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Propos recueillis par Jérôme Latta et Thibault Lécuyer

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Le Diaporama : 17e journée

Pape Diouf : « Trouver un terrain d'entente »

Interview – Dans le contexte de "l'affaire Abidal" et du conflit opposant le G14 à la FIFA, le président de l'OM prône le dialogue et l'équilibre entre les clubs et les instances, tout en reconnaissant les risques d'une éventuelle jurisprudence...
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Ce qu'il est désormais convenu d'appeler "l'affaire Abidal" a connu un tournant avec le dépôt d'une plainte de l'Olympique lyonnais contre la FIFA, devant le Tribunal de grande instance de Lyon, pour "abus de position dominante lié à la réglementation imposant aux clubs de mettre à disposition des équipes nationales sans indemnités ni prise en charge des assurances". Le club réclame 1,017 million de dommages et intérêts, somme qui correspondrait au préjudice de l'absence d'Éric Abidal, blessé avec l'équipe de France lors du match contre le Costa Rica.
La démarche, qui devait au départ viser la FFF, est soutenue par le G14 dont le directeur général Thomas Kurth a même fait le déplacement dans le Rhône, la semaine passée. Au-delà de la question de la mise à disposition des internationaux, le contentieux constitue d'ores et déjà un enjeu crucial pour l'avenir du football et surtout de l'équilibre entre football de clubs et football de sélections, celles-ci étant de plus en plus menacées (voir "Fractures impayées").

Nous avons demandé son sentiment à Pape Diouf, président d'un autre club français membre du G14, l'Olympique de Marseille.


Quelle est votre regard sur l'affaire Abidal et la plainte de l'OL?
La position officielle que l'Olympique de Marseille peut exprimer, c'est évidemment que nous faisons preuve de solidarité, parce que telle a été la décision arrêtée par le G14, instance au sein de laquelle nous sommes partie prenante. Cela dit, je peux vous répéter le discours que j'ai tenu ce jour-là : il est certain qu'aujourd'hui, une instance comme la FIFA ne peut plus continuer à réguler, à légiférer le football mondial de la façon qu'elle l'a fait pendant des décennies. Nous avons assisté à d'énormes transformations dans le monde – ne serait-ce que l'éclatement de l'Europe ou l'existence d'une Europe juridique – qui font que les dirigeants internationaux du football ne peuvent plus considérer la discipline comme une espèce de vase clos. Aujourd'hui, il faut intégrer le football dans son environnement géopolitique, juridique, etc. Il faut que la FIFA, d'une position de "despotisme", en vienne à une position de dialogue, à plus d'échanges.

Les enjeux dépassent cependant la seule question du pouvoir de la FIFA...
Attaquer la FIFA revient indirectement à s'attaquer aux associations nationales. La patate chaude qui vient d'être envoyée à la FIFA, Sepp Blatter aura l'habileté de la passer à notre ami Jean-Pierre Escalettes [président de la FFF – NDLR] et c'est la Fédération qui sera concernée. Ainsi, je pense que le jour où la FIFA décidera de discuter, elle intégrera toutes les associations dans cette discussion. La question que je pose est alors la suivante : peut-on demander à celles-ci de supporter sur le plan financier d'éventuelles conséquences d'une blessure comme celle d'Abidal? Car le monde ne se réduit pas à l'Europe : le jour où Eto'o serait blessé avec le Cameroun, pourra-t-on attendre de la Fédération camerounaise la capacité de répondre à ce qui fait l'objet de tout ce remue-ménage? C'est pourquoi il faut un dialogue. Au lieu de voir le G14 jouer les francs-tireurs et les dirigeants de la FIFA jouer les despotes, on doit trouver un terrain d'entente, avec le bon sens que requiert une telle situation.

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Cette affaire remet quand même en cause le principe même des équipes nationales, avec un rapport de force qui tourne à l'avantage des clubs les plus riches. Ne sont-elles pas menacées?
Elles peuvent l'être s'il y a entêtement de part et d'autre. Je suis de ceux qui persistent à croire aux vertus du dialogue. Pourquoi faudrait-il être toujours conservateur, alors que la vie évolue? Une instance comme la FIFA ne peut pas dire qu'elle continuera à opérer comme elle l'a toujours fait. Or, jusqu'à présent, elle a fermé la porte à tout dialogue avec le G14. Il est vrai que la manière dont la G14 a émergé a pu effrayer ses dignitaires... Mais à un moment donné, les solutions ne pourront être trouvées qu'autour d'une table de négociations. Il serait effectivement dommage que ce soient les équipes nationales qui pâtissent des positions de "divas" qu'adopteraient certains clubs. L'économique ne doit pas l'emporter sur le sportif : le monde ne se résume pas géographiquement à l'Europe, certains pays existent aussi aux travers de leurs sélections. Le Sénégal a par exemple été connu en 2002 grâce à son parcours en Coupe du monde. Il faut préserver cela et trouver un juste équilibre.

« Un éléphant n'avale pas un autre éléphant »

Mais le G14 ne s'arrêtera pas là, et l'on n'a pas le sentiment qu'il recherche un équilibre, mais plutôt la suprématie des clubs les plus riches...
Il faut quand même savoir qu'il n'y a pas que des mastodontes au sein du G14, mais aussi des clubs néerlandais ou portugais qui ont intérêt à ce que les idées n'aillent pas seulement dans le sens de l'économique et du financier. Une puissance telle que la FIFA se perd un peu à cause de cette puissance, de cette mainmise qui finit par constituer une faiblesse. Ce serait la même chose pour le G14. Il y a un proverbe sénégalais qui dit qu'un éléphant n'avale pas un autre éléphant. Si demain, il y a d'un côté les instances internationales et de l'autre des groupements tels que le G14, on aura une forme de neutralisation ou d'équilibre, à l'image du bloc de l'Est et du bloc de l'Ouest pendant la guerre froide.

Oui, mais c'est le bloc capitaliste qui l'a emporté (rires)…
Comparaison n'est pas raison. Mais quand deux puissances sont face à face, il y a de fortes chances que le dialogue s'instaure.

On a quand même l'impression que le G14 est une sorte d'oligopole qui ne défend qu'une partie des clubs...
On peut le penser, mais n'oubliez pas que le G14 a pris fait et cause pour un club comme Charleroi, au moment où l'affaire Abidal n'était pas encore au fronton des journaux. Vous me direz que c'est stratégique, mais le fait est là. Je n'ai pas de position tranchée aujourd'hui. Je suis amoureux du football, c'est le jeu qui me passionne depuis, dans l'ère moderne, la "Wunderteam" autrichienne jusqu'au "football total" des Hollandais...

Justement, n'avez-vous pas peur que les évolutions économiques nuisent à ce qui fait l'essence de cette passion?
Je relis, parfois, certains éditos de celui que je considère comme probablement le plus grand journaliste de football, François Thébaud du fameux Miroir du Football. Dès les années soixante, il dénonçait les dérives financières qui gangrenaient déjà ce sport, selon lui. Mais le football a continué, c'est une force qui va toujours de l'avant. Certes, il faut des garde-fous. Quand on voit la manière dont les grandes compétitions ont connu une sorte de dénaturation – avec par exemple une inflation du nombre de participants –, on voit bien qu'il faut canaliser, qu'on ne peut pas toujours faire plus. Mais il arrivera un moment où le jeu l'emportera, parce qu'on ne pourra jamais maîtriser le faux rebond, la barre transversale, le dribble d'un joueur...

Le G14 cherche pourtant à limiter l'aléa sportif. Et au-delà, le G14 oppose des formes de libéralisation ou de dérégulation à ce qu'on peut considérer comme des "gouvernements" du football... Pour notre part, nous avons peur que le jeu y perde son esprit...
Je suis comme vous…

Non, vous, vous êtes président de l'OM !
(Rires) Oui, d'accord, mais je suis passionné moi aussi et j'aime ce jeu profondément. J'ai parfois les mêmes appréhensions que vous. Le problème de l'argent, c'est qu'il montre toujours les faiblesses humaines. On peut être tenté de domestiquer le faux rebond, l'arbitrage, de l'orienter. Il faut être vigilant. En tout cas, ceux qui, comme vous, sont les gardiens du temple, doivent être vigilants.

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