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Pierre Martini

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Psychose toujours

Paris-Marseille, l'affiche cuisine

Après avoir fait le bilan de violences plutôt limitées mais qu'il s'agit de ne pas banaliser, on retiendra les enseignements sportifs de ce sommet plaisant, qui semble redéfinir les ambitions de chacun des clubs dans ce championnat…
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Sport extrême Comme pour commenter le déploiement policier (voir Psychose toujours), on est un peu hésitant pour qualifier le bilan sécuritaire de ce PSG-OM. Car à moins de considérer que le bouclage et la militarisation d'une zone urbaine entière représentent la normalité d'un match de football, ou que les incidents survenus à l'intérieur ou à l'extérieur du stade furent isolés, il est un peu délicat de se réjouir de la réussite relative de l'événement: 61 interpellations, 24 mises en examen, 8 hospitalisations ne constituent pas un bilan tout à fait normal…

Malgré l'important dispositif de sécurité, un hooligan multirécidiviste a réussi à entrer sur le terrain.
Pour le téléspectateur en tout cas, les seuls moments déplorables furent les exercices balistiques dont Ronaldinho fut l'objet au moment de tirer un corner devant la tribune des visiteurs. Ces provocations peuvent faire dégénérer ce genre de rencontres, la bêtise n'attendant que ça pour se déchaîner. On a d'ailleurs vu quelques répliques dans le coin opposé, l'artillerie parisienne étant toutefois moins lourde (mais devant une banderole "Hoolicool", c'est un peu moyen), et la tension est montée d'un cran dans les duels. Les supporters marseillais en déplacement (du moins certains d'entre eux) sont malheureusement des spécialistes de cet exercice, comme l'admet le responsable sécurité de l'OM (1). On se souvient qu'au même endroit, lors du même match l'an passé, un autre pétard avait fait la même victime (comme quoi il y a des continuités dans le coaching de Fernandez: c'est Ronaldinho qui tire les corners côté gauche). Lors de la saison 2000/2001 à Bordeaux, c'est Nelly Viennot, quelques semaines après le fameux Strasbourg-Metz, qui subissait le même bombardement (voir Banale violence). À l'époque, la réalisation de Canal+ avait montré les joyeux lanceurs dans la tribune, sans que ceux-ci soient le moins du monde inquiétés. Cette fois, le dispositif incluait une vidéosurveillance renforcée et la présence sur place de magistrats. Surtout, la volonté d'intervenir a été manifeste, puisqu'il semble que des supporters marseillais aient été interpellés dans la tribune même. Un exercice hautement périlleux si l'on se rappelle le 28 août 93, date d'un PSG-Caen au cours duquel dix CRS avaient été blessés, dont un grièvement, après s'être trouvés isolés dans la tribune Boulogne. Un haut fait de barbarie qui avait également été filmé. En ce temps, 450 policiers avaient été mobilisés, contre 2000 aujourd'hui (Le Monde, 31/08/1993). Cet indice donne une mesure l'inflation de la violence dans la dernière décennie — à moins qu'il ne témoigne plutôt de la plus grande prise en charge du problème par les autorités. Francis le Belge C'est d'autant plus dommage que l'état d'esprit sur le terrain a été remarquable, si l'on met de côté d'entrée en jeu de Francis Llacer, dont l'interdiction de stade n'a jamais été appliquée et qui s'est juste essayé à battre son record de vitesse de prise de carton. Dommage que Fernandez souscrive encore à de vieilles recettes, l'entrée d'un joueur d'expérience en fin de match ne servant pas ici à calmer les esprits mais à mettre la semelle stupidement. À l'inverse du latéral parisien, le comportement d'Alain Perrin a été courageux et intelligent, d'abord en intervenant devant la tribune marseillaise, puis après le match en reconnaissant les lacunes de son équipe plutôt qu'en revenant sur le penalty litigieux. Pas certain que cette attitude soit appréciée dans une Phocée parfois belliqueuse qui souscrit au culte d'une certaine "virilité", dont les partisans croient en l'efficacité (ce que ne démentiront pas les résultats de la grande époque tapienne ni ceux de quelques précédentes confrontations entre le PSG et l'OM, voire d'un certain OM-Monaco). Paris plus fort Concernant la rencontre elle-même, on ne partagera pas l'avis général d'une écrasante domination parisienne sur de très faibles Marseillais. Si ceux-ci eurent du mal à s'offrir des occasions franches, ils furent tout de même "joueurs" et auraient pu écrire un tout autre scénario si le penalty concédé par Runje n'avait dégagé un avantage décisif avant la pause (la faute du gardien n'est pas évidente, mais il commet en revanche une erreur incontestable), ou s'ils avaient mieux profité des occasions de revenir au score en seconde période. C'est le fait d'avoir été un ton au-dessous dans tous les compartiments du jeu (mental, organisation, qualités individuelles, présence physique), plus que la supériorité absolue des Parisiens, qui explique qu'ils n'aient pas saisi la possibilité d'inverser la tendance. Mais de là à affirmer qu'ils ont été "surclassés" (L'Equipe), ou à y voir "la différence entre une équipe qui joue le titre et une petite équipe de L1" (dixit Alain Perrin lui-même), il y a un pas que nous ne franchirons pas, même si le vainqueur s'est dégagé sans discussion. En face, Fernandez avait choisi de se priver d'Aloisio au profit d'une seule pointe (Cardetti) épaulée par les modestes Ogbeche et Fiorèse, chargés de faire opposition aux montées de Hemdani et Dos Santos et d'écarter le jeu pour dégager l'axe. Si le petit avant-centre argentin ne marquait pas de buts de renard, on pourrait s'interroger sur son apport à l'équipe, mais son timing sur l'ultime but a tranché en sa faveur concernant ce match. On peut presque lui attribuer aussi l'ouverture du score, car en jouant à saute-mouton avec la trajectoire du coup franc de Ronaldinho, c'est lui qui a créé la brèche. L'arrière-garde parisienne, remodelée à la dernière minute par Fernandez au profit d'une défense à quatre qui a décalé Heinze à gauche, a évolué à son meilleur niveau et a été consolidée par la performance de Déhu et Nyarko, dont le volume de jeu et l'impact physique ont été décisifs. Venu superviser Pochettino, le sélectionneur argentin n'a pas pu ignorer Heinze… Mais bien sûr, l'homme du match fut le prodige brésilien, dont l'étonnante décontraction malgré les enjeux et les projectiles montre qu'il joue à sa main dans ce championnat de France. Efficace et spectaculaire, il s'est montré le vrai maître à jouer du PSG. Dans une rencontre hautement symbolique, il marque d'une belle empreinte — peut-être pour la première véritable fois, avec un fait d'armes plus probant que ses exploits individuels de la saison dernière — son passage au PSG (dont la durée suscite d'autant plus d'interrogations). Un tournant pour les deux équipes ? Placés à la même hauteur avant cette confrontation, le PSG et l'OM n'ont peut-être plus tout à fait les mêmes ambitions à son issue. Les limites de l'effectif de Perrin — toujours privé de Franck Lebœuf — étaient apparues chroniquement au fil de certains matches ratés (comme à Lille où la sanction du score fut la même). Elles sont confirmées par ce nouvel échec contre un cador, et à moins que le mercato ne compense certaines lacunes, offensives notamment, cela incite à revoir à la baisse les ambitions du club pour cet exercice. Mais en développant leurs nouvelles vertus et en continuant de travailler sous la houlette de leur technicien, les Sudistes devraient pouvoir garder à vue l'objectif d'un podium et surtout, au final, réussir cette saison de reconstruction. En revanche, le PSG conquiert petit à petit de nouvelles certitudes, malgré les doutes que nous exprimions il y a quelque temps à l'égard de son manager (voir Le PSG peut-il survivre à Vivendi et à Fernandez). Dans un championnat qui confirme année après année la prime accordée à l'humilité et aux valeurs collectives, Fernandez est peut-être en passe de réussir son pari avec une équipe composée majoritairement de joueurs de devoir. Assagi dans son comportement, il est peut-être également devenu plus raisonnable dans ses choix tactiques. Sur ce plan, la réussite du match de samedi lui donne raison. Le club de la capitale a en tout cas renforcé ses défenses immunitaires contre sa rituelle dépression hivernale. (1) Guy Cazadamont a déclaré: "Il nous reste du travail, notamment sur les corners. C'est un travail de deux semaines qui est à revoir"(Le Parisien).
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