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Quand peut-on parler d'exploit ? (2)

Nuit parisienne dans les territoires

Au fond du trou dans un trou perdu, notre supporter parisien en exil a vécu l'apothéose du PSG dans un décor désormais sacré. Récit. 

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12 août 2020 – Bourgogne Franche-Comté.

 

Depuis dix jours, je n’arrête pas de chercher des choses. De l’ombre, un ventilateur, le Society sur Xavier Dupont de Ligonnès et, comme je suis supporter du Paris Saint-Germain en villégiature dans les territoires, un endroit pour regarder la future désillusion européenne de mon club de cœur. Car oui, l’idée de trouver un lien streaming dans la France du Edge est vite abandonnée.

 

Il me faut dénicher un "Bar Sport". C’est en tout cas la teneur de ma recherche Google. Recherche par ailleurs assez pénible car parasitée par de nombreux "Cafés des sports" qui ont gardé le nom pour la forme, mais ne bénéficient pas du Graal: l’abonnement à cette chaîne mirage qu’est RMC Sport.

 

 

 


Maillots dédicacés avec sponsor Michelin

Après dix coups de téléphone à l’ensemble des établissements du coin, deux options s’offrent à moi. La première, un Novotel aux abords de Dijon. L’idée d’aller vivre ce moment dans un lieu aseptisé et climatisé me charme au premier abord.

 

J’imagine une salle dans des teintes de gris, une carte de brasserie classique avec steak tartare et salade César, très peu de monde et la possibilité de déprimer post-match autour de ma bière tiède à 8,90 euros. Sachant que le groupe Accor est partenaire majeur du PSG, il y aurait une forme de fidélité ou, tout du moins, de la cohérence.

 

Second choix, un pub. En tout cas, c’est que j’en déduis à travers le nom à consonance anglaise. Seul souci, je crois comprendre qu’ici ce n’est pas Paris, mais rugby. J’ai toujours eu du mal avec le rugby. Peut-être à cause de Pierre Salviac ou de la domination des Anglo-saxons, je ne saurais dire.

 

Je choisis le pub. Plus proche, je m’évite quarante minutes de route et un bilan carbone désastreux pour une énième défaite européenne. Après une dernière tentative familiale m’invitant à rester car, je cite, "Tu vas encore revenir dépité et énervé", je prends ma voiture, direction le pub.

 

À peine arrivé, mes craintes se confirment. Je suis en terres rugby. Les maillots dédicacés avec sponsor Michelin sont accrochés au mur et les serveurs sont baraqués et sympathiques. Je me dis alors qu’au moins, personne ne viendra livrer ses analyses tactiques hasardeuses.

 

Côté musique, Take on me de A-ha résonne. C’est bon signe, car c’est la chanson qui rend le plus heureux au monde. 20h45, je demande poliment à allumer la TV. Je précise que c’est pour voir le match, je n’aimerais pas qu’ils s’imaginent que je suis un fidèle de Un si grand soleil sur France 2.

 


Les gens qui commandent des demis

Sur les coups de 21 heures, peu avant le coup d’envoi, l’ensemble des joueurs et du non public est invité à respecter une minute de silence en hommage aux victimes du Covid-19. Les spectateurs absents se tiennent à carreau, pas un bruit dans le stade. Respect, beau moment offert par l’UEFA.

 

Au coup d’envoi, j’en profite pour commander ce qui va m’accompagner durant le match. J’aurais pu prendre du Vosne-Romanée, mais je choisis la médiocrité, une tartine poulet et une bière du moment. Disons que ça ressemble à un non-choix et que ça ira plutôt bien avec le milieu Marquinhos-Herrera-Gueye.

 

 


La tartine en question

 

Au bout de cinq minutes, un énergumène entre dans le bar et commande un demi. Tout comme les rugbymen, je me suis toujours méfié des gens qui commandent des demis. Et ça ne manque pas, le voilà parti dans un flot de réflexions du genre Jean-Michel Larqué qui aurait attaqué le rosé à 15 heures.

 

Tout y passe. Ça commence autour du fin constat que le foot sans spectateur, c’est triste. Ça poursuit autour d’un arbitre qui aurait besoin d’un chien d’aveugle, et ça termine évidemment sur le fait que ce n’est pas possible d’être payé des millions sans savoir aligner trois passes. Bon, sur ce dernier point, la première mi-temps des Parisiens lui donne raison.

 


Un niveau au-dessus

D’un point de vue football, Neymar est au-dessus de la mêlée, mais envoie des ogives dès qu’il s’agit de marquer. Notez que j’utilise des termes de rugby afin de me fondre dans le décor. Paris prend un but débile à la suite d’un contre favorable. L’Atalanta ne semble pas au mieux, cela dit. Ils ont déjà l’air émoussés, comme aiment à le rappeler les commentateurs.

 

Mi-temps et je me fais ce constat terrible. C’est déjà pénible d’aimer le foot, mais alors supporter le Paris Saint-Germain (car oui, on supporte ce club, au sens strict), c’est encore un niveau au-dessus.

 

C’est comme aimer un nouveau riche, pervers narcissique. Il te ramène les plus beaux joueurs, mais prend un malin plaisir à t’humilier chaque année en public. Tu n’as aucune raison de l’aimer. Tout est détestable chez lui et, pourtant, ton cœur est pris par ce sale type.

 

La deuxième mi-temps commence, toujours rien de positif. Icardi sans condition physique c’est Gérard Larcher, Herrera termine son stage de troisième au milieu et Kehrer s’applique à rendre hommage à Stéphane Pichot sur son côté droit. Pour vous dire mon niveau de dépit: les mouches se posent sur moi, je ne réagis même pas.

 

Et puis, aussi étrange que cela puisse paraître, on sent le vent tourner. Gomez, le meneur très 90’s de l’Atalanta se blesse, Mbappé entre, puis Draxler, Paredes et Choupo-Moting. Mbappé, comme Neymar, est d’une autre galaxie et les trois autres entrants apportent ce qui n’existait pas alors, de la technique.

 

Bon, après on est vite ramené à la réalité. Navas se blesse et les plans sur Tuchel la cheville immobilisée nous rappellent que Paris est quand même un club particulier. Il manquerait juste une fracture des cheveux à Leonardo pour parachever ce tableau.

 


Ce qu’il faut qualifier de miracle

L’homme aux réflexions de Jean-Michel largué est parti, il me manque. C’est rassurant, finalement, d’avoir quelqu’un qui dit des banalités, c’est comme une douce ritournelle. À dix minutes de la fin du match, je continue de pester sans conviction, et me résous à payer l’addition pour vite déguerpir, la tête basse et la queue entre les jambes. Comme chaque année.

 

Puis vint ce qu’il faut qualifier de miracle. Un centre de Choupo, un tir raté de Neymar, Marqui qui pousse la balle au fond. 1-1. Hurlements de ma part et de tout le bar. Moi qui pensais être seul, je constate que beaucoup de monde s’entiche finalement de ce club qui repousse chaque année les limites de l’irrationnel en termes de lose. C’est qu’à force, ça commence à devenir attachant.

 

Un peu comme lors de l’égalisation de Wiltord en 2000, on sent qu’il ne faudra pas grand-chose pour que Paris l’emporte. C’est ce qui arrive quand Mbappé, lancé en profondeur trouve Choupo qui libère tout le monde. Re-hurlements de ma part. Encore plus de bonheur, encore plus de rage. Faut dire qu’on a quand même eu Demba Ba, Remontada et Manchester CFA en quelques années. Ça commençait à peser.

 

Choupo est donc le héros, la nuit semble plus douce et les étoiles sont filantes. Le football ne change strictement rien à la vie, mais il lui donne du charme.

 

Mardi je serai dans le même pub.
Même tartine au poulet, même bière du moment.
C’est bête, mais je suis superstitieux.
C’est bête, mais j’aime le Paris Saint-Germain.

 

 


 

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