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Rémi Belot

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« On était au début des années 2000, c'était nouveau, ça parlait de foot »

Faro, dessinateur qui a été de l'aventure du mensuel des Cahiers, travaille aujourd'hui pour L'Équipe ou France Football. Il nous parle de l'évolution du dessin de presse dans le sport.

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Dessinateur pour L’Équipe (le journal et la chaîne) et France Football, le Niçois Faro a commencé à collaborer dans la presse sportive il y a une quinzaine d'années, dans le mensuel des Cahiers du foot (2003-2009). Il revient avec nous sur cette expérience, sa vision du métier et ses projets.

 

On a ressorti de la cave des vieux mensuels des Cahiers du foot, et ça nous a donné envie de reparler avec toi de cette aventure. Quel souvenir tu gardes de cette collaboration?

 

Un très bon souvenir parce que c'était une de mes premières expériences en presse écrite, dans un domaine qui me tenait à cœur, le sport, qui est un peu devenu ma spécialité par la suite. Et puis c'était le début d'une histoire, avec tous les aspects motivants que ça comporte. Pourtant j'avais déjà une trentaine d'années, je n'étais pas un précoce, je me suis mis à travailler dans le dessin de presse sur le tard. Avant ça, je faisais du design graphique, et dans la boîte ou j'étais alors, je confectionnais des petites applis dessinées sous Flash, ça faisait rire autour de moi. C'est Internet m'a permis de faire découvrir ce que je faisais, à un site comme Foot365 par exemple: on était au début des années 2000, c'était nouveau, ça parlait de foot, ils ont assez vite passé mes dessins.

 

Pourquoi bosser avec les Cahiers?

 

Pour le côté foot satirique, que j'ai découvert avec vous. D'ailleurs, je ne sais même pas si ça existait avant vous! C'était exactement ce qui me plaisait, j'aimais tourner en dérision l'actualité de ce sport, pour moi c'était une occasion extraordinaire. Je me souviens que j'ai eu l'information que vous alliez créer un mag vraiment très tard, et je me suis greffé à l'équipe des dessinateurs un peu au dernier moment, alors qu'il y avait déjà des dessinateurs de l'équipe du journal Psikopat qui avaient été recrutés et que vous alliez sortir le numéro 1. C'était vraiment inespéré pour moi.

 


Extrait du n°17 des Cahiers du football, juin 2005.

 

« On a peut être contribué à créer un début d'évolution de l'humour dans le domaine sportif »

 

Finalement plusieurs dessinateurs qui ont bossé avec nous à l'époque ont plus tard collaboré pour L’Équipe: cet esprit satirique a finalement infusé la presse plus mainstream?

 

Oui carrément. Lasserpe est avec moi à L'Équipe, on a démarré avec vous, et j'ai l'impression qu'on a un humour qui correspond plus à l'époque. Avant nous, il y avait Chenez ou Hugo, qui étaient plus consensuels. Bon il y avait Lefred-Thouron aussi, qui était aussi dans cette veine plus caustique. Je ne sais pas s'ils se sont servis chez les Cahiers du foot, mais on a peut être contribué à créer un début d'évolution de l'humour dans le domaine sportif, oui.

 

Il n'y a pas de censure à L’Équipe?

 

Moi, je fais l'humour qui me correspond et je dois dire que L’Équipe nous laisse une grande liberté. Évidemment, il y a des sujets qu'on ne peut pas traiter comme on pourrait le faire dans les Cahiers du football, c'est logique, mais c'est plus le lectorat qui décide de ça. Mais globalement, on est assez libre, peut être même encore un peu plus chez France Football.

 

Cela tient à quoi? Le côté institutionnel de L’Équipe?

 

Oui, il y a un large socle de lecteurs, on ne peut pas tout dire, c'est exactement la même chose que la différence entre Charlie et Le Monde. Mais encore une fois, on peut aller assez loin... Je poste aussi certains dessins refusés sur les réseaux sociaux. Mais ce n'est pas toujours refusé pour des raisons de fond, parfois ce sont juste des choix éditoriaux, on va recaler certaines propositions par manque de place ou selon le thème dont on veut parler. J'ai aussi la chance, grâce à mon travail à la télévision, de pouvoir recycler certaines idées qui n'ont pas été conservées dans la presse écrite. Pour le coup, sur L’Équipe TV, c'est zéro censure...

 

« On parle rarement de Dijon ou d'Angers, mais à la limite, ça m'arrange »

 

Tu prépares des trucs à l'avance quand tu fais du live à la télé ou tu improvises?

 

Pour L’Équipe d'Estelle, on m'envoie le conducteur, je le reçois vers 13h, je réfléchis en faisant deux ou trois croquis rapides, et une demi-heure avant l'émission, je prépare quelques dessins. Tout le reste vient au fil de l'émission. Je réagis à ce qui se dit: c'est tout de même ça le plus du dessin en live à la télévision, pouvoir réagir en direct. Lors des soirées Ligue des champions, c'est même du live complet! C'est un exercice sympa, car c'est sans filet.

 

Tu as tout intérêt à ce qu'il y ait des débats passionnés...

 

Bien sûr, ça permet de jouer avec les invités, de les caricaturer. Sur les contenus des débats, on tourne quand même un peu toujours autour des mêmes choses, donc il faut savoir se renouveler. On parle rarement de Dijon ou d'Angers, mais à la limite, ça m'arrange, parce que je ne saurais pas forcément quoi faire! (rires)

 

Dans L’Équipe d'Estelle, tu as des partenaires privilégiés, des gens qui te font plus réagir que d'autres?

 

Oui, Yoan Riou est sympa, c'est déjà un personnage de BD en quelque sorte. Mais j'aime bien aussi Raymond Domenech, pour tout ce qu'il représente dans le foot français. Évidemment, le casting est choisi par la chaîne sur des critères de personnalité. La télé, c'est une entreprise de spectacle, ils sont tous là pour jouer un rôle.

 

Avec le passage du mensuel à la revue l'année dernière, on a créé un nouvel objet éditorial. On ne fait plus de dessin de presse, mais on donne plus de place à la bande dessinée, à l'illustration: comment tu interprètes ce choix?

 

En tant que dessinateur de presse, je vais te dire que c'est forcément dommage, mais pour avoir vu la nouvelle version, telle qu'elle est ça fonctionne bien, c'est graphiquement cohérent. Cela correspond bien à cette nouvelle approche éditoriale.

 


Extrait du n°26 des Cahiers du football, juin 2006.
 

 

« Je suis resté un petit franchouillard en Espagne, je reste 100% niçois »

 

Toi aussi, tu aimes sortir du dessin de presse, puisque tu fais aussi de la BD: tu as par exemple publié deux albums avec la journaliste Marie-Eve Malouines sur la vie du président Hollande...

 

Oui, j'apprécie de sortir de mon domaine de prédilection. Déjà, je ne fais pas que du sport, je collabore aussi avec la presse économique, ou des journaux satiriques et, au delà de ça, j'apprécie de faire de la BD. C'est autre chose, un travail sur des temps plus longs. Cela me permet aussi de sortir de la routine: j'ai fait de la BD tout seul, avec des scénaristes, parfois avec des journalistes donc, et chaque projet était différent, ce qui m'a permis de me renouveler. Ce n'est pas toujours évident, je manque parfois de temps. Mais mes BD restent quand même des "BD éphémères", comme j'aime le dire: il y a toujours un point d'entrée d'actualité. Ce n'est pas étranger à mon boulot au quotidien. Pour les BD sur François Hollande, c'est moi qui avais sollicité Marie-Eve Malouines, elle s'est prise au jeu, elle a même pris des cours de scénarisation pour le projet. Malheureusement, on n'a fait que deux numéros: ça s'est un peu essoufflé, comme François Hollande je crois. (rires)

 

Pas de projet sur l'OGC Nice dans les cartons?

 

En réalité, ça fait quinze ans qu'on en parle, on avait failli faire quelque chose à l'époque. Je suis en contact avec les gens du club, on dit souvent qu'on fera quelque chose ensemble, mais on ne sait pas quoi, on ne sait pas quand et on ne sait pas comment. (rires)

 

Tu vis en Espagne depuis des années: tu travailles aussi un peu avec la presse espagnole?

 

Non, je ne fais quasiment que de la presse française, et ça m'occupe déjà pas mal. J'ai fait quelques apparitions dans des journaux locaux, et lors de matches entre le Real et le PSG, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'être invité par le journal AS pour faire des petits clins d’œil. Mais c'est très ponctuel. Je suis resté un petit franchouillard en Espagne: je m'intéresse un peu à la Liga, mais je reste 100% niçois.

 

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