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M'vila, l'illumination et l'amertume

Invité: Stade Rennais Online - Le talentueux milieu a connu une saison compliquée, mais reste indispensable aux Bleus. Retour sur son parcours depuis sa première sélection.

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L'excellent Stade Rennais Online a publié une rétrospective fort bien documentée de la carrière de Yann M'vila, dont nous relayons ici la deuxième partie, qui commence avec la carrière internationale du milieu de terrain. Lisez la première partie ici.

 

 

Malgré la défaite face à la Norvège (2-1) pour sa première sélection, Yann M’vila est la révélation du match. Encensé par les journalistes, il a su résister à la pression de l’évènement pour en tirer le meilleur et montrer ce qu’il fait de mieux: réguler le milieu de terrain, soulager l’équipe et les craintes qui pèsent sur elle face à ce nouveau challenge.


Toujours présent

Les supporters français peuvent souffler, le nouveau Didier Deschamps est arrivé. Antonetti, soucieux de protéger son joueur, tempère: "Lorsqu’il aura vingt sélections à son actif, nous en reparlerons. Yann a besoin de temps. Il a encore beaucoup de choses à apprendre. Une carrière se construit en gérant les échecs et les succès". Tous les observateurs sont unanimes: pendant trois saisons, il est le véritable baromètre de l’équipe rennaise. Quand Yann M’vila est en forme, le jeu de l’équipe l’est également. Un coup de moins bien, et la tâche devient plus difficile pour les Bretons. Une dépendance fragile mais nécessaire face à la pénurie d’attaquants et à l’absence de buteur attitré lors de la saison 2010-2011. Dalmat peine à retrouver son véritable niveau alors que Tettey et Doumbia sont encore trop imprécis et manquent de maturité dans le jeu pour que l’équipe puisse se maintenir sur le long terme dans le haut du tableau.

 

 

Antonetti doit donc trouver d’autres solutions pour gagner et progresser. La clé M’Vila en est une: il lui fera alors user et abuser de cette première relance si précieuse dans le jeu pour amener le ballon vers l’avant et débloquer des situations parfois compliquées lorsque l’équipe adverse joue regroupée dans son camp. Son rôle ne s’arrête évidemment pas à cette tâche: le nombre de ballons ratissés impressionne les observateurs. Au stade de la Route de Lorient, il n’est pas rare de le voir aider son défenseur et coéquipier Samuel Souprayen alors en manque de confiance et régulièrement en difficulté sur le côté gauche, une générosité toujours utile qui ravit le camp breton.

 

Titulaire à 37 rencontres, il contribue ainsi grandement à l’imperméabilité de l’équipe face aux attaques adverses durant cette saison (meilleure défense de Ligue 1 avec 35 buts encaissés), soulignant le caractère indispensable qu’il prend déjà dans l’équipe. Mais si désormais son potentiel n’est plus à prouver, son nouveau statut d’international peut constituer un fardeau: les attentes autour du joueur deviennent logiquement plus grandes, ce qui va donner l’occasion d’apercevoir ses limites la saison suivante.

 


Une régularité mise à l’épreuve

La pauvreté du jeu offensif rennais lors de la saison 2010-2011 (38 buts marqués [1]) reste néanmoins la preuve qu’Antonetti arrive à tirer le meilleur de son effectif avec la moitié des moyens que Dréossi avait quelques années plus tôt. Et le staff rennais attend justement encore plus de Yann M’vila pour la saison suivante, ce que le manager rennais rappelait déjà fin 2010: "Offensivement, il doit apporter bien plus. Il peut percuter. Chez les jeunes, je l’ai vu faire la différence balle au pied et dans son jeu de passe. Son évolution est là, et ce n’est pas parce que tu te retrouves devant la défense que tu ne peux pas le faire".

 

Le milieu défensif est désormais positionné un cran légèrement plus haut pour apporter plus au jeu offensif et pallier au défaut de son équipe la saison passée. Son rôle de sentinelle paraît alors moins évident puisqu’il est souvent associé sur la même ligne à un autre milieu, Antonetti privilégiant de plus en plus l’option du 4-2-3-1 au détriment du 4-5-1: deux milieux derrière Féret en meneur de jeu pour espérer préserver la solidité défensive avec ce glissement tactique vers l’avant. Mais l’apprentissage de ce nouveau rôle paraît plus rude, les équipes adverses l’ont désormais compris: pour gêner le Stade rennais, il faut gêner la transmission du ballon et donc s’occuper de M’vila. On observe donc un pressing de plus en plus régulier sur le jeune international, gênant considérablement l’organisation du jeu breton. La M’vila-dépendance ne s’est jamais autant fait sentir.

 

Une nouvelle pression qui est un peu plus difficile à gérer, ce dont il se rend compte à ses dépens. Un an après sa première sélection avec les Bleus, une mauvaise aventure survient après le match amical France-Chili du 10 août 2011: Yann M’vila se fait dérober des biens personnels par deux jeunes filles rencontrées dans une boîte de nuit montpelliéraine, et ce dans le contexte de l’affaire Zahia qui a secoué le milieu footballistique. Les protagonistes sont vite assimilées à des prostituées, des rumeurs démenties par l’intéressé. Frédéric Antonetti continue de protéger son joueur, rejetant la faute sur un mauvais encadrement par le staff de Laurent Blanc. Mais le mal est fait: après l’agression de l’an passé et alors qu’il aime rappeler à quel point il est proche de sa famille [2], le contraste est trop fort auprès des supporters rennais. Son image reste ternie et ses performances sur le terrain seront jugées d’autant plus sévèrement par le traditionnel et exigeant public breton, aux yeux duquel il ne semble pas pleinement s’adapter à son nouveau rôle sur le terrain, et ce malgré le record de 2000 passes faites en Ligue 1 en une saison.

 


Excès de générosité ?

De plus, l’équipe peine à être régulière et à s’imposer à domicile: elle se fait presque systématiquement remonter au score. Avec, entre autres causes, une récupération du ballon côté rennais handicapée par un duo Doumbia-M’vila pas encore bien rôdé. À l’heure où M’vila doit tout gérer sur le terrain (et en dehors), l’offensif autant que le défensif, la nonchalance du Malien n’aide pas. Antonetti tarde à exploiter l’ancienne combinaison Pajot-M’vila déjà utilisée quelques années plus tôt en Gambardella. Le mental de l’équipe est pointé du doigt et donc, de fait, celui de M’vila. Malgré sa physiologie hors du commun, le risque qu’il soit émoussé mentalement et physiquement n’est pas loin: il est le joueur de champ le plus utilisé en L1 et par Laurent Blanc [3].

 

Beaucoup pour si un jeune joueur. Car, s’il accuse un mieux quand son ex-coéquipier de réserve l’accompagne sur le terrain, peut-être en demande-t-on trop au prodige rennais, lequel se défend après la défaite à domicile contre Toulouse lors la 28e journée (0-1): "Je ne peux pas tout faire tout seul. Le problème, c’est que les adversaires s’organisent pour faire un gros pressing sur moi et que je suis obligé de jouer plus bas". Marcel Desailly, qui souhaite voir son talent s’exprimer en Angleterre, l’explique ainsi: "Il en fait trop sur le terrain, il essaie à la fois de défendre et de créer du jeu pour faire la différence. Il doit réduire son investissement sur le terrain. Si tu défends vraiment bien, toutes les autres choses ne seront que du positif. Il doit se concentrer sur une chose: défendre très bien et passer rapidement la balle aux attaquants. Une fois qu’il aura compris ça, vous verrez qu’il deviendra le meilleur milieu de terrain, meilleur que Patrick Vieira". [4]. Pour l’ancien champion du monde, M’vila en fait donc trop en essayant de répondre à des attentes peut-être trop grandes. Excès de générosité? L’entraîneur de l’Inter Milan, qui l’a également dans son viseur, jauge le Rennais: "Un joueur comme M’vila, il faut le chouchouter pour éviter qu’il se brûle. Et il n’y a personne pour le chouchouter".

 


Une fin amère et poussive

Alors, le Stade rennais en ferait-il trop ou pas assez? Le club ne semble pas arriver à répondre à cette équation, peu habitué à avoir un joueur de ce calibre dans ses rangs. Une inexpérience et un manque d’encadrement qui se paieront cher en fin de saison. La lassitude des supporters, la fracture avec le club se révèlent après la terrible désillusion en Coupe de France contre Quevilly. Porte-drapeau du club, M’vila est pris à partie après la rencontre et accepte mal les critiques après les trois saisons réalisées. Le lendemain, une banderole à la sortie de l’entraînement qualifiant les joueurs de "guignols" le fait sortir de ses gonds. S’ensuit une altercation avec les supporters présents, qui engendre elle-même une réaction maladroite, à l’image de celle du joueur qu’ils critiquent: M’vila est sifflé par le RCK pendant un temps lors de la victoire contre Nice. Des gestes qui, des deux côtés, ne servent finalement la confiance de personne.

 

Quinze jours après ces incidents, le sort semble s’acharner sur le Rennais, que l’attachement au cocon familial trahit de la pire des manières. Un différend survient avec le petit ami de sa soeur qui aurait abusé de sa confiance, et que M’vila admet avoir giflé. L’agressé est encore mineur et les parents portent plainte: il sera placé en garde à vue deux jours avant un important match contre Bordeaux, concurrent direct pour l’accession en Ligue Europa. Le timing ne pouvait être plus mauvais et Rennes perd le match sur des erreurs individuelles, une fois de plus. Mais M’vila, même diminué, reste indispensable pour Rennes selon son entraîneur: "M’Vila est trop important dans notre système pour se passer de lui", reconnaît-il après le match.

 

Malgré la réaction et les victoires post-Quevilly, la fin de saison reste minée pour le club breton. Antonetti doit composer avec les moyens et l’ambiance délétère autour du club, alors que le président Patrick Le Lay est annoncé partant. Yann M’vila avait pourtant à cœur de progresser en symbiose avec Rennes: "En France, il y a de grands clubs. Rennes peut en faire partie", disait-il en octobre 2010, lui qui voulait offrir enfin un nouveau trophée à son club formateur, ou au moins une qualification en Ligue Europa, un cadeau de départ pour commencer à écrire une ligne sur son palmarès chez les professionnels afin de partir avec le sentiment du devoir accompli. Mais, à ce niveau, un seul homme ne peut porter tous les espoirs d’un club et de ses supporters. La dépendance organisée autour de son talent s’est révélée à double tranchant, un talent que le club n’a peut-être pas su gérer de la bonne manière mais qui servira de leçon pour les futures générations.

 

Sur le point de rejoindre une équipe du top 10 européen avec un transfert qui – pour le club – pourrait battre tous les records [5], Yann M’vila semble confirmer l’image qu’en dresse son entraîneur: celle d’un joueur capable de gérer les échecs, et qui doit désormais confirmer les succès dans un club qui saura canaliser et utiliser ses capacités hors-norme de la meilleure des manières.

 

Première partie : "De l'attente à l'élcosion"

 


[1] La plus faible attaque depuis la saison 2006-2007 dont l’effectif comptait pourtant John Utaka, Jimmy Briand, Sylvain Marveaux, Moussa Sow et Youssouf Hadji dans ses rangs.
[2] "Vivre avec mes proches me rassure, cela m’empêche d’avoir la grosse tête", expliquait-il sur les ondes de RMC en octobre 2010.
[3] 54 titularisations cette saison, près de 150 sur 3 ans.
[4] Source interview: Daily Mail.
[5] Celui de la vente de Shabani Nonda pour 20 millions d’euros à l’AS Monaco, mais aussi celui de l’achat de Séverino Lucas pour 21 millions en 2000.

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