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Grégory Charbonnier

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Onze pour faire l'affaire

Les crises sont burlesques à l’OM, tragiques au PSG, sans saveur à l’OL. L'ASSE réunit tous ces ingrédients. De Mekloufi à Piquionne en passant par Keita, Alex ou... Ferrara, découvrez le "onze" des scandales, affaires et faits-divers verts.
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Dans le #38, nous avons présenté la Dream team, la Nightmare team et la Chouchous team de l'AS Saint-Étienne. Le tableau n'aurait pas été complet sans l'équipe des "affaires" – une sélection subjective des personnalités dont les petites histoires ont émaillé la grande histoire des Verts. Revue d'effectif.

verts_affaires.jpg


affaires_levytsky.jpgMaxym Levytsky, le Grec frit

Juin 2000. sixième du championnat, l’ancien promu cherche un gardien à la hauteur de ses ambitions. Alonzo est jugé pas assez fiable, Janot trop petit. L’eldorado est à l’est, la perle arménienne se nomme Roman Berezowski. L’affaire semble réglée, (signée?). Mais – prétentions financières excessives? Impossibilité d’obtenir un passeport communautaire? – Berezowski ne viendra pas. À sa place, un "futur grand" ukrainien, au moins par la taille: Maxym Levitsky, 1m91.

Tout à sa joie de vivre à l’ouest, le grand échalas blond se roule par terre de joie à chaque but marqué. La vie est tellement belle qu’il se trouve des ascendants grecs. Mais bientôt les ennuis s’annoncent. ASSE-Lille, sur une passe en retrait, le portier stéphano-gréco-ukrainien shoote le ballon sur le dos de l’attaquant adverse. But par ricochet, comme au baby. En décembre, dans la foulée des deux "Portugais" Alex et Aloisio, son passeport s’avère faux, l’affaire éponyme éclate. Finalement, Alonzo ou Janot, c’était pas si mal.


affaires_garrido.jpgJavier Garrido, l'erreur de casting

Malhonnête? Fêtard? Non, c’est son incompétence professionnelle conjuguée à l'espérance suscitée par son CV qui est, en soi, scandaleuse. Javier Garrido est quasi titulaire au FC Valence vainqueur de la Coupe de l’UEFA 2004. Beaucoup d'attentes, donc, mais des premiers matches décevants. Il est vite repéré par les adversaires: "Les gars, on joue sur leur côté droit, ils ont comme un problème par là". Et le jardinier de Geoffroy Guichard, inlassablement, d’effacer la trace du passage des ailiers gauches visiteurs.

Il est remplacé (enfin) et avec succès par un coiffeur qui se morfond depuis trois ans sur le banc: Fousseni Diawara. Récemment, un participant du forum "En vert et contre tout" a cru lire un buteur nommé Garrido en Liga. Il s’agissait d’un homonyme. À coup sûr, un futur grand d’Espagne.


affaires_bosquier.jpgBernard Bosquier, le précurseur

Bosquier, ou le premier scandale du foot moderne (business?). Jusqu’en 1969, un joueur appartient à son club jusqu’à 35 ans. Le président décide de le garder ou de le transférer. Changement durant l’année érotique: les contrats de travail deviennent des contrats à durée déterminée. Le sien, à Bosquier, expire à la fin de la saison 1970-1971. L’ASSE va remporter son cinquième titre mais Marcel Leclerc lui offre les kilos de francs marseillais. Et le soleil, la mer, autre chose que Sainté quoi.

Avec son coéquipier Georges Carnus, Bosquier accepte.... avant la fin de la saison. Fureur du président Rocher. Pas de chance, les Verts perdent bêtement contre Bordeaux, une rencontre largement à leur portée où les deux traîtres n’ont pas été à leur avantage. Rocher les fout dehors malgré l’avis de Batteux et des joueurs. Coup de sang funeste. L’ASSE perd le championnat au profit de l’OM. L’équipe est cassée, elle finira sixième la saison suivante, sans envie, sans saveur.


affaires_dimitrov.jpgGeorgi Dimitrov, le Brandon du 42

Après deux ans de purgatoire, les Verts remontent dans l’élite en 1986. Les anciens tauliers reviennent. En attendant Herbin en 1987, Garonnaire est déjà là, depuis 1985, lui et ses filons. Ceux-là seront bulgares: Slavskov en 10 et Dimitrov en 5. La première saison est convaincante, la défense de fer permet à l’équipe de se maintenir chaud les marrons.

Comme Brandon dans Beverley Hills, Dimitrov est irréprochable dans un premier temps et comme Brandon dans Beverley Hills, il se met à picoler sévère après. Mais pas chez lui comme tout alcoolique local, ni dans les rades matinaux. Non, ce nouveau riche fraîchement désoviétisé succombe aux sirènes occidentales des établissements de nuit. Pour mieux se faire ramasser quand la moutarde vinaigrée lui monte au nez. Les bruits courent, la presse en fait écho dans les faits-divers. Finalement, il est vite remplacé par une jeune pousse du centre de formation, Pierre Haon. Un défenseur sobre.


affaires_durkovic.jpgVladimir Durkovic, la tragédie

On l’a dit et répété dans le magazine, les latéraux sont à Saint-Étienne des gens laborieux, droits et honnêtes. Si Durkovic a sa place ici, c’est en raison de la cruauté du destin. Il joue ici à gauche pour le bien de l’équipe car le décalage à bâbord de Garrido aurait été dangereux pour la sécurité des spectateurs de Geoffroy-Guichard.

Dans la magnifique équipe de Batteux, au milieu des manieurs de ballons, c’est lui qui rappelle à tout le monde que l’important, c’est la gagne. À l’entraînement, Keita le prend pour un fou. Car on ne passait le rugueux Yougoslave qu’une seule fois… la seconde tentative pouvant se solder par une fracture. À la fin de la saison 1970-1971, il part jouer à Sion. Là, il trouve bêtement la mort, tué à la sortie d’une boîte de nuit par un policier ivre… Une allée proche du stade porte son nom.


affaires_ferrara.jpgBorisio Ferrara, la recrue recuite

Juin 2006, Baup plie bagages ainsi qu’une partie de l’effectif. Zokora part à Tottenham, Hellebuyck à Paris, Perrin court sur une jambe. Le milieu se dépeuple. Le 18 juillet, une rumeur naît sur un forum Internet. La Gazzetta dello Sport annonce le prêt de Borisio Ferrara, milieu de terrain de Livourne. Ce numéro 6 est un milieu récupérateur qui prend comme modèle Gennaro Gattuso. Détail amusant, il porte un tee-shirt du Che sous son maillot. Le 21 juillet, France Football insiste sur l’intérêt de l’ASSE pour le joueur. Son arrivée paraît d’autant plus possible que morefoot.com puis maxifoot.com en parlent sur leurs pages. Enfin, signe que le n°6 est attendu incessamment à l’aéroport d’Andrézieux-Bouthéon, le très sérieux But-Saint-Étienne s’en fait l'écho.

Évidemment, ce joueur n’existe pas, cette farce de deux amis a grossi telle une boule de neige dans Tintin au Tibet. Sur le coup et comme avec la vraie-fausse interview de Ribéry, France Football se fourvoie dans une affaire bidon.


affaires_bereta.jpgGeorges Bereta, l'histoire manquée


C’est l’enfant du pays, le gamin de Montreynaud, quartier qui surplombe le stade. Il entre au club à onze ans. Il débute dans l’équipe pro à vingt ans et est champion de France de suite. Musculeux, puissant, doté d'un un énorme pied gauche, Bérète fait des misères à son adversaire direct. Révélé sous Snella, magnifique sous Batteux, il devient capitaine sous Herbin. Sans compter l’équipe de France. À l’automne 1974, les Verts sont enlisés face à Split. Défaits 1-4 à l’aller, ils sont tenus en échec 1-1 à la mi-temps. 4-1 en prolongations, coup franc forézien. Bérète est le tireur attitré mais, épuisé, apostrophe Triantafilos: "Tintin, tire-le ce coup franc nom de Dieu!" But et début de l’épopée verte sans le chouchou vert.

Quelques jours après, Rocher lui laisse le choix: soit tu restes mais je ne te prolongerai pas, soit un beau contrat marseillais t’attend. La mort dans l’âme et la rancune tenace, Bereta assure ses arrières à 29 ans et prend l’A7 direction le sud. Kiev, Eindhoven, Glasgow se feront sans lui.


affaires_mekloufi.jpgRachid Mekloufi, le fils prodigue

Le jeune Rachid part à quatorze ans de sa campagne algérienne pour les usines vertes. Il est des premiers succès avec les N’Jo Léa, Tylinski, Abbes: jeu rock'n'roll, coupe Drago et championnat de France 1957. L’icône verte et bleue est sensible à la guerre d’Algérie: depuis la Toussaint rouge du 1er novembre 1954, son département d’origine veut l’indépendance. Entre la France et l’Algérie, il choisit et disparaît clandestinement dans la nuit du 12 avril 1958. Il ne prend pas les armes parmi les fellaghas, mais intègre l’équipe de football du FLN, l’équipe nationale avant l’heure.
Avec elle, il fait le tour du monde des pays "amis": les états d’Europe centrale, l’Egypte, l’Inde, le Vietnam, la Chine. Côté foot, il n’apprend rien, mais il découvre l’humanité. "J’ai vu la misère, des gens qui mouraient de faim, des enfants anormaux, des familles sans abri. Ce que j’ai vu, je ne peux l’oublier".

Après les accords d’Evian du 19 mars 1962, il rejoint Jean Snella au Servette. En décembre, Rocher vient le chercher. Il accepte la proposition. Lors de la réception de Limoges, à l’heure de l’entrée des joueurs, une rumeur folle court: "Mekloufi est revenu". Quelques arabesques, deux buts et une victoire plus tard, Mekloufi redevient la coqueluche de Geoffroy-Guichard, quatre ans après sa fuite.


affaires_keita.jpgSalif Keita, le voyageur

La perle noire arrive en France et déjà, la légende est en marche. Garonnaire monte à Paris l’accueillir à l’aéroport. Retard? Imbroglio sur le bon terminal? Toujours est-il que personne n’est là pour le jeune Malien. Il hèle alors un taxi pour… Geoffroy-Guichard. Charles Paret ne regrettera pas d'avoir réglé la course. Keita empile les buts et rend fou ses adversaires.

En 1972, un an après Carnus et Bosquier, Leclerc sort les biftons pour lui. Rocher est furieux. Salif va partir mais ne s’en tirera pas comme ça, foi de président. Le contrat de Keita à Sainté comporte des irrégularités, il le sait, il l’a signé. Il le dénonce au Groupement (la Ligue d’alors), quitte à en prendre aussi pour son grade. Bilan: amende pour les Verts, suspension pour le joueur. Ironie du sort, son retour sur le terrain coïncide avec un ASSE-OM: deux buts et un bras d’honneur en direction de la tribune présidentielle.


affaires_alex.jpgAlex, une cassette et des boîtes

Une cassette VHS de mauvaise qualité. Sur l’écran, un attaquant régale: José Aloisio, fort comme un taureau, agile, puissant, efficace. Soler et Nouzaret le veulent et prennent aussi son pote Alex, pas manche non plus et qui facilitera l’intégration du José. Si la méthode paraît relever d’un inquiétant amateurisme, ce double transfert est un coup de génie. Le taureau de Goias met d’entrée Barthez au pli. Alex est quelconque et ne joue pas. ASSE-Nancy, 0-1, l’équipe tourne en rond. Nouzaret tente le coup et lance Alex. L’artiste fait le reste. Ce soir-là, le foot défie les lois de la gravité. Génie sur le terrain, artiste dans la vie, Alex – 27 ans, célibataire sans enfant (ça craint quand on est footballeur) – additionne les kilos au retour des vacances et multiplie les sorties nocturnes.

Fan de généalogie, son agent lui trouve des origines portugaises au début de sa seconde saison verte. Les ennuis arrivent avec les premières rumeurs sur la validité du passeport. Aulas sort les menaces le soir du derby, le joueur sort du groupe, officiellement pour départ imminent au Betis. Quand l’affaire des faux passeports éclate, Alex est suspendu. Le club, délesté de sept points (avant de les récupérer), descend. Bompard avait juré: "Plus portugais que ces passeports, tu meurs".


affaires_piquionne.jpgFrédéric Piquionne, le Spartacus du Forez

Baup le récupère à Rennes où, après avoir éclaté, il essaie d'éclater les spectateurs. En dépit d’une certaine maladresse dans la surface de vérité, Piq devient un joueur clé du dispositif baupien. Usant l’adversaire, puissant dans les duels, concerné par le repli défensif, l’attaquant rapporte des points. Malgré cela, les Magic Fans, exaspérés par le laisser aller général à la fin de la saison 2005-2006 (et par son coup de boule sur un des leurs), sortent une banderole vengeresse: "Piquionne, arrête de tuer les oiseaux".

Suivant le conseil, le joueur sort une troisième saison en béton. En décembre, Houllier dit le vouloir, Aulas lui monte le bourrichon, l’affaire tourne au clash – quasi physique avec Romeyer. Se confiant à un journaliste local, il s’estime traité comme un "esclave". Spartacus entame alors un bras de fer avec César Romeyer. Là où Kirk Douglas finit pieds et poings liés, notre héros échappe à sa condition en rejoignant un bout de rocher où règne un prince. Geoffroy-Guichard attend son retour avec impatience.


affaires_toshack.jpgJohn Toshack, l'intérimaire gourmet

Cet ancien de Liverpool 77 remplace le Nouz’ en octobre 2000. Changement d’ambiance, on ne danse plus dans les vestiaires, et l'on s’habitude aux soufflantes d’un Gallois ventru qui a décidé que tout le monde s’entraînera en maillot et short sous les frimas foréziens. Le régime est dur pour les autres, bien moins pour lui. Le club le loge (et le nourrit) à La Poularde, établissement étoilé de la plaine du Forez qui pratique des tarifs prohibitifs.

Effrayé par l’ampleur de l’affaire des faux passeports et malgré un net regain sportif, le fin gourmet prend la fuite (avec sa voiture de fonction) du côté de San Sebastian, région plus chaude et sans doute pas moins gastronomique.


affaires_rocher.jpgRoger Rocher, la fin dans une caisse

Difficile sélection. Vernassa, Bompard, Soler, Caïazzo ou Romeyer auraient pu prétendre au fauteuil. Roger Rocher reste le plus fort. Des gueulantes, des prises de bec, des décisions prise sous la colère, des coups de poings, un caractère de cochon ont forgé de beaux faits d’armes. Mais le chef-d’œuvre reste la caisse noire cachée dans la cave de la maison verte.

Le principe: récupérer un certain pourcentage des recettes versées en liquide et les placer bien au chaud en bons anonymes. Le but est de se constituer une réserve d’argent frais pour des joueurs de plus en plus gourmands, bien à l’abri de toute imposition. Billetterie, boutique des Verts, bistrot des Verts approvisionnent la caisse.
Illégale, l’existence de la petite boîte noire transpire au sein du club comme dans les hautes sphères de foot français. Le 1er avril 1982, la presse annonce des frictions au club. Pire, Rocher démissionne le 17 mai. En juillet, la nouvelle direction alerte la justice sur les comptes dissimulés du club. L’affaire de la caisse noire démarre. Tout le monde morfle, à commencer par l’ASSE qui ne s’en est jamais remise et Rocher, qui fête son 64e anniversaire derrière les barreaux lyonnais (!).
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