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Pablo Aimar, de la malice et du désir dans les yeux

Brillant meneur de jeu, il n'a peut-être pas eu le palmarès qu'il aurait mérité. Mais Pablo Aimar, désormais retraité, a fait rêver beaucoup d'amateurs de football. Hommage.

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Il est de notoriété public que le temps est un voleur; qu'il vous prend tout. Il vous prend d'abord le parfum d'insouciance de votre enfance, ensuite la fougue de votre adolescence et puis, comme il ne peut pas vous laisser à si bon compte, il vous fait croire toute votre vie adulte durant que vous pouvez rattraper le temps perdu. Moi, ce salaud m'a pris Pablo Aimar. Mon Pablo Aimar. Celui qui fendait l'air dans un maillot albiceleste beaucoup trop grand pour son petit corps frêle, qui détenait un mythique grain de beauté sur la joue droite et mettait des étincelles dans les yeux d'enfant de Lionel Messi.

 

 

En voyant les années faire subir à mon pauvre petit Pablo les contraintes du temps et lui susurrer sournoisement à l'oreille qu'il était de raccrocher ses crampons, le temps m'a pris mon amour. Car, voyez-vous, mon Pablo a fini par sagement croire ce que le poids des années et des blessures à répétitions lui disait sans détour depuis un certain temps: mieux valait quitter cette profession la tête haute et couvé par l'affection du peuple de l'Estadio Monumental qu'après le tacle de trop. C'est ce que les hommes raisonnables font et ce que Pablo fit. Mon cœur fragile d’aficionado, qui battait la chamade depuis un gris après-midi de 2009 pour un clown, payaso en VO, eut cependant bien du mal à accepter que c'était la fin, que la rideau allait tomber et que son amour n'était plus.

 

Bien sûr, ma tête, tout aussi raisonnable que celle de Pablo Aimar, tenta de me consoler. Elle me rappela que je pouvais toujours m'extasier seul, dans mon salon, devant la conduite de balle de Javier Pastore, Andrés Iniesta ou Lionel Messi, mais mon cœur ne se laissa pas convaincre. Car il savait. Il savait que Pablo était un tout autre type de joueur, même s'il détenait pas le même talent. Il était le joueur de mon adolescence. Celui dont on ne se remet pas. Celui qui me fit comprendre qu'il n'y pas que de futiles et frivoles statistiques pour expliquer la magie qui se produit quand un joueur épouse le ballon pour ne former qu'un. Le joueur qui m'aida à faire face aux tactiques résolument pragmatiques de José Mourinho et ses disciples, qui me rappela pourquoi les écrits froids de Charles Bukowski ne me rejoignaient pas.

 

Qu'on se comprenne bien, je suis lucide. Pablo Aimar n'avait pas l'insolence d'un Juan Roman Riquelme, la lucidité d'un Diego Milito voire même l'élégance d'un Fernando Redondo. À mes yeux, il était beaucoup plus que cela. Pablo, c'était l'art de partir à l'abordage sans calcul et le rappel incessant que le génie est fragile. Qu'une bonne partie de foot, c'est comme un bon tango: des acteurs qui dansent en communion, des chaussures cirés, des mouvements de hanche brusque, de la malice et du désir dans les yeux – et beaucoup de sueur. Rien de plus. Rien de moins.

 

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Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


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