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Richard Coudrais

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Paolo Rossi, le syndrome de l’imposteur

Pour beaucoup, Paolo Rossi est l’homme d’un été, celui de 1982 et d’une poignée de buts miraculeux qui l’ont porté au sommet du foot mondial. Avant de redescendre tout aussi vite. 

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"OK, j’ai marqué six buts pendant le Mondial espagnol. Mais j’ai dû toucher, quoi? Dix ballons pendant le tournoi. Tu crois vraiment que je mérite ce trophée?" Dans l’avion qui le ramenait de Paris, où il était allé chercher son Ballon d’Or, vers Turin, fin 1982, Paolo Rossi ne la ramènait pas auprès de son voisin journaliste.

 

Paolo Rossi avait marqué trois buts contre le Brésil, deux contre la Pologne et avait ouvert le score en finale contre la RFA. En trois matches, il avait retourné l’opinion en sa faveur. Sa réussite aussi soudaine qu'exceptionnelle avait transformé une Squadra Azzurra poussive en équipe championne du monde.

 

 


Paolo Rossi à Vincence en 1977-1978.

 

Suspendu deux ans

Meilleur buteur du tournoi, il était devenu l’idole de toute l’Italie. Mais lui-même avait conscience d’être le jouet d’une vaste farce médiatique. Plus qu’un syndrome de l’imposteur, Paolo Rossi se sentait manipulé par des forces qui le dépassaient. Cela lui rappelait l’affaire du Totonero, deux ans plus tôt, qui avait failli mettre fin à sa carrière.

 

Le jeune attaquant de Pérouse fut accusé d’être impliqué dans un vaste trafic de matches arrangés, sans que quiconque ne soit vraiment capable de définir son rôle dans l’affaire. Paolo Rossi avait beau clamer son incompréhension, il était cerné de toute part et fut finalement suspendu pour trois ans. Une peine finalement ramenée à deux ans.

 

Curieusement, c’est au beau milieu de cette suspension qu’il fut transféré, au cours de l’été 1981, de Pérouse à la Juventus. Le club piémontais misait sur un retour au plus haut niveau de son ancien attaquant. Pour Rossi, ce transfert n’était qu’un épisode de plus dans les tractations dont il faisait l’objet depuis toujours entre les deux clubs.

 

Paolo Rossi avait rejoint la Juventus à l’âge de seize ans, en 1972. Le jeune ailier droit avait été repéré par un certain Luciano Moggi. Ses premières saisons au sein de la primavera furent perturbées par plusieurs opérations au ménisque. Il débuta chez les pros en mai 1974, disputa deux autres matches la saison suivante avant d’être prêté chez le promu Côme.

 

 


Retour de Paolo Rossi après sa suspension (Udinese-Juventus, mai 1982)

 

Mis aux enchères

Ainsi Paolo Rossi passe-t-il la première partie de sa carrière dans des clubs de second plan. Prêté à Vicence, en série B, l'entraîneur Giovanni Fabbri a la bonne idée d’en faire un avant-centre. Le club remonte en première division grâce aux 21 buts de son capocannoniere. Appelé en équipe d’Italie, il inscrit trois buts à la Coupe du monde en Argentine (dont un contre la France).

 

Sa réussite est telle que la Juventus envisage déjà de récupérer son joueur. Or on découvre que Vicence et la Juve se partagent depuis deux ans la copropriété du joueur! Une situation aussi inédite qu’ambiguë que les deux clubs régleront de la plus étrange des manières: le joueur est mis aux enchères entre les deux clubs.

 

Celui qui propose la plus grosse somme (à bulletin secret) remporte le morceau. La Juve propose 875 millions de lires, Vicence trois fois plus. Paolo Rossi devient le joueur italien le plus cher de l’histoire et il en est le premier surpris.

 

Paolo Rossi reste donc à Vicence, où malgré sa quinzaine de buts, il ne peut éviter la relégation de son équipe. Rossi est alors prêté à Pérouse où il marque aussi beaucoup, mais il se retrouve dans la tourmente de l’affaire du Totonero qui éclate en mars 1980, quelques mois avant la première phase finale de l’Europeo 1980 organisé en Italie.

 

 

 


Héros de Sarria

Privé de foot pendant deux ans, Paolo Rossi accomplit un miracle à son retour en 1982. Contre toute attente, il est sélectionné par Enzo Bearzot pour le Mundial espagnol. Contre toute attente, il est titularisé. Et, contre toute attente, il termine champion du monde et meilleur buteur du tournoi.

 

Son haut fait d’armes reste le triplé contre l’intouchable Brésil lors du match décisif de qualification pour les demi-finales. À l’image de son équipe, Paolo Rossi avait été transparent lors d'un premier tour sans victoire (0-0 contre la Pologne, 1-1 face au Pérou et au Cameroun). Les Azzurri se retrouvent dans le pire groupe du second tour avec l’Argentine et le Brésil.

 

Un léger mieux est observé avec la victoire contre l’Argentine (2-1), en grande partie grâce au traitement de choc que fait subir Claudio Gentile à Diego Maradona. Le miracle a lieu trois jours plus tard au Stade Sarria de Barcelone. Paolo Rossi ouvre le score, redonne l’avantage après une première égalisation brésilienne, puis inscrit un troisième but qui élimine les favoris brésiliens.

 

Sur sa lancée, il marque les deux buts de la victoire face à la Pologne en demi-finale, puis ouvre le score en finale contre la RFA, un but qui fait de lui le meilleur buteur du tournoi. Tardelli puis Altobelli complètent l’addition et donnent à l’Italie son troisième titre mondial, le plus inattendu.

 

Par la suite, Paolo Rossi rejoint enfin la Juventus aux côtés de Platini et Boniek. Mais il ne signe plus de coup d’éclat. Sa carrière se consume lentement, avec un détachement qui surprend ses partenaires – dont Michel Platini. Les deux hommes achèveront d’ailleurs leur carrière au même moment.

 

 
 

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