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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Les Bleus liquident l'Eire

On fait le bilan : Premier League 2017/18

La deuxième étape de notre tour d’horizon européen fait escale en Angleterre. Derrière Manchester City, auteur d’une saison à 100 points, il y a eu des bonnes choses mais aussi des déceptions.

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L'équipe : Burnley

À contre-courant d’un haut de tableau et, plus généralement, d’un championnat qui fait de plus en plus le pari du jeu, Burnley est une équipe britannique à l’ancienne, qui mise sur des valeurs de combat et défend avec plus de solidarité que de talent. Cela se retrouve dans les statistiques avancées, qui placent les hommes de Sean Dyche, le presque sosie de Louis CK, en deuxième partie de tableau. En attendant de savoir si les résultats sont reconductibles d’une année sur l’autre ou si les performances de James Tarkowski, Ben Mee et consorts étaient surtout une question de réussite, les Clarets resteront la belle histoire de 2017/18. Un adversaire dur à jouer dans son 4-4-1-1 très bas mais qui sait se livrer intelligemment, maximise ses forces et offre, finalement, une variété qui a son charme.

 

 

 

La star : Mohamed Salah

Que dire de neuf sur la saveur de l’année? L’Égyptien a offert au monde du football l’une des progressions les plus improbables, passant de bon ailier à superstar capable de faire de l’ombre à Messi et Ronaldo. Meilleur buteur du championnat alors qu’il évolue sur l’aile droite, cinquième passeur ex aequo, il transcende le jeu de Liverpool en apportant une dose d’imprévisibilité, une capacité à faire la différence par le dribble d’autant plus compliquée à gérer qu’il peut à tout moment frapper en lucarne. Encore perfectible face à des blocs regroupés, le dévoreur d’espaces n’a finalement que vingt-cinq ans et une marge pour devenir plus complet. Mais sa complémentarité avec Roberto Firmino offre déjà des moments de génie qui auraient permis de jouer le titre avec un concurrent moins fort et une défense plus lucide.

 

 

Le coach : Pep Guardiola

Dans un championnat qui a des allures de All Star Game des entraîneurs en haut de tableau, le Catalan est sorti du lot en écrasant la concurrence. Évidemment, tout est beaucoup plus facile quand l’argent permet de recruter la plupart des cibles identifiées, mais encore fallait-il assembler un onze cohérent. Pep Guardiola l’a fait, mariant la manière aux résultats. Au-delà de tous les records, logiques tant Manchester City a maîtrisé son sujet, le tour de force restera d’avoir imposé sa façon de jouer dans un troisième championnat différent. Il y a seulement un an, l’idée d’une spécificité anglaise existait encore, et multiplier les passes longues pour gagner les deuxièmes ballons semblait être un antidote efficace au jeu de position. Il est plus facile de faire des révolutions avec un lance-roquette, mais les Skyblues ont transformé en victimes expiatoires bien plus dociles que les "petits" de Liga et de Bundesliga des adversaires loin de se battre avec des baïonnettes.

 

 

 

La déception : Chelsea

Le recrutement annonçait la couleur, et la saison a confirmé ce qui était craint. Après un titre de champion pas illogique mais où la pièce tombait toujours du bon côté, les Blues se sont heurté à un problème majeur: l’absence de très grand attaquant de pointe. Ou, plutôt, l’incapacité d’Alvaro Morata, rapidement disparu après un bon début de saison, à enfiler les bottes de Diego Costa, l’homme qui rendait équilibrés des un contre trois. D’une équipe capable de faire des différences avec trois ou quatre joueurs en zone offensive et le reste en couverture, Chelsea est devenu une formation de contre plus ordinaire, qui prend ce qu’on lui donne mais a du mal à créer. Et comme la défense a déçu, les points n’ont pas suivi. Un peu brutale, la gestion humaine d’Antonio Conte, qui a fini la saison avec un manque d’implication qui se reflétait dans son look, a payé avant de se payer. Malgré un N’Golo Kanté encore tentaculaire à la récupération.

 

 

Le Français : Arsène Wenger

Triste fin de règne pour le vétéran des bancs, qui termine sans titre ni qualification en Ligue des champions. Et, surtout, avec le sentiment que ses idées étaient de plus en plus dépassées, une évolution continue depuis plusieurs années alors même qu’il fait partie des pionniers du style plus "joueur". Une nouvelle fois défaillante à la récupération et en défense, sans qu’on sache complètement si les individualités sont mauvaises ou si elles ne sont pas mises dans les bonnes conditions (pourquoi Shkodran Mustafi fait-il plus de bourdes que Daniel Congré?), l’équipe d’Arsène Wenger a clairement sous-performé. Avec un problème majeur: souvent mal positionnés avec le ballon, les Gunners s’exposaient dès qu’ils le perdaient. Choix délibéré du coach, consignes mal respectées ou incapacité à anticiper des phases de transitions devenues essentielles dans le foot d’aujourd’hui? Pour Unai Emery, qui lui succède, la priorité sera de mieux cadrer la liberté.

 

 

 

La stat : Manchester sixième aux expected points

Les Mancuniens peuvent soit se satisfaire d’avoir terminés deuxièmes avec un très honorable total de points, soit regretter une année sans titre où les investissements financiers ne se reflètent pas dans le jeu. Si la notion de beauté est subjective, on peut raisonnablement estimer que le contenu fut globalement très moyen cette saison, l’idée générale étant souvent de décaler un joueur pour centrer dans la surface. Au-delà des perspectives d’avenir, les statistiques avancées sont très claires: les hommes de José Mourinho ont très largement surperformé. Avec 59 expected goals pour (68 buts marqués) et 43 contre (28 encaissés), ils ont combiné taux de réussite supérieur à la normale et, surtout, improbable solidité défensive. L’anomalie statistique s’explique en partie par la présence de l’immense David de Gea dans le but, mais sa durabilité est loin d’être assurée.

 

 

Le point hipster : Pascal Gross

Au sein d’une équipe de Brighton très limitée niveau talent, le meneur de jeu allemand a plané au-dessus de la mêlée, terminant avec sept buts et huit passes décisives, contribuant donc directement à près de la moitié des trente-quatre réalisations des siens – dont le but du maintien contre Manchester United. Passeur parmi les plus délicieux du championnat (septième aux passes clé, juste derrière Eden Hazard et Christian Eriksen, au sein de la quatorzième formation en tirs tentés par match), capable de faire les bonnes courses pour exploiter les espaces et très complémentaire du buteur Glenn Murray, il est l’archétype du joueur qui boxe en dessous de sa catégorie. Rapidement au niveau dans l’intensité physique après des débuts compliqués pour son arrivée en Angleterre, l’ancien d’Ingolstadt pourrait vite aller voir plus haut.

 

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