de Moustache FC). Un enjeu de la négociation portant sur le loyer que le club résident devrait régler à l'exploitant du Parc, on perçoit bien l'intrication des intérêts... Sachant également que la société de marketing et de droits sportifs Sportfive est la régie commerciale exclusive du PSG, mais pas celle du Stade de France. Or, le PSG a exprimé son désir de rompre ce contrat de régie (n'ayant aucun intérêt à verser une commission à une agence alors qu’il est devenu très attractif). Pour compliquer le tout, le Qatar est devenu le premier actionnaire du groupe Lagardère, propriétaire de Sportfive...

 

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